La forme de l’eau de Guillermo Del Toro, 2018

http _o.aolcdn.com_hss_storage_midas_47f71b7099f1eb03441efe4b336de05d_206142172_4836834.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxGuillermo Del Toro raffle tout aux Oscars avec LA FORME DE L’EAU, son dixième film. Comme souvent avec les Oscar, ils nous donne l’impression d’arriver trop tard – LE LABYRINTHE DE PAN méritait amplement l’Oscar du meilleur film – et de sacraliser un réalisateur alors qu’il amorce ce qui paraît être la pente descendante de sa carrière.

2d17c15d1734f69043f4162104aa0dee-oscars-la-forme-de-l-eau-grand-favori-avec-13-nominationsCertes, LA FORME DE L’EAU est pleins de qualités, conte graphique et magnifique sur l’amour au delà des apparences, l’ouverture d’esprit, avec quelques piques timides mais néanmoins présentes sur le machisme, l’homophobie ou encore le racisme. Mais ces qualités doivent surmonter également quelques défauts, comme la trop grande ressemblance avec le cinéma de Jean Pierre Jeunet (entre la coloration du film, l’esprit naïf de son héroïne et le look adopté de celle-ci qui n’est pas sans rappeler fortement LE FABULEUX DESTIN D’AMELIE POULAIN) et la ressemblance également étonnante avec L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR de Jack Arnold (certes c’est un hommage évident mais LA FORME DE L’EAU ne parvient à se distancier de sa référence et reste dans son ombre).

uploads_f8bfc084-016b-4740-acbc-9f1c49e8adab_0423038.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxGuillermo Del Toro a toujours été dans l’hommage mais depuis quelques années, et ses trois derniers films, son cinéma tient moins du récit original (et engagé) que de l’hommage presque englué dans ses références. De PACIFIQUE RIM avec les méchas et les kaijus, à CRIMSON PEAK qui ne parvenait à se tirer de sa référence graphique et narrative au cinéma gothique, il semble que le réalisateur mexicain ne parvienne plus à écrire quelque chose de personnel et d’intime comme il avait pu le faire avec CHRONOS, L’ÉCHINE DU DIABLE ou encore LE LABYRINTHE DE PAN. Peut-être est-ce parce qu’avec ces trois films, il a dit tout ce qu’il avait à dire de l’enfance, des traces laissées par les erreurs des adultes sur les enfants ou de l’impact du monde cruel des adultes sur l’enfance. Et qu’il cherche par LA FORME DE L’EAU a tout simplement réinventer son cinéma.

la-forme-de-l-eau.20180305010610Hélas, la sacralisation au Oscar d’un film qui certes est d’une beauté et d’une émotion intense mais sans originalité et à la saveur déjà éprouvée, pourrait bien amener le réalisateur à continuer ces films construits comme des jeux d’enfants, composés de plusieurs imaginaires et univers préexistant, à la façon de fanfiction. Mais il est difficile de s’y résoudre lorsqu’on a goûté à son univers moins référencé et plus original comme l’étaient ses premiers films. Espérons qu’il achèvera ce cycle de références et d’hommage pour revenir à un cinéma plus frondeur et moins timide, où les monstres auront leur mot à dire.

la-forme-de-l-eau-photo-sally-hawkins-1007827Car c’est ce qui est dommage avec LA FORME DE L’EAU comme avec ses deux précédents films, c’est que les monstres sont devenus des faire-valoir qu’on exhibe, des objets de fascination (LA FORME DE L’EAU) ou de répulsion (PACIFIQUE RIM), des objets de craintes (CRIMSON PEAK) mais ne sont pas ceux qui s’expriment. Dans L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR, le film commençait du point de vue du petit groupe d’explorateur et finissait par adopter le point de vue de la créature comme l’avait fait plus tôt KING KONG, mais dans LA FORME DE L’EAU, la créature n’agit qu’en réaction et jamais par elle-même, excepté à la fin, dans un final certes éblouissant, mais qui reste timide. La phrase qu’à le personnage de Michael Shannon (excellent comme toujours) à la fin ouvre sur tout un imaginaire qui restera laissé au spectateur, pas exploré du tout.

the-shape-of-water-590x308Le film souffre d’être réalisé uniquement en studio, et comprimé dans l’univers de l’appartement certes stylisé mais cependant relativement petit de l’héroïne. Etant donné la part belle donnée aux effets spéciaux numériques, on aurait pu espérer découvrir un peu plus l’univers dont est originaire la créature, et lui donner de fait, plus de consistance. C’est la même frustration que j’avais déjà éprouvé dans PACIFIQUE RIM. De fait, Guillermo Del Toro refait LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN en se cantonnant à rester auprès de son héroïne, il aurait été nettement plus original, et intéressant de basculer du point de vue de la créature.

d2d4d93_8075-w1k2hi.iz2xoBien sûr, cette critique est tatillonne et cherche les défauts, puisque j’ai beaucoup d’attente avec le cinéma de Guillermo Del Toro que j’adore. Je reconnais volontiers des séquences brillantes comme celle débutant sur les gouttes d’eau sur les vitres de bus et s’achevant sur l’une des plus jolies transition cinématographique, la scène d’inondation de la salle de bain qui est véritablement l’une des scènes sexuelles les plus envoûtantes du cinéma, ou encore la séquence où l’héroïne envoie se faire foutre Michael Shannon sans que celui-ci ne puisse le comprendre.

the-shape-of-water-20171662Justement, le personnage campé par Michael Shannon littéralement pourrit de l’intérieur. A l’instar de l’artiste peintre aigri qui retrouve la foi et sa chevelure, c’est tant de métaphores qui sont intéressantes, et en disent plus que des scènes plus grossières comme celle où le vieil homme se retrouve confronté à son échec professionnel ou que Michael Shannon harcèle sexuellement l’héroïne dans un espèce de rattrapage maladroit de l’actualité, gâchant presque la scène des toilettes qui elle brillait par son intensité dramatique et toute la tension contenue dans une séquence où rien n’est dit, mais tout est ressenti par le simple jeu des acteurs, montage et composition des plans. De même, la relation de l’héroïne et du vieil homme totalement clichée et assez superficielle au début du film, devient brutalement intéressante au moment où une dispute violente éclate entre eux. Tout le film oscille entre des moments de grâces et de subtilité où la mise en scène de Del Toro devient virtuose et des séquences clichées, grossières et politico-bienveillantes.

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