Ready Player One de Steven Spielberg, 2018

whereyatcom_859490103Adaptation du roman PLAYER ONE d’Ernest Cline, cité au scénario, READY PLAYER ONE est la dernière réalisation de Steven Spielberg. Film vendu comme le film « doudou » nostalgique des années 80 et 90 marquées par le cinéma d’Amblin, la société de production de Steven Spielberg, ultime puisque ultra référencé comme le roman, et réalisé qui plus est par Spielberg, le maître du genre.

ready-player-oneC’est l’histoire de Wade Watts, jeune joueur fan obsessionnel du créateur de James Halliday. Ce dernier a lancé à sa mort un grand concours au sein de son monde l’OASIS, un monde virtuel où tout est possible avec divers monde plongeant les joueurs dans des univers totalement différents. James et ses amis devront combattre les Sisters, l’armée de IOI le concurrent de l’OASIS désirant obtenir le monopole total de ce monde virtuel devenu valeur refuge d’un futur désespéré.

Effectivement, l’univers d’OASIS, en somme une sorte de gigantesque MMOPRG aux univers polymorphes et référencés, permet de rendre hommage plutôt au jeux vidéos qu’au cinéma de Spielberg, ce que choisi de faire ce dernier en s’éloignant un peu du roman. L’ennui étant que le film est porteur d’un double discourt, dans un premier temps, il veut justement racheter quelque part l’image du geek, du joueur complètement projeté dans les jeux vidéos, ainsi Wade déclame son amour du jeu vidéo dans un monologue en déclarant y avoir rencontré ses amis et même l’amour, et cependant à la fin, le film change de discourt en incitant les joueurs à abandonner les manettes le temps de profiter du monde réel.

ready+player+oneOr le monde réel du film n’est justement pas vraiment abouti. On n’y voit qu’un quartier, et l’enceinte de l’entreprise du méchant. Le monde futuriste dépeint s’arrête là. On doit se contenter de ce que nous raconte le héros sur l’avenir, disant que le monde est sans espoir d’où le refuge dans le monde virtuel. On a du mal à croire à ce futur où la seule économie mondiale repose sur le jeu vidéo. D’autant qu’on sent une critique sous-jaçante de cet univers de jeu vidéo et du fait de s’y plonger autant. On ne peut s’empêcher de trouver ridicule les personnages chaussés de casques aux gestes répétitifs que nous montre la caméra panoramique du début. Un contre discourt qui trouble un peu.

ready-player-one-background3Discourt également dérangeant, c’est le côté élitiste du geek. Le film nous dit, à travers ses tests, et la séquence d’affrontement entre le héros et le méchant, qu’on n’est un véritable geek que si l’on a les bonnes références. Tu n’es pas un vrai fan si tu n’as pas vu tel film, vu telle œuvre, discourt d’autant plus dérangeant qu’il pousse encore plus le côté élitiste qu’on voit apparaître dans la cinéphilie actuelle. En effet, on ne peut que regretter de voir le fossé entre les critiques et les cinéphiles d’un côté face au public « populaire » de l’autre, fossé qui s’est d’autant plus creusé avec les derniers blockbusters.

unnamed_2_1440x810.0La fin ne fait pas seulement zapper tout ce qui a été dit précédemment, mais est également « facile » scénaristiquement parlant. Le méchant a l’occasion d’en finir avec le héros, et baisse tout simplement les bras. La police qu’on n’a jamais vu présente auparavant apparaît, telle la cavalerie. Cette fin totalement décevante et facile paraît inconcevable de la part d’un cinéaste comme Spielberg qui maîtrise autant sa caméra que son scénario. Peut-être y a-t-il des explications dans une opposition entre l’auteur et Spielberg. Quoi qu’il en soit, le fond, le scénario est assez mauvais, dans le sens où le film est bourré de cliché, et de moment « attendu » comme la séquence de rencontre IRL entre le héros et la fille, où son seul défaut est une tache de naissance.

ready_player_one_sdcc_04.36Pour tous ceux connaissant des univers tel que SHADOWRUN ou encore CAPRICA, le film READY PLAYER ONE est loin d’aller jusqu’au bout de tout ce qu’il aurait pu décrire, dans ce monde futur. En effet, il est intéressant de voir comme IOI exploite les gens et le fait en utilisant les lois qu’il paraît promulguer lui-même. Pourtant, à aucun moment le film n’en profite pour pousser plus loin, et ne serait-ce que décrire le monde au delà du héros et du méchant.

Le film se veut une ode à la culture geek et à la fois stigmatise par son discourt final et son plan d’ouverture, les geeks. Il y a une dichotomie entre le film nous montrant comment l’univers virtuel peut reconstruire une sociabilité impossible pour certains dans le réel, et la mise en scène du monde réel ridiculisant ces joueurs. La problématique du film est sans doute de trop se concentrer sur l’univers virtuel, magnifique et virtuose dans sa mise en scène, tandis que le monde réel paraît inachevé, brouillon et trop manichéen.

496536-readyplayerone-56b7d103-d459-4ff3-89ac-e6342be40e01Si le film ne vaut donc ni pour son fond que pour son message presque un peu « vieux con », en revanche, Spielberg montre par sa mise en scène une totale maîtrise des effets spéciaux et du motion capture. Caméra virtuose dans la séquence de course poursuite, apparition d’un King Kong majestueux et absolu, séquence dans Shining totalement magique et magnifique. Spielberg démontre une nouvelle fois (s’il en avait besoin) sa maîtrise merveilleuse de la caméra, et de la technique également. Il suffit de revoir aujourd’hui JURASSIC PARK pour voir que les effets spéciaux n’ont pas vieilli. Ici encore, il démontre un talent indéniable pour mélanger les prises de vues réelles et les effets spéciaux. En effet, là où Spielberg donne une piste pour le cinéma futur, c’est dans la fluidité entre le passage entre le motion capture et les prises de vues réelles.

Peut-être, finalement, que comme AVATAR l’avait fait à l’époque, READY PLAYER ONE n’a rien à apporter sur le fond, mais sur la technique, et fera avancer le cinéma par sa démonstration technique qui démontre qu’on peut parfaitement faire des performances en motion capture de grande qualité.

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