[CRITIQUE] Captain America : Civil War, 2016

captain-america-civilAdapter la saga CIVIL WAR était un sacré défi d’autant que les studios Marvel ne disposent pas des droits cinématographiques des X Men pourtant au cœur de l’intrigue. De fait, le film doit non seulement se passer des X Men mais compte sans Dardevil et Punisher qui pourtant ont été introduit dans les séries Netflix. Ce qui comptabilise un sacré paquet de gens en moins. La saga dans les comics avait un fort impact du fait qu’elle rassemblait tous les héros Marvel et les faisait s’affronter. Évidemment les répercutions d’un tel affrontement n’était pas sans dommages collatéraux. Ce qui était intéressant c’est que la BD multipliait les points de vue, des journalistes témoins direct des affrontements aux X Men qui au début veulent rester neutre jusqu’aux deux camps s’opposant celui de Iron Man pour le recensement des super héros (qui dans la BD doivent tomber le masque) et en face celui de Captain America.

Dans les faits, l’affrontement des super héros était assez proche au fond celui qu’on retrouve évoqué en toile de fond dans la BD de chez DC THE DARK KNIGHT RETURNS de Miller (qui comme de par hasard a été adaptée dans BATMAN V SUPERMAN) mais aussi c’est la thématique des WATCHMEN où les super héros doivent travailler pour le gouvernement ou se mettre à la retraite. Forcément côté BD le traitement était très noir avec des pertes lourdes faisant suite à l’affrontement. (J’éviterais de vous spoiler si vous comptez lire la BD). Une telle trame aurait exigé un paquet de films afin de parvenir à la même intensité dramatique, et surtout pour introduit la palette de personnages !

Civil-WarCAPTAIN AMERICA : CIVIL WAR fait le choix de n’introduire qu’un seul nouveau personnage : Black Panther, qui est sans nul doute, le personnage le mieux brossé du film, et le plus réussit. Quand les autres super héros passent pour des grands gamins à l’égo-surdimensionné, Black Panther leur donne une leçon de sagesse et de morale. Mais passons. Le film tente donc d’adapter Civil War tout en gardant en vue les propres lignes narratives dessinées par les films précédents. Au résultat, comme on s’en doute, le Mix est si brouillon que le scénario s’emmêle les pinceaux et finit même par abandonner en cours de route l’idée même du Civil War. Contrairement à BATMAN V SUPERMAN l’affrontement scénaristiquement parlant tient la route, mais CAPTAIN AMERICA fait preuve d’une incapacité à donner de la profondeur à ses personnages et à les encrer dans sa thématique, ce qui rend certaines scènes peu crédibles. Certains personnages comme Vision ou Wanda sont traité comme des personnages secondaires alors que leur implication est in fine plus importante. Spiderman se voit privé de toute profondeur relégué au rang de Guest Star.

captain-america-civil-war-chris-evans-952751Contrairement à son concurrent DC, la mise en scène s’avère illisible, aussi brouillonne que son scénario. En 3D, le film est complètement inregardable sans avoir envie de s’arracher les globes occulaires (même vision horrible que AVENGER 2 L’ERE D’ULTRON). Les plans sont fermés et sombre, le production design décevant avec des aéroports aux accents de parking vide pour la séquence d’affrontement final, la caméra ne trouve jamais de place intéressante pour filmer. Si certaines scènes de combat sont à peu près lisible dans le feu de l’action, en revanche, les premiers affrontements et même les séquences calmes sont brouillonne, à la mise en scène ratée et impossible à regarder en 3D. Là où Zach Snyder multipliait les plans iconiques, les frères Russo ne semble jamais savoir comment placer leur caméra ni leurs acteurs. Clairement le film est imbuvable et pénible à voir en 3D avec de gros soucis en plus à l’image. Là où CAPTAIN AMERICA 2 LE SOLDAT DE L’HIVER renouait avec le film d’action à l’ancienne avec une image impeccable et des scènes d’actions lisibles, et des décors minimalistes mais en accord avec le ton du film, CAPTAIN AMERICA CIVIL WAR donne dans le Avenger du pauvre. Décevant.

Dans l’ensemble, le film se casse les dents, mais à bien y regarder ce n’était pas tellement étonnant. En choisissant de rester avec les personnages introduits auparavant on se retrouve avec encore et toujours la problématique de Clint et Natasha ne servant quasiment à rien dès qu’il y a un affrontement, de Vision infiniment trop puissant comparé aux autres, et d’une pauvreté au final dans l’affrontement puisqu’on a assez peu de super héros contrairement à ce qu’il y avait dans la BD. L’absence de Hulk et Thor étant d’ailleurs sujet à des blagues du film qui contraint de reconnaitre ses propres faiblesses fini par se tourner en dérision.

Black-PantherTout n’est cependant pas à jeter. Black Panther est superbement introduit, le méchant amène un point de vue intéressant bien éloignée des thématiques habituelles du film de super héros posant finalement les bonnes questions. L’affrontement final entre Iron Man et Captain America délesté de tous les autres personnages amène une intimité et donc une profondeur intéressante. On y voit un Iron Man possédé par ses émotions qui finalement rattrape son inspiration principale à savoir Batman, c’est la même noirceur vengeresse qui le possède à la fin. Mais tout ceci, n’a rien à voir avec la notion de Civil War qui est d’ailleurs abandonnée en cours de route. Les 30 dernières minutes du film sont géniales, le reste bon à jeter, du coup on se demande pourquoi diable avoir voulu adapter aussi rapidement Civil War alors qu’il y avait matière à dire quelque chose sans avoir à s’embarquer dans manifestement un sujet qu’ils étaient incapables de gérer.

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