[CRITIQUE] High Rise de Ben Wheatley

highriseposter-bannerRobert Laing psychiatre enseignant les maladies mentales à ses élèves aménage dans l’une des somptueuses tours. Il pense refaire sa vie dans cette impressionnante tour qui vous offre tout le luxe et couvre vos besoins, de la piscine au supermarché en passant par la salle de sport, tous les besoins des locataires sont satisfaits par la tour qui se veut un exemple de modernité et selon les désirs de son architecte, un exemple aussi de vie en société. Les familles vivent en dessous, avec les couches populaires tandis qu’au sommet vivent les propriétaires qui font des fêtes exubérantes. Au milieu de tout ce petit monde, Robert Laing fréquente une famille excentrique et généreuse, les Wilder, et se retrouve invité par l’architecte vivant tout en haut à connaître également les couches supérieures. Humilié par les seconds, accueilli chaleureusement par les premiers, il sera le premier témoin du basculement dans le chaos que vont subir les habitants de la tour suite à une panne d’électricité importante.

063019Réalisé par Ben Wheatley, cinéaste anglais qui avait frappé les esprits avec son étonnant KILL LIST puis produit son petit effet avec sa comédie noire TOURIST (sorte de SUPER british et déjanté), s’attaque ici à une production plutôt costaux. L’adaptation du roman de J. G. Ballard (auteur de CRASH ! adapté au cinéma par Cronemberg) est loin d’être une réussite totale. Indéniablement le réalisateur anglais a eu les yeux plus gros que le ventre. Son casting cinq étoile (Jeremy Irons, Tom Hiddleston, Luke Evans particulièrement bon, Sienna Miller et Elisabeth Moss), une production qu’on imagine imposante en terme de budget, et un support plutôt costaux, tout cela dépasse visiblement le cinéaste qui se retrouve largué.

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Le principal problème est essentiellement narratif. Commencer par la fin évente toute la surprise, et reste un effet scénaristique trop vu, d’autant qu’ici il n’apporte rien de neuf ni de vraiment concret pour faire avancer le film. Mais le principal problème du film, autant dans son écriture, sa dramaturgie ou sa mise en scène est l’incapacité du film à montrer la progression de la folie, on passe quasiment directement de l’utopie merveilleuse très Le meilleur des mondes à l’enfer cannibalisme et pornographique sans de réelle transition. Pourtant, on le sent, tous les éléments étaient là. De la culpabilité du héros, de la folie déjà présente chez les personnages pivots (Wilder et l’architecte), jusqu’à bien sûr l’accumulation du sentiment d’injustice par les couches les plus pauvres, mais le film ne parvient à les traiter correctement. Trop d’éléments sont évoqués et aucun n’est traité finalement à sa juste valeur. On survole l’ensemble, sentant le vent de folie, sans jamais vraiment l’éprouver.

high-rise ironsEt la mise en scène pop et acidulée qui voudrait nous faire voir là un espèce de rétro futurisme n’arrange pas les choses. Alors certes, c’est joli à regarder, mais ces cadrages, ces décors, ces costumes accompagnés de musiques pop et d’un rythme effréné donne finalement le sentiment d’avoir affaire à un cinéma de pubeur, de clipeur. Au fond, cette mise en scène superficielle colle à la superficialité du traitement de la thématique et de la folie. On effleure le tout, comme on effleure les personnages. Le héros demeurant à notre grand dam une coquille vide alors que le personnage de Wilder brille lui par sa folie et son caractère désespéré.

C’est dommage, car on sent que l’œuvre offrait un grand potentiel, mais en choisissant de définir ça dans une époque proche des années 60, où étaient battis les gigantesques buldings et les HLM, le film ne parvient à faire mouche. Il y avait pourtant tant à dire… De nos jours, les gens tendent à rester chez eux, et l’atmosphère est propice à la folie, à la paranoïa et à la guerre de classe. Mais le cinéaste s’est contenté d’adapter de manière linéaire au lieu de chercher à retranscrire cette folie graduelle à notre époque. On se rabattra alors sur le roman !

HR-2417-jpegTout n’est cependant pas à jeter dans le film qui nous offre quelques scènes assez dantesques comme cette fête tournant à l’orgie chez les bourgeois, la séquence d’ouverture, et cette fin assez dantesque en dépit d’un manque de moyen (on ne voit jamais la ville, et les tours semblent posées sur un gigantesque parking, ce qui est loin d’être aussi glamour que l’architecte nous l’annonce au début). Les acteurs brillent vraiment dans leurs rôles, on retiendra surtout Luke Evans qui vole la vedette à Tom Hiddleston ou encore Elisabeth Moss qui confirme son talent d’actrice. N’empêche que, pour ceux connaissant le cinéaste et l’auteur du roman, un sentiment de déception vous viendra. Il y avait tant de choses à faire et à dire, et le film semble s’obstiner longtemps dans la mauvaise direction avant de parvenir enfin à trouver son rythme et sa thématique.

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