[Analyse de cas] Hannibal, l’aimable cannibale.

Hannibal c’est quoi ? Outre une suite ratée du Silence des Agneaux, supposément adapté du roman à la lettre, c’est aussi le nom de l’ennemi juré de César, certes ça en jette, mais aussi le nom du cannibale le plus célèbre de la fiction, et depuis deux ans le nom d’une série portant sur les premiers déboires du célèbre cannibale avec la justice.

Etude de Cas: Hannibal

Cet article est plutôt destiné à se concentrer sur la série même si les romans aussi bien que les films seront évoqués, naturellement ici.

hannibal1_2553735b Comptabilisant 3 romans, chacun ayant donné lieu à une adaptation, puis un film supplémentaire sur les origines qui a donné un roman à son tour, et maintenant une série, Hannibal Lecter est devenu une saga. Dans la lignée des Freddy et Jason ? pas totalement. Si ces derniers sont immortels et de véritables créatures de l’enfer, surtout du fait qu’ils se relèveront toujours en grande partie pour continuer la saga, Hannibal Lecter lui est un serial killer comme les autres ou presque, un tueur réel ou du moins encré dans le réel, parce que son existence, son essence et sa nature même, comme le dit si bien les personnages de la série, Hannibal est le diable en personne. Mortel, oui, si on le coupe il saigne et si on le pend il s’étouffe, pour autant, il parvient toujours à s’en tirer, ce qui finit par nous pousser à croire que s’il est en prison c’est uniquement parce qu’il a bien voulu qu’on l’y mette. Un personnage d’une intelligence terrible, fin stratège et avec un grand pouvoir de persuasion, il a en vérité tous les atouts du diable, jouant sur les faiblesses de ceux qui le pourchasse, utilisant les autres tueurs en série comme des pions sur son échiquier, on ne peut pas dire qu’il soit un personnage tout à fait ordinaire. Aussi terrifiant que charmant, Hannibal fascine, intrigue et rend tout le monde dingue de lui à commencer par ses fans, et son public.

video-hannibal-saison-1-serie-tv C’est sans doute pour cela qu’on a effectué quatre film sur lui, et qu’actuellement une série s’occupe de son cas. Une série qui s’inspire du premier roman Dragon Rouge mais s’en éloigne rapidement, certains personnages qu’on retrouve dans les romans suivant meurent en cours de route, tandis que d’autres absents apparaissent, si bien que si les puristes peuvent récriminer, le spectateur même en ayant lu les livres pourra bénéficier un tant soit peu d’effet de surprise. Du moins est-ce l’idée en théorie. Parce qu’en pratique, la série souffre d’une écriture maladroite. Le moindre effet de suspense s’évente assez vite, et il faut être aveugle pour ne pas voir assez vite tous les fils et les arcs mis en place par les scénaristes. Ajoutez à cela quelques incohérences par ci par là, on obtient forcément quelque chose de maladroit mais pas totalement dénué de charme. Bon pour suivre les deux saisons et probablement la troisième qui va suivre, il faut s’armer de patience et surtout ne pas s’accrocher aux détails car le diable s’y cache et fort mal ! La première saison faisait preuve d’une grande maladresse d’écriture, la seconde y ajoute des éléments manquant de crédibilité que ça soit dans l’aveuglement de la police, des libertés prises avec un dispositif d’enquête ou bien simplement avec les personnages qui tantôt pensent ceci, tantôt cela sans que ça n’ai l’air de les gêner. Autant dire que ces facilités scénaristiques rendent le tout assez indigestes.

 serie-hannibal-2013-L-zeJCTXL’écriture est certes plus fine que dans les deux derniers films autour du cannibale le plus charismatique, mais on est loin d’atteindre l’ambiance parfaitement putride des romans ou du Silence des Agneaux, le premier film qui a immédiatement fait de Hannibal Lecter une star et le plus inquiétant des méchants. Certes, pour une série américaine, on s’y attache, et un grand soin est apporté aux mises en scènes des crimes, on peut saluer l’imagination délirante des scénaristes, cependant la trop grande propreté, les effets visuels qui même s’ils en jettent et sont classes, rende la chose un peu trop jolie pour être malsaine. Ce sont des cadavres qu’on embelli au point d’en faire des œuvres d’art, à se demander si la série ne serait pas le point de vue de Hannibal Lecter au lieu d’être supposément celui de Will Graham. Trop jolie, trop propre, la série souffre aussi de son casting, si les deux héros sont bien campé, et que Laurence Fishburne finit par incarner assez bien un inspecteur du FBI en plein doute, à la dérive, que sa femme incarnée par Gina Torres est tout simplement sublime, le reste du casting laisse quelques doutes. Les coéquipiers du F.B.I. passent pour des sous experts, les tueurs en série qu’on croise sont loin d’être assez inquiétant ou tordus, en bref on a l’impression que si des efforts sont fait pour les personnages principaux et les récurents, pour les autres on adopte le mode Hollywoodien avec les clichés qui lui sont propres.

Hannibal-Saison-1-Episode-9Ratée ? Hannibal m’a fait l’effet d’un soufflé. Très vite décevante, la série manque cruellement de subtilité et d’intelligence, l’écriture est brouillonne et maladroite, on doit trop fermer les yeux sur les suspensions de crédibilité trop nombreuses, même le charme indéniable de Mads Mikkelsen ne suffit pas, s’il est accompagné d’un très bon Hugh Dancy, on ne peut nier ses nombreux défauts. Le seul point positif est le visuel travaillé et recherché de cette série. Chaque scène de crime est une œuvre d’art, les hallucinations du héros sont vraiment belles et s’intègrent très bien à l’ensemble, en fait, elles sont même meilleures que le reste. Ça et la musique. Le score joue son original et propose des sons vraiment bien pensés. On se laisse vite bercer par cette musicalité pas vraiment réconfortante ou chaleureuse qui joue sur une touche expérimental et métallique convenant parfaitement à l’ambiance. Tout n’est pas mauvais, c’est bourré de bonnes idées, mais le tout est mal fait, si l’on sent de la recherche dans le visuel et la bande sonore tout le reste est bâclé, l’écriture surtout pêche et jamais le niveau remonte, si bien qu’on se demande, enfin je demande comment elle peut obtenir autant de succès en dépit de ses nombreux défauts qui sont, malheureusement, impardonnables.

Publicités