Petit bijoux visuel de 9min, un court métrage envoûtant : Rosa de Jesús Orellana.

Réalisé chez l’artiste, sans le sou, et avec énormément de patience, ce petit court brille par son efficacité. Pas une parole, rendant l’oeuvre immédiatement internationale, mais aussi purement visuelle et terriblement efficace. La musique est enchanteresse au même titre que les images. Si l’on retrouve un visuel digne de certains jeux vidéos, on pense immédiatement à la dernière version de Deus Ex, en revanche il y a une mise en scène cinématographique, et un jeu qui s’établit assez vite. On reste scotché, envoûté. Un petit chef d’oeuvre qui devrait être adapté en long, un producteur a en effet contacté l’artiste.

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Toujours aussi effrayant, le chef d’oeuvre de William Friedkin : L’exorciste.

ImageL’EXORCISTE

CLASSIQUE
Réalisateur: William Friedkin

Interprètes: Ellen Burstyn, Max Von Sydow, Lee J. Cobb
Etats-Unis, 1974
122min.

Synopsis: L’histoire se déroule à Georgetown dans la banlieue de Washington. L’actrice de télévision Chris MacNeil est de plus en plus inquiète pour sa fille Regan en proie à des spasmes violents devenus fréquents. Impuissants, les médecins lui conseillent de faire appel à un prêtre exorciste. Aidé du Père Damien Karras, le Père Merrin va tenter de libérer la jeune fille possédée par le démon Pazuzu.

Vu en salle pour la première fois une nuit électrique d’Halloween, j’étais assez fébrile car c’était la première fois que je voyais ce chef-d’oeuvre, peut-être le fait que nous ayons dû nous battre pour voir le film, étant donné que la salle était déjà remplie, ou parce que l’ambiance dans la salle avant que la lumière ne s’éteigne était assez électrique. J’avais peur que ça joue en défaveur du film, en général on matte un film d’horreur à Halloween pour en rire, se faire peur oui mais dans une ambiance de Driving. Tout était réunit pour que cette séance puisse être gachée par des rires malvenus, pourtant, dès les premières images un frisson glacé fait taire les rires, bloque les sarcasme au fond de la gorge, et plonge aussitôt le public dans une ambiance froide, inquiétante, et diabolique.

Friedkin car le film n’a pas prit une ride, mieux encore, malgré le fait que son succès et sa longévité en ont fait un des films les plus influançant, et que ses scènes chocs ont été galvaudés, parodiées, reprises, devenant pour la plupart de véritable référence, sans parler du fait que ce qui était choquant à l’époque ne l’est plus tellement maintenant, malgré tout cela, force m’est d’avouer qu’il est toujours aussi efficace. Les effets spéciaux ne font pas ship pour un sou, et même s’il est fortement ancré dans l’époque où il a été tourné, il a quelque chose de définitivement universel et hors du temps. Je pense que s’il fonctionne aussi bien, et qu’il y a eut si peu de rire dans la salle alors que quand même entendre une gamine dire « ta mère suce des bites en enfer » est drôle en soi à notre époque, c’est surtout grâce à une mise en scène particulièrement intelligente et insidieuse, qui ne laisse jamais place au rire, dès que l’intrigue débute, Friedkin s’assure de nous coller au fond de notre siège, nottamment en usant de sons judicieusement placé exactement au bon moment.

Il faudrait que je le revois pour expliquer en détail le génie de la mise en scène. Je dirais en globalité que le film réussit à vous maintenir toujours dans un certain malaise et ce depuis le début. Certains éléments échappent à la réalité, sans pour autant venir vous bloquer, comme par exemple le médaillon qui apparaît au début, et sans aucune raison revient dans les mains du prêtre pour réapparaître à la fin, il n’y a aucune cohérence à la chose, et pourtant l’explication spirituelle est tellement évidente qu’on en a pas besoin. C’est tout un tas de petits éléments comme celui-ci qui provoque une certaine gêne qui par la suite s’explique. Le choix de la lumière, froide, glaçante, presque clinique, qui progressivement annihile les couleurs du quoditien qui au début était rayonnant et devient au fil du film triste, morne et froid. Il y a une contamination du mal, grand thème du réalisateur, sorte de fil rouge qu’on peut retrouver dans ses oeuvres, de Crusing à Killer Joe. Ainsi cette lutte du bien contre le mal passe essentiellement à travers les personnages même si l’on peut retrouver l’effet contamination dans la mise en scène, et le choix par exemple de rester pratiquement tout le temps à l’intérieur de la maison.

La logique du film est de nous faire ressentir une angoisse latente, comme si continuellement quelqu’un faisait courir des ongles sur un tableau noir. On est mal à l’aise du début à la fin, sans qu’on ai aucun moment de répits. Friedkin prend un malin plaisir à balancer des scène touchante forte d’humanités, autour de la mère, mais aussi du prêtre, provoquant un attachement indéniable, et de jouer avec ces émotions. Son art consiste avant tout en des scènes chocs, puissantes, et dévastatrices. Le moment où la gamine possédée pisse sur le tapis, a quelque chose de profondément dérangeant. Toute la mise en scène cherche à provoquer un trouble chez le spectateur, à l’instar du mal insidieux qui cherche à déstabilisé le prêtre malgré sa foi puissante qui a résisté à la maladie rongeant sa mère. Allant plus loin encore, Friedkin insinue que le mal ne peut être vaincu, mais qu’il passe d’un être à un autre, pensée hautement terrifiante qu’il illustre à merveille provoquant une ultime gêne, un dernier frisson glacé qui vous pénètre jusqu’à l’os.

Pas étonnant que ce film est considéré encore aujourd’hui comme classique dans le genre, un genre qu’il a lui-même engendré. A sa suite, de nombreuses histoires réelles ou inspirées de faits réels vont suivre ainsi des affaires d’exorcisme, comme celui d’Emily Rose par exemple. Encore aujourd’hui, n’importe quelle scène d’exorcisme fera référence à ce chef d’œuvre inoubliable qui a marqué définitivement une génération entière de cinéaste.

Sortie de la semaine, Dark touch, l’inquiétant nouveau film de Marina de Van.

Livrant son Carrie à elle, Marina de Van nous propose un film d’horreur troublant qui a remporté déjà l’adhésion du public en remportant le grand prix du Festival du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF) sortant en salle cette semaine, à découvrir de toute urgence!

Pourquoi True Detective fascine autant ?

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True Detective sur HBO

La nouvelle série d’HBO cartonne aussi bien en France qu’aux Etats-Unis et rend tout le monde fébrile, des Inrocks au Monde, tous en parle. Pour autant, la série n’est pas aussi excitante que Game of Thrones, elle ne fonctionne pas sur le suspense bien qu’il fasse parti intégrante de l’univers, mais plutôt sur une ambiance lourde, poisseuse, en véritable polar.

C’est en mattant True Detective que j’ai réalisé que les polars avaient disparus depuis belle lurette, Georges Simenon, et le film noir sont désormais bien lointain, et si quelques irréductibles persistent en littérature américaine, ils sont rares, très rare. Ce sont les experts qui dominent désormais, et le suspense a prit le pas sur l’ambiance, désormais on a le droit à des feux d’artifices, à des histoires tordues à peine crédible, le tout balancé en 45min. De la soupe ni plus ni moins qu’on mixe à toutes les sauces.

True Detective revient aux bonnes vieilles valeurs. Le titre est explicite sur le sujet. De véritables détectives qui en chient pour trouver des pistes, qui se galèrent bien comme il faut dans un sud profond où les gens n’ont pas spécialement envie de se confier à des flics et pour cause, ¾ sont des ivrognes assez cons dans le genre. Il y a cette misère omniprésente, cette atmosphère délétère, comme si quelque chose était en train de pourrir dans le coin. On navigue entre les prostituées, drogués, paysans bourrus, et des pasteurs prêchant sous des tentes, le tout avec en toile de fond un complot qui n’est pas sans rappeler les romans de Dennis Lehanne et ce sentiment d’injustice grandissant.

Un polar oui, mais à la sauce HBO. La chaîne qui avait produit les Soprano et Six Feet Under n’en est pas à son premier coup d’essai en matière de série qui prend son temps et tire vers l’hyper réalisme. Chaque personnage est complexe et possède une profondeur rarement atteinte pour une série, chaque mouvement des enquêteurs semble long, ardu. Ca vagabonde, ça prend son temps, ça déblatère, parfois ça se perd entre les cuisses d’une femme, où dans de longs discours philosophique. True Detective prend même le temps de vous balancer du Nietzsche durant un interminable et succulent moment en bagnole où la vision des deux détective se confronte.

La grande réussite est aussi dans le choix des deux héros. Si Rust (campé par Matthew McConaughey) est un nihiliste affirmé, personnage au passé tortueux, qui semble condamné à errer éternellement sans trouver le repos, une sorte de Sherlock d’aujourd’hui, qui a une vision si différente des autres personnages qu’on a l’impression qu’il vient d’une autre planète, personnage hautement fascinant qui apporte une vision plus large. Par son caractère d’une grande valeur, attaché à une image du bien, il incarne au fond le véritable héros, celui qui subit les affres, et combat le dragon, perdant bras, oeil au passage. Cette âme égaré se confronte à Marty (Woody Harrelson) qui est le personnage humain par excellence. Il veut être un héros, il veut faire le bien, mais il se plante, il s’égare, maladroitement il tente quand même. N’importe qui peut se retrouver en Marty et en sa touchante maladresse, en ses efforts désespérés pour retrouver son héroïsme biaisé, disparu, et son honneur envolé.

Les démons et les fantômes, voilà ce qu’ils vont devoir affronter au cours d’une enquête qui s’avère longue, peut-être ne sera-t-elle jamais élucidée, le genre d’affaire qui vous hante toute une vie, et l’on sait, comme les deux enquêteurs en ont eux même conscience qu’on ne reviendra pas indemne de là, mais c’est justement tout l’intérêt de l’affaire. L’hyper réalisme revient, plus fort que jamais, avec des personnages qui sans être des anti-héros sont simplement humains, se veulent héroïques mais sont épuisés, parfois maladroit, et confronté à un mal grandissant, inquiétant, caché dans l’ombre du bayou doivent parfois aussi affronter ce qui se cache au fond d’eux même.

Une série maîtrisée, ambitieuse et originale, voilà de quoi en faire saliver plus d’un. D’autant que fonctionnant comme American Horror Story, True Detective proposent un système pour le moment assez inédit d’anthologie fonctionnant par saison. Le système de 8 épisodes propose ainsi une histoire bouclée qui permet d’offrir une conclusion comme il se doit à l’histoire, et sans vous spoiler, la fin de la première saison est édifiante, parfaite et à la hauteur de l’ambition de départ. On s’interroge naturellement sur ce nouveau fonctionnement, l’aspect frustrant qu’il donne, mais aussi la justesse d’un tel récit où l’on peut se permettre d’être feuilletonnant sans pour autant distiller un peu trop, traîner en longueur juste parce qu’on a pas su gérer le temps. Le timing est parfait pour True Detective et on attend avec une certaine impatience la saison 2 qui selon la rumeur sera totalement différente de la première.

L’étrange couleur des larmes de ton corps ou le voyage douloureux des sens.

 

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L’ETRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS
EXPERIMENATION TRANSALPINE
Réalisateurs : Hélène Cattet et Bruno Forzani
Interprêtes : Klaus Tange, Jean-Michel Vovk, Sylvia Camarda.
France, sortie prochainement.
Couleur – 16mm – 1,85.

Etrangeté filmique, le dernier né d’Hélène Cattet et Bruno Forzani, les géniteurs du sublime Amer, est un espèce de vilain petit canard. A l’instar de leur précédent travail, on sent le film sans concession qui ne laissera pas son spectateur indemne d’une manière ou d’une autre, le plaisir passera par la souffrance, l’interrogation, le doute, et sans nul doute l’émerveillement aussi. Oscillant entre expérimental complètement barré et l’hommage passionné à un cinéma de genre disparu, espèce hybride est mi chemin entre le travail de Gaspard Noé et celui d’un David Lynch plus porté sur les fantasmes que les rêves, le tout revu à la française avec un budget serré parfois visible. [ on remarque le manque de moyen cruel dans la lumière, les cadres qu’on aurait souhaité plus soigné, donc avec plus de temps, plus de matériel ] Le tout restant dans cette atmosphère complètement Argentesque en forme de lettre d’amour dédié au cinéma transalpin, sauf qu’à l’inverse de Amer qui avait une douceur nostalgique, celui a du piquant, et un côté complètement maso assumé jusqu’au bout des talons aiguilles.

L’étrange couleur des larmes de ton corps est directement hérité de Suspiria. Presque trop. Le film ne pouvant que souffrir de la comparaison. C’est le choix des lieux, le choix d’une dédicace à l’art nouveau qui se transforme progressivement en hommage émouvant. Et bien qu’on quitte ces hommages on finit par les retrouver. La lumière, l’enfoncement du héros au sein des entrailles de la maison étrange, et des habitants de derrière les murs, d’au-dessus des plafond, impossible de ne pas pensé à son aîné, impossible ne pas y voir un hommage béat qui par naïveté s’est trop encré dans une lettre d’amour et pas assez dans une oeuvre à part entière. Ainsi on tend à retrouver les mêmes défauts que dans Amer, un manque d’équilibre, un manque de prise d’indépendance par rapport au genre et aux aînés à qui ils rendent hommage. Cette remarque s’ajoute à d’autres maladresses.
Il y a un côté un peu « bâtard » du début à la fin, des prises de vues souvent inégales, parfois frôlant le sublime, parfois frôlant le désastre. On se cherche, on tâtonne, presque à tout les niveaux. Même dans l’écriture, il y a du farouche là dedans, comme si le film ne voulait pas se laisser comprendre, se laisser amadouer, il se refuse au spectateur, le boude puis lui laisse entrevoir un bout, un tout petit morceau, comme une femme fatale qui séduit avant de s’enfuir dans une nuit mystérieuse et fiévreuse. Il y a du désir omniprésent, ça transpire partout, des fantasmes, de l’étrangeté, et de nombreuses irrégularités qui rendent le tout difficile à visualiser dans son ensemble. Ca a un côté étouffe chrétien, comme si à vouloir trop bien faire, on s’était perdu au milieu de la course. Mais peut-être que c’était le but?
Cependant, la balade n’est pas uniquement visuelle. Le son a une importance rarement atteinte au cinéma. Sensoriel jusqu’au bout des ongles, les deux auteurs s’attachent presque plus à la bande sonore qu’à l’image. Rien ne vous sera épargner, car L’étrange couleur des larmes de ton corps vient frotter du verre pillé contre nos oreilles, ça saigne, ça fait mal, s’en est sublime. Abyssale, jusqu’au boutiste, effleurant souvent le chef d’oeuvre pour soudainement brusquement s’en éloigner, on sent une oeuvre qui se cherche, des auteurs loin de se contenter de faire ce qu’ils sont capables de faire poussent leur art dans son retranchement, quitte à s’en tirer avec quelques bosses par ci par là. Il y a de l’audace, il y a de l’arrogance, et sans nul doute de l’insolence. Mais s’en est beau. Et cela finit par nous emporter dans ce monde étrange, plein de couleur, de cris et de chuchotements.

Autopsie du cinéma d’horreur français

Autopsie du cinéma d’horreur français un article précis qui observe soigneusement l’histoire de désamour entre la France et le cinéma d’horreur.

Le cinéma d’horreur français ne se porte pas très bien, et c’est rien de le dire. Rien de nouveau au soleil, le genre est clairement boudé par l’industrie aussi bien que par le public, pourtant c’est pas faute d’avoir des idées. De bon films y’en a dans ce genre négligé et boudé, preuve en est des « Irréversible » de Gaspard Noé, des « A l’intérieur » de Bustillo et Maury, des « Martyr » de Laugier, « Haute Tension » de Aja et bien d’autres qui voudraient bien eux aussi avoir droit à une vague reconnaissance. Le soucis c’est que dès qu’un auteur pointe le bout de son nez, il est aussi sec presque obligé de s’exilé s’il veut continuer à faire du film de genre et en vivre, sauf qu’aux Etats-Unis l’eldorado commence à sentir sacrément mauvais, preuve en est des nombreux à en revenir. Alors, pour en savoir plus sur cette complexe histoire de désamour entre le cinéma français et l’horreur, lisez cet article très complet sur la question.

Aux yeux des vivants, troisième long métrage des irréductibles du cinéma de genre français.

ImageAUX YEUX DES VIVANTS
Sortie en salle prochainement
Réalisateur: Alexandre Bustillo et Julien Maury
Interprètes: Béatrice Dalle, Chloé Coulloud, Francis Renaud, Theo Fernandez, Zacharie Chasseriaud.
France 2014
1h35min

Après le sanguinolent et poignant à l’Intérieur, après l’onirique balade de Livide, voici le retour de Bustillo et Maury après une tentative de départ aux US. Comme beaucoup de cinéastes de genre français, nos deux compères ont été appelés par les sirènes d’Hollywood où ils reçurent moult propositions qui s’avérait décevantes. Ce ne sont pas les premiers à fuir vers cet eldorado qui ne l’est que sur le papier. Pascal Laugier, l’auteur de Martyr et plus récemment The Secret avait lui aussi vécu une expérience semblable où le projet s’embourbe assez vite en dépit de la bonne volonté de toutes les personnalités réunies autour du projet. De retour en France, c’est du côté de Metaluna, en passant par le système du crowfunding qu’ils obtiennent les financements pour s’envoler pour la Bulgarie où ils trouveront de quoi tourner leur vision fantasmée de la jeunesse de Stephen King.

Très ambitieux, le projet promettait beaucoup, d’autant qu’après ces deux films plutôt réussit, autant dire qu’on en attendait beaucoup. A l’arrivée, c’est une cruelle déception. Souffrant d’un mauvais scénario, bourré de clichés sur le cinéma américain, avec des personnages mal brossés, il est très difficile d’éprouver la moindre empathie pour eux, et surtout manquant cruellement de crédibilité dans l’ensemble le film est difficilement sauvable. [ on peut noter des dialogues et certaines répliques succulentes qui seront probablement cultes dans quelques années si le film parvient à avoir une certaine notoriété ] Pourtant, il y avait là de véritables bonnes intentions! On sent toute la bonne volonté, presque naïve, des deux réalisateurs, on sent le poids d’une nostalgie enfantine, mais ce poids trop lourd les emporte.  Et ainsi s’enchaîne les fautes majeures. Le film se tire à bout portant dessus (pas seulement dans le pied). En dehors de quelques répliques pas piquée des hannetons, quelques instants volés où il y a quelque chose de présent, on s’embourbe sec, on se noie, on essaie de se raccrocher à quelque chose mais il n’y a rien, que des erreurs, des fautes de débutants qui semblent d’autant plus étrange que les deux réalisateurs n’en sont pas à leur coup d’essais.

Comment une telle catastrophe a pu se produire? Le film était normalement destiné à être tourné et produit aux Etats-Unis, c’était supposé être l’enfance fictive de Stephen King, l’idée était d’ailleurs bonne, mais tout s’emmêle et très vite, dès la scène d’introduction, on manque de consistance, on enchaîne les erreurs, on perd toute crédibilité. Inutile de citer les innombrables fautes et erreurs, le film en est criblé. Espérons que ce mauvais et fâcheux épisode ne sera qu’une erreur de parcourt, et qu’ils sauront redresser la barre pour le prochain!

Suspiria, un chef d’oeuvre à l’italienne ou une bonne dose d’angoisse d’un rouge vif.

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SUSPIRIA
CLASSIQUE DARIO ARGENTO
Réalisateur: Dario Argento
Interprètes: Jessica Harper (Suzy Bannion), Stefania Casini (Sara), Flavio Bucci (Daniel), Miguel Bosé (Mark), Barbara Magnolfi (Olga), Susanna Javicoli (Sonia)
Italie 1977
Couleurs – Scope – Dolby SRD
101 min

Synopsis: Suzy, une jeune Américaine, se rend à Fribourg pour suivre des cours dans une prestigieuse académie de danse. A peine arrivée, l’atmosphère du lieu, étrange et inquiétante, surprend la jeune fille…

SUSPIRIA-HEADLINEMatté en salle pour la première fois à l’occasion du festival de Gérardmer, c’est avec émerveillement que je découvrais ces couleurs, cette musique envoûtante et glaçante, cette mise en scène grand guignol macabre. Argento maîtrise sa mise en scène du début à la fin, proposant au spectateur de quitter la réalité pour entrer dans le domaine du fantasme, et de l’inquiétant. Par ses couleurs, ses cadres, son décor, sa mise en scène, il emmene le spectateur dans un autre monde, le monde de Dario Argento. Magnifique mise en scène des meurtres, il distille avec quelque chose proche de la perfection l’inquiétude et l’étrange. Ses personnages sont fantasmés, représentant pour les demoiselles de l’académie des petites filles confrontés à leurs cauchemars et pour le personnel de l’académie la figure des monstres des conte de fées. C’est dans cet étrange mélange entre le giallo pur et dur italien, et le merveilleux des contes qu’on se retrouve, ne sachant jamais vraiment sur quel pied dansé, propulsé rapidement dans un monde où la réalité ne semble pas avoir de prise.

Suspiria-173Je pourrais essayer de vous expliquer la manière fabuleuse dont Dario Argento maitrise chaque élément comme cette sublime séquence avec lequel le film commence, comment il nous fait passer la peur et l’inquiétude à travers ce terrible orage, ces gros plans sur le mécanisme d’ouverture automatique des portes, le mugissement de l’eau, cette musique magnifique des Goblin mélodie enfantine qui est singée par une voix grave, ces gros plans sur l’écoulement de l’eau dans la gouttière, les éclat brillants des phares du taxi à travers les arbres d’un bois inquiétant, ou encore la manière dont est éclairé le visage de Suzy dans le taxi, tout en teinte d’un bleu nuit profond, mais il serait trop long de décortiquer cette magnifique œuvre. Je me contenterait seulement de dire que j’ai été émerveillée par ce film, par la mise en scène magnifique, le soin qu’il prend à filmé les jeunes filles telles des héroïnes d’un conte horrifique, le soin apporté aux décors baroques qui s’accordent parfaitement avec cette ambiance merveilleuse étrange.

Suspiria-008Encore aujourd’hui, Suspiria reste l’un de mes films préférés. En un clignement d’oeil, il a effacé tous les autres films. Fastoche pour un film italien qui manipule les couleurs et la musique comme un peintre d’un nouveau genre, d’une manière totalement inédite, effarante et fascinante à la fois. S’il est manifeste qu’il est fortement inspiré de l’œuvre de Bava (voir ma critique de six femmes pour l’assassin) en revanche il est clair que Suspiria a magnifié ses références. En plus d’être foutrement beau, ce film d’horreur fonctionne parfaitement. La mort frappe à n’importe quel moment, n’importe qui, avec l’assurance d’un Michael et les pouvoirs d’un fantôme. Dès lors il n’y a plus aucune zone de sécurité. Le spectateur est face à une inconnue presque totale, placé dans un univers bariolé, d’une esquisse beauté glaçante, et doit se débrouiller avec ce que l’auteur lui donne, tout et à la fois rien. Non content d’aligné les scènes cultes, Dario Argento signe là une œuvre magistrale qui va marquer à tout jamais les esprits. Et bien que ça ne soit pas la seule de ses œuvres (cf la Trilogie animale) qui mérite largement un coup d’oeil, c’est en tout cas celle que je préfère.