Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, 2017.

blade1En 2049, les répliquants ont été intégrés à la société. L’un d’eux, K, travaille au LAPD, en tant que Blade Runner, traquant les anciens modèles dont la durée de vie n’était limitée. En éliminant un ancien modèle militaire devenu fermier, il découvre les restes d’un répliquant femelle mort en couche. L’idée de la possibilité d’enfantement des répliquants est inadmissible pour l’autorité qui veut absolument détruire toute preuve y compris l’enfant s’il a survécu. K est donc missionné pour le retrouver et effacer toute trace de son existence, mais cette affaire va l’amener à se questionner sur lui-même.

Blade_Runner_2049_2040.0Le réalisateur de PREMIER CONTACT, PRISONER et INCENDIES a été choisi afin de réaliser la suite du chef d’œuvre de Ridley Scott, sorti en 1982 et adapté du roman LES ANDROÏDS RÊVENT-ILS DE MOUTONS ÉLECTRIQUES ? de Philip K. Dick. BLADE RUNNER racontait l’enquête de Rick Deckard qui avait pour but de retrouver des répliquants en fuite. La confrontation avec leur leader charismatique alors joué par l’incroyable Rutger Hauer amenait Deckard interprêté par Harrison Ford à s’interroger sur sa propre humanité. A la fin du film, Deckard retrouvait Rachel, une répliquante dont il était tombé amoureux.

BLADE RUNNER 2049 est une véritable suite puisque les restes retrouvés sont ceux de Rachel et l’on comprend vite, que le père est Deckard. Denis Villeneuve laisse volontairement le flou sur le fait que Deckard puisse être un répliquant respectant ainsi le doute laissé en suspend à la fin du premier. Véritable reflet, bourré d’hommage, et à la fois suite direct, le personnage de K est un parfait reflet de celui de Deckard dans le premier, c’est un soldat obéissant qui suite à son enquête va remettre en cause ce qu’il sait établit comme des faits jusqu’à sa propre existence, sa propre identité.

bladerunnerC’est en cela que le film est à la fois réussit, en tant que suite, et peut-être amoindri en tant qu’œuvres de Denis Villeneuve. Cependant, jusqu’au bout, jusqu’à la scène finale, l’hommage reste entier et très beau. L’univers de Villeneuve épouse parfaitement celui de Ridley Scott mais ne disparaît pas pour autant. Ainsi on retrouve son univers graphique, plus froid que celui de Ridley Scott, sa manière d’observer les personnages à travers toutes leurs aspérités.

Ce qui est remarquable c’est à quel point Denis Villeneuve rend hommage à l’œuvre de Philip K. Dick ainsi qu’à beaucoup d’autres œuvres de la science fiction comme Ghost in the Shell dans une très belle séquence avec la neige, Mad Max Fury Road avec un plan notamment qui a beaucoup été repris dans la promotion faisant directement écho à l’intro du film de George Miller, mais aussi dans la relation entre Joy et K, il y a beaucoup de HER de Spike Jonze, et puis dans les décors désertiques dantesques d’un Las Vegas abandonné on retrouve l’atmosphère de décrépitude du trop méconnu CHERRY 2000 de Steve De Jarnatt. Enfin, il y a également une très nette influence de l’œuvre de Paul Verhoeven (ses obsessions et interrogations dans ROBOCOP, mais aussi dans TOTAL RECALL) dans l’univers dépeint par Denis Villeneuve.

Au delà de l’hommage, BLADE RUNNER 2049 est un véritable film de science fiction. Parce qu’il nous parle de notre époque, parce qu’il montre une ville grisâtre où l’amour est vendu sur une clé usb, où l’on le racisme reste présent (celui envers les robots), où la pollution forme des nuages gris, où l’agriculture est désormais à base d’OGM uniquement, un monde composé de tonalité de gris où les seules couleurs viennent de gigantesques panneau publicitaires, un monde stérile et sombre. Il y a aussi un sous texte écologique, pas uniquement par la séquence d’introduction, ou l’attachement au vrai (bois, animaux) mais aussi par la présence de ce mur protégeant la ville du niveau de la mer devenu critique. Très Dickien, BLADE RUNNER 2049 renoue avec les thématiques et la manière dont Philip K. Dick abordait les problématiques de la société future si nous persévérons dans nos erreurs à travers le questionnement d’un personnage sur son humanité.

new-international-trailer-blade-runner-2049Le film n’est cependant pas exempt de défaut. Le principal reste Wallace, le personnage campé par un Jared Leto qui n’arrive pas à se faire oublier, et dont le but poursuivit reste trop flou pour être réellement intéressant, pourtant on sentait un potentiel assez intriguant avec Luv. La fin est d’ailleurs très frustrante. Le personnage de Luv qui a la force et la volonté d’un terminator disparaît trop vite sans apporter le contre point qu’on aurait pu attendre. Le personnage du lieutenant Joshi reste également en retrait. On comprend que la volonté était de raccorder à l’histoire de Deckard et de se concentrer sur sa relation avec K. Celle-ci est indéniablement la force du film.

C’est également comment K fait le processus inverse de Deckard. Ce dernier dans le premier film s’interrogeait sur son humanité, s’il n’était pas au final un répliquant, se demandant ce qui définissait son humanité, questionnement hautement intéressant. K quand à lui, se rêve en humain. A la manière du personnage de Murphy dans ROBOCOP, K se construit son humanité rêvée.

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Ça de Andy Muschietti, 2017

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A Derry, le petit Georgie fait la rencontre fatale d’un clown caché dans les égouts. C’est le début d’une vague de crimes atroces ne touchant que les enfants. Bill, le grand frère de George décide de mener l’enquête. Aidé de ses amis membre du club des losers, Richie et Eddie, il est bien décidé à confronter Ça, le clown qui se nourrit des terreurs des enfants de Derry. Dans sa folle quête, il sera rejoint par Beverly, Ben et Mike, trois autres enfants victimes de Henry Bower et sa bande, des psychopathes qui terrorisent les membres du club.

ÇA est réalisé par Andy Muschietti, le réalisateur de MAMA. C’est la seconde adaptation du célèbre roman de Stephen King. Des trois épais tome, la première adaptation « IL » EST REVENU de Tommy Lee Wallace a été réalisé en 1990 et a terrifié des générations entières car a été largement diffusé à la télévision française. C’était un téléfilm ne bénéficiant pas du budget d’un film destiné au cinéma. La terreur reposait uniquement sur l’interprétation assez effrayante de Tim Curry. La nouvelle adaptation se veut différente, puisque déplaçant l’action des enfants dans les années 80, et surtout, séparant la partie enfance de la partie adulte. Deux choix qui ont été récemment assez fortement décrié. Trop à mon goût.

It_08292016_Day 44_10864.dngComme le roman, ÇA est vendu sur le principe d’être un film d’horreur. A mon sens c’est une erreur. Certes, il y a des moments de terreur dans le livre comme dans le film, mais le clown doit partager le domaine de la peur avec les adultes. Dès le roman, les adultes sont décrits comme monstrueux et souvent assez grotesques également.

L’explication première pourrait être bien sûr que c’est le point de vue des enfants, ainsi voir la maman d’Eddie absolument ridicule assez comparable à l’horrible tante d’Harry Potter dans son côté ogre dictatorial, mais c’est oublié un peu vite que Stephen King s’attache à dépeindre une Amérique pauvre, isolée et surtout la ville de Derry remplie de ceux qu’on appelle les white trash. Et pour s’en convaincre qu’ils existent suffit de regarder une des nombreuses émissions de téléréalité américaine diffusés sur les chaînes de la TNT.

Le problème du film est sans doute de proposer une adaptation trop fidèle. Ainsi il devra subir les mêmes critiques qu’on pourrait objecté au roman, et de la part des fans, les choix qui ont dû être fait car un film n’est pas un livre.

It_07122016_Day 11_2810.dngD’autres choix assez audacieux ont été fait, déplacer l’action dans les années 80, mais qui a pour conséquence de déplacer l’action des adultes en 2017 soit 27 ans après l’adaptation télévisuelle, ce qui n’est pas une date anodine puisque Ça revient tous les 27 ans.

Mais déplacer dans les années 80 permet aussi d’avoir des visages de Ça plus adapté aux terreurs enfantines du public qui globalement connait mieux les années 80 que les années 50. Je pense que le loup garou de Wolfman aurait été moins effrayant que les touffes de cheveux façon THE GRUDGE.

Et puis l’autre choix, dicté par l’industrie cinématographique de séparer l’enfance de l’âge adulte qui dans le livre était entremêlé est à mes yeux judicieux. Cela permet d’offrir une première partie finie qui se suffit à elle-même. Sachant que la seconde partie pourrait ne pas exister (n’importe qui connaissant la difficulté de produire un film comprend que la suite pourrait ne pas être faite ou avortée) c’était un choix judicieux qui respecte le spectateur. A mon avis du moins.

It_07112016_Day 10_2323.dngMaintenant, ce qui m’a vraiment plu dans le film, c’est qu’en optant pour n’avoir que la partie enfance et en gardant l’essence du roman à savoir que le monde des adultes est aussi terrifiant que Ça (qui est clairement une métaphore des tueurs pédophiles, mais aussi des peurs enfantines qui nous pétrifient), le film devient alors clairement le passage initiatique des enfants à l’âge adulte. De ce fait, le film n’a plus qu’un seul axe. Notre petit groupe d’enfant devra affronter ses peurs afin de grandir et de survivre à l’adolescence sans doute le passage le plus terrifiant de la vie.

Bon il est vrai que le petit groupe de tortionnaires mené par Henry (psychopathe en devenir) est moins présent que dans le roman mais je pense que c’est dû au fait qu’on se concentre l’action (beaucoup d’éléments du livre ont disparus, mais il faut bien souligner qu’il s’agit de 3 tomes assez épais réduit en deux films de deux heures).

It_0812016_Day 33_8165.dngIl y a une chose qui m’a beaucoup plu également, et que je n’ai pas entendu ou lu dans les différences chroniques, critiques ou même simple avis autour du film c’est de l’aspect totalement gothique du film autant dans son approche visuelle (la fameuse maison hantée qui n’a rien à envier aux films de Guillermo Del Toro) ou encore l’apparence du QG de Ça totalement gothique dans son apparence que dans sa narration.

Le gothisme est un genre qui confronte une jeune fille sortant de l’enfance, devenant donc adulte à ses terreurs à travers des visuels assez imposants (le manoir hanté, les clairs obscurs, les personnages monstrueux dignes d’un conte de fée) qui ne sont qu’une métaphore bien sûr de tout ce qu’implique l’adolescence (la sexualité, la peur des adultes, etc…). Et à mon sens Ça premier chapitre, est indéniablement une oeuvre gothique qui adopte des visuels modernes mais très léchés (la ville trop propre par exemple ou la simple présence d’une maison hanté en plein coeur des quartiers résidentiels populaires), et fortements impressionnants qui de facto sont très éloignés du réalisme. Dans le gothisme, les lieux sont la représentation des émotions qu’affronte l’héroïne, ici les lieux sont la symbolique de la terreur et de comment ils la combattent de nos jeunes héros. Ainsi, le fait que le personnage de Beverly soit beaucoup plus développé que dans les livres (au détriment de Eddie qui est plus central dans le roman) en est la preuve.

It_07122016_Day 11_2727.dngJe dois aussi souligner à quel point j’ai aimé le personnage de Beverly, un véritable personnage féministe, fort qui affronte ses peurs avec courage. Le fait qu’elle devienne la demoiselle en détresse à la fin m’a un peu dérangé, j’ai trouvé ça facile. D’autant que c’était fait pour faire de Bill le héros du film. Même s’il reste le personnage le plus développé dans le roman, c’était justement un point négatif du roman qui aurait pu être corrigé. Mais le film n’en demeure pas moins intéressant et plutôt bien foutu.

[HOMMAGE] George Romero

static1.squarespace.comGeorge Romero nous a quitté hier après avoir combattu le cancer, il s’est éteint chez lui, paisiblement d’après ses proches. Celui qu’on appelait le papa des Zombies ou Big George était celui qui avait donné naissance aux zombies au cinéma, tel qu’on les connait aujourd’hui, dévoreurs de cervelles et morts insatiables. Loin du zombie vaudou, les zombies chez Romero était une métaphore d’un monde malade, et le fantastique, un moyen de parler de la société tout en conservant un regard plein d’humanité. Car il y avait toujours une touche de douceur et d’espoir au milieu de la noirceur chez Romero. On se rappelle surtout de son fantastique DAWN OF THE DEAD, et de sa critique du consumérisme américain, de son génial LA NUIT DES MORTS VIVANTS qui non seulement va créer le zombie au cinéma d’horreur mais créer la formule film d’horreur à petit budget avec gros rendement, on se rappelle moins de ses autres films qui pourtant témoignaient d’un regard d’auteur, d’un vrai talent, et d’un réalisateur plus détaché du film de genre où il s’est parfois laissé enfermé. On retiendra surtout MARTIN un film de vampire qui surtout est un film social décrivant les déserts urbains américains. Et puis George Romero était aussi un grand ami de Stephen King, avec qui il réalisera l’anthologie CREEPSHOW rendant hommage aux comics horrifiques américains. Définitivement, le cinéaste George Romero était un fantastique réalisateur à la filmographie plus dense qu’il n’y paraît qui mérite d’être redécouvert et approfondi !

Pour lui rendre hommage, j’ai collecté quelques affiches d’origine ou d’artistes revisitant sa filmographie.

Alien Covenant de Ridley Scott, 2017

151261ALIEN COVENANT est le sixième film fait autour de l’univers de ALIEN et le troisième film de la saga réalisé par Ridley Scott. S’il fait suite directe à PROMETHEUS, il a aussi la difficile tâche de raccorder les wagons avec la saga originelle ALIEN, notamment en faisant le lien avec le premier ALIEN. Si finalement, on s’aperçoit assez vite que Ridley Scott a prévu d’autres films à venir afin de faire le lien avec la premier saga et son premier film, en revanche, les références à la première saga sont assez nombreuses entre le fan service et l’envie de raccorder les wagon tout en proposant du neuf faisant de ce film un espèce d’hybride étrange.

Mais revenons au plot de base, au synopsis, si vous préférez. Nous retrouvons Peter Weyland, créateur de l’androïde David, qui explique à celui-ci la mission de Prometheus à savoir trouver l’origine de l’humanité. Nous basculons ensuite sur le vaisseau Covenant en pleine tempête spatiale dont l’équipage est réveillé d’urgence par son androïde, Walter qui ressemble très fortement à David, si ce n’est qu’il est brun. L’équipage essuie des pertes importantes en vie humaine, en effet ils transportent une colonie entière, et prend la décision de suivre une demande de secours provenant d’une planète qui pourrait accueillir la vie, voire toute la colonie. Une décision qui les amène sur la planète des Ingénieurs où s’est échouée Elisabeth Shaw.

300309Comme pour PROMETHEUS, le film démontre assez vite une difficulté à se confronter au réalisme pourtant recherché dans les productions actuelles de Science Fiction. Le spectateur sera assez étonné du choix du capitaine de se poser sur une planète d’où provient une demande d’aide alors qu’il transporte une colonie et a déjà essuyé des pertes humaines importantes, mais encore de l’absence de combinaison et de casque pour l’équipage partant explorer la planète en question ou du manque total de respect de l’équipage pour l’écosystème qu’ils découvrent alors qu’on imagine assez aisément le départ de la terre motivé pour des raisons soit économiques soit écologiques. Quoi qu’il en soit, le film peine à se montrer réaliste. Tous les choix des personnages s’avérant stupides et suicidaires la plupart du temps sont essentiellement motivés par un besoin des scénaristes de faire avancer le film et non de lui donner une cohérence, une atmosphère et de le faire exister dans un univers propre.

Heureusement, Ridley Scott sait tenir une caméra, et faire de jolies images. Ainsi quelques séquences à la mise en scène relevée nous distraira pendant quelques secondes, comme la séquence de la douche qui si elle n’a rien de très surprenant reste néanmoins très graphiques et agréable à l’œil, ou encore la séquence de la découverte d’une tête dans un bassin, nous donne à voir un film à l’esthétique recherché et au production design intéressant. Indéniablement les deux séquences les plus impressionnantes sont celle de l’arrivée de David sur la planète, magistrale, impressionnante, évoquant la grâce épique de la mise en scène de Gladiator, et à l’inverse, l’intimiste séquence de la flûte qui paraît complètement en décalage avec le reste du film, mais fais rêver n’importe quel cinéphile en réveillant les frissons que le cinéaste nous provoquait en faisant naître l’amour au milieu du monde froid de Blade Runner.

io0wngs_g24wMaintenant qu’en est-il de la saga en elle-même et qu’apporte COVENANT à celle-ci ? Il est clair que Ridley Scott a cherché à se réapproprier sa saga, le réalisateur ne cachant pas son dédain pour les suites proposées par David Fincher ou Jean-Pierre Jeunet. Et comme avec PROMETHEUS, il s’intéresse à l’origine de l’humanité. Il est assez facile de comprendre l’obsession du réalisateur qui fait de David une sorte de docteur Frankenstein version androïde. Et son propos sur l’humanité et la création est somme toute intéressant si ce n’est guère original. Le fait est que PROMETHEUS avait quelque chose de biblique alors que là, COVENANT, semble aborder les mêmes thématiques que BLADE RUNNER, autre chef d’œuvre du réalisateur. Somme toute, la bible et les mythes fondateurs font parti des obsessions de Ridley Scott qui a récemment mis en image l’histoire de Moïse. COVENANT lui s’intéresse plutôt à l’intelligence artificielle, à ce qu’elle nous raconte de la création et de la science. Un propos plutôt intéressant d’autant qu’il est mis en parallèle avec la découverte de l’Amérique (on y verra de nombreuses allusions) qui renforcent un sous texte qu’on imagine complexe et fournis, et cependant, trop peu approfondis. Il faut chercher le sous texte pour le trouver. Et en y réfléchissant, on pourra se dire que la série Westland aura déjà ouvert la brèche en associant interrogation sur l’intelligence artificielle et la conquête de l’ouest.

Pour ma part, j’ai vraiment l’impression que Ridley Scott veut raccrocher les wagons avec BLADE RUNNER. Certains fans ont émis le fantasme de voir se réunir les deux chefs d’œuvre de Ridley Scott dans un seul et même univers, et malheureusement, on dirait que le réalisateur les a entendu. Car David dans son envie de rébellion face à son créateur (cf le face à face avec Walter) s’avère assez proche des aspirations de Roy, le personnage campé par Rutger Hauer dans BLADE RUNNER.

alien-covenant-trailer-breakdown14La question se pose, Ridley Scott qui produit également la suite de BLADE RUNNER, ne chercherait-il pas à récupérer ses deux chefs d’œuvre fondateurs de sa filmographie comme pour se prouver à lui-même et aux nouvelles générations de quoi il est capable ou plutôt, était capable ? Car à dire vrai, regarder ces deux suites proposées par Ridley est assez triste quand on y songe. On est très loin de la force évocatrice du premier ALIEN. Ce dernier proposait un retournement de situation en proposant comme personnage leader une femme, le personnage de Ripley étant de plus pas la jolie femme sympathique à laquelle le cinéma Hollywoodien nous a habitué. C’était une femme forte, de caractère, et prudente. Méfiante. Et la créature, le Alien, se cachait dans l’ombre, se montrait véritablement effrayant alors qu’ici, la créature semble facile à tuer, maîtrisée, un enfant étrange, une créature imparfaite.

e1ukpMwLe seul danger c’est David, et la piètre tentative de twist est très maladroitement amenée. Ridley Scott se montre totalement incapable de susciter la peur, ou de construire des personnages avisés. Tous semblent plus idiots ou incapables les uns que les autres. Les rares éléments mythologiques qui auraient pu être intéressant, à savoir le pourquoi d’une colonie envoyée à l’autre bout de l’univers n’est même pas abordé. Là où le premier ALIEN évoquait une multinationale aussi inquiétante que redoutable qui jouait avec les vies de ses employés pour ramener le prédateur ultime sur terre, COVENANT se contente d’une fuite en avant. David étant visiblement le seul intérêt de Ridley Scott qui veut construire sa mythologie autour des Architectes et de la création des Aliens, passant à côté de ce qui faisait le succès de la saga.

Le constat qu’on avait pu faire devant PROMETHEUS se répète ici, malheureusement. Ridley Scott a perdu la main et s’est enfermé dans un cycle auto destructeur. Même s’il existe encore des éléments intéressants l’ensemble ressemble à une espèce de bouillie où le réalisateur aurait mixé ses envies, ses obsessions avec toutes les tares du cinéma actuel Hollywoodien. Un constat d’autant plus malheureux qu’il s’accompagne de l’annonce de l’échec du projet d’un Alien 5 avec Neil Blomkamp comme réalisateur.

TOP 10 des films d’horreur classique à avoir vu

En écoutant un podcast dédié au film d’horreur, une présentation du genre par des amoureux des films d’horreur, j’ai eu l’idée de faire ce petit top 10. Quels films d’horreurs recommanderais-je pour quelqu’un ayant envie de connaître les classiques ? Évidemment, pour tous ceux connaissant le film d’horreur, c’est des films qu’on ne présente plus. J’ai cherché à avoir un film culte ou classique par tranche de genre, mais aussi à sélectionner les plus accessibles disons. Certains pourront paraître avoir vieilli pour un spectateur jeune mais c’est indéniablement ce qui se fait de mieux malgré tout. Si ces films sont devenus cultes c’est à raison !

  1. HALLOWEEN de John Carpenter

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Si je vous dit SCREAM, SCREAM QUEEN ou encore FREDDY, VENDREDI 13, ça vous dit quelque chose n’est-ce pas ? Le slasher est sans doute le sous genre le plus reconnu. Normal il s’adresse à un public adolescent très friand en émotions fortes. Beaucoup d’adolescents consomment des films d’horreur alors qu’une fois adulte, le genre reste cantonné à une minorité de personnes qui deviennent alors des vrais aficionados du genre. Mais le slasher reste toujours particuliers à nos yeux, parce qu’il a ce parfum de la première fois. Et justement, en matière de première fois, LE film qui a lancé le genre, qui lui a donné ses lettres de noblesses c’est HALLOWEEN de John Carpenter, avec Jamie Lee Curtis essayant de survivre face à un Michael Myers increvable et imperturbable. Si le film est aussi efficace c’est parce que son tueur a quasiment les capacités d’un fantôme, de se matérialiser où il le souhaite, bien souvent dans votre dos. Iconique par sa musique et une mise en scène macabre et graphique, HALLOWEEN reste culte et indétrônable, indéniablement le film avec lequel commencer son éducation sur les slasher.

  1. JAWS de Steven Spielberg

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L’horreur a rarement lieu sous le soleil, en plein jour, pire, au milieu de la foule, mais quand elle a lieu sur une plage ensoleillée, elle vous marque au fer rouge, d’autant plus fort qu’elle paraît implacable. Comment échapper à une telle menace ? Celle qu’on ne voit pas, juste en dessous de vous, dans les profondeurs aquatiques ? Ce qui rend JAWS aussi efficace c’est non seulement la rareté du requin à l’écran mais aussi et surtout l’aspect réaliste de cette terreur. La menace mortelle est un requin blanc, et non un tueur fantasmatique. D’autant que, les récentes attaques ayant eu lieu sur l’île de la Réunion donne à JAWS des accents de réalité angoissante.

  1. SHINING de Stanley Kubrick

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Sorti en 1980, Shining est sans doute l’un des premiers films d’horreur réalisé par un réalisateur considéré comme pas vraiment habitué du genre. Si de nos jours, il n’est pas rare qu’un auteur s’attaque au film d’horreur, à l’époque, c’était plutôt rare. Mais le plus étonnant, c’est à quel point SHINING fascine et effraie à la fois. Pour beaucoup de gens, ça a été le premier choc cinématographique sans doute parce qu’ils ont été attirés par le nom du réalisateur sans trop se méfier. SHINING est de ces films d’horreur à la mise en scène glaçante. Un film sur la folie et l’imprégnation du mal dans un lieu. C’est aussi un classique absolu avec lequel il est bon de débuter sa collection.

  1. L’EXORCISTE de William Friedkin

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S’il n’est pas certain qu’il fonctionne efficacement sur tout le monde, car depuis lors, il a été beaucoup parodié et a fait beaucoup parlé de lui, il reste néanmoins que dans ce film il y a une véritable force du mal qui contamine tout ce qu’elle touche et n’épargne personne. Si L’EXORCISTE a frappé autant de monde et a su se hisser à la place de film culte c’est parce qu’il y a dans la pelloche de Friedkin une froideur et un mal absolument effrayant. Résolument pessimiste, le film ne laisse aucune chance au bien de prospérer. L’un des films d’horreur les plus noirs et les plus efficaces qu’il soit. Bien sûr, il est absolument nécessaire de le visionner dès qu’on veut se constituer une petite culture classique !

  1. ALIEN, LE 8E PASSAGER de Ridley Scott

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Si STAR WARS a changé le paysage cinématographique à l’époque, c’est ALIEN qui a mis en image l’horreur absolue, l’horreur dans l’espace. Certes, les premiers frissons avaient débutés avec 2001 ODYSSÉE DE L’ESPACE de Kubrick (tient, encore lui), c’est ALIEN qui va donner des frissons glaçant aux spectateurs dans un genre qui jusqu’à présent demeure assez absent (hormis un LIFE récent). ALIEN ce n’est pas seulement une redoutable et effrayante créature, c’est aussi un huis clos, une tension psychologique insoutenable, un personnage féminin fort et féministe avant l’heure, et surtout un contexte social qui renforce la terreur absolue que suscite le film. Ajoutez à cela une esthétique léchée, et un design créer par l’un des artistes les plus torturés de ce siècle, vous obtenez un objet culte !

  1. THE THING de John Carpenter

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Cinéaste déjà présent dans ce top, John Carpenter est un nom bien connu pour les amoureux du film d’horreur. Et en matière d’horreur absolue, il se pose là. Nombre de films ont tentés de jouer sur la paranoïa et l’inconnu, mais aucun ne l’a fait avec autant de brio que THE THING. Remake de LA CHOSE VENUE D’UN AUTRE MONDE, le film de Carpenter est certes créer en pleine guerre froide, mais parle surtout d’un phénomène essentiel que n’importe qui peut connaître à savoir la paranoïa. Une bactérie piégée dans la glace va fusionner avec les corps des vivants autour d’elle et se transformer en monstre polymorphe assez effroyable à contempler. D’une terrible efficacité et d’une imagination effroyable pour les effets spéciaux, ce film s’adresse aux personnes ayant l’estomac bien accroché. Un film qui de surcroit ne repose pas sur les jump scare, et pourrait séduire ceux qui ferme les yeux devant les films d’horreur actuels.

  1. MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE de Tobe Hooper

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Inspiré de faits divers, MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE joue sur la terreur du citadin d’être confronté aux bouseux des contrées populaires. La liste des films s’attaquant à ce genre de terreur est assez longue de WOLF CREEK à DETOUR MORTEL en passant par LA COLINE A DES YEUX. Il faut bien dire que la civilisation occidentale donnant lieu à des mégapoles gigantesques dont on ne sort jamais ou presque en oublie bien souvent des territoires entiers qui dans l’imaginaire collectif deviennent des terres sauvages et barbares où les pauvres zouaves oubliés par la civilisation moderne s’adonnent à leurs plus bas instincts. Évidemment, ces films là sont aussi des critiques sociales mettant en parallèles l’insouciance de la jeunesse avec ceux oubliés par le système dont bénéficient ces jeunes gens. Mais de tous les films issus de ce genre, MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE est non seulement l’initiateur mais aussi le plus marquant. Évitez en revanche la VF passablement ridicule.

  1. ZOMBIE de George Romero

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Si de nos jours les morts vivants sont surtout à la télévision entre un très largement suivi WALKING DEAD et un plus méconnu DEAD SET ou encore Z NATION, il est impératif quand on s’intéresse au genre de revenir à la base. Évidemment, le tout premier c’est LA NUIT DES MORTS VIVANTS, mais étant donné que la pelloche a pas mal vieilli, et a été de trop nombreuses fois remaké, je vous parlerais plutôt de ZOMBIE. Premier film de la trilogie initiée par George Romero après le succès de LA NUIT DES MORTS VIVANTS (pour lequel il n’a touché aucun droit d’auteur, malheureuse histoire de droits mal enregistrés comme quoi il faut toujours faire attention avec la paperasse), ZOMBIE s’intéresse à un petit groupe de survivant qui, grâce à un hélicoptère récupéré, se réfugient dans un centre commercial où ils espèrent échapper aux zombies. Film éminemment social, c’est aussi et sans doute le meilleur film d’invasion de mort vivant car qui n’aurait songé à se réfugier dans un supermarché ? Efficace, simple, évident, c’est pour autant un film oppressant qui suit la fin de la civilisation moderne.

  1. PSYCHOSE de Alfred Hitchcock

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Sans doute avez-vous été spoiler sur ce chef d’œuvre qui selon les critiques de cinéma apparaît bien souvent comme le premier film d’horreur moderne, mais malgré tout, malgré le noir et blanc, malgré son côté vintage, intéressez vous à ce film. Essayez si possible de le voir aussi vierge que vous le pourrez. Si PSYCHOSE est aussi efficace aussi effroyable c’est parce qu’il s’intéresse à un cas de psychose non seulement assez malsain mais de surcroît réel. En effet, Hitchcock s’est inspiré d’un tueur en série ayant réellement existé. De quoi vous donner quelques frissons supplémentaires ! Je ne vous en dirait pas plus pour vous préserver autant que possible le film, mais je peux vous assurer qu’il mérite sa légende. Regardez le, et appréciez ce classique absolu.

  1. KAÏRO de Kiyoshi Kurosawa

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Ce n’est pas forcément le film de fantôme japonais le plus abordable mais c’est indéniablement le plus effrayant de tous, et celui qui est le plus représentatif du cinéma japonais et de sa société. KAÏRO décrit une sorte de maladie hyper contagieuse poussant les gens au suicide. Agissant comme un virus internet, celle-ci se propage jusqu’à atteindre tout le japon. Film effroyable et passablement déprimant il n’en est pas moins redoutablement efficace. C’est une manière de finir ce top non pas en beauté mais en fatalité et de vous proposer un film restant classique mais assez différent du reste proposé.

Voilà, ce top est terminé, j’espère qu’il vous apportera beaucoup de frissons. En tout cas n’hésitez pas à me faire part de vos retours, et de selon vous quels sont les films d’horreur classiques à recommander à toute personne cherchant à se faire une culture sur le sujet.

Le PIFFF cuvée 2016, les coups de coeur.

pifff-2016-max-linderLe PIFFF cuvée 2016 était franchement une belle année. Primo, les lieux. Exit le Grand Rex et le boom boom du Rex Club qui venait perturber les nuits du PIFFF, bonjour le Max Linder et son incroyable sonorisation. Secondo, des soucis financiers ont mis en péril le festival, pourtant, cette année la programmation était assez incroyable avec la venue en personne de Dario Argento pour OPERA dont la copie était d’une très belle qualité ou encore la présence à l’affiche et en compétition de l’excellent GRAVE que j’avais déjà chroniqué ici et qui a été primé par le festival. Et puis enfin, c’est surtout une fréquentation en plein boom, avec des séances de rattrapages proposées par le Max Linder lui-même, qui prouve que les créateurs de ce festival ont fait un bon pari.

Je voulais vous parler donc des coups de cœurs que j’ai eu durant le festival. Malheureusement je n’ai pas pu voir tous les films. J’ai regretté de ne pouvoir assister à la projection de LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN qui devait être un plaisir à voir en salle ou encore de ne pouvoir voir THE MERMAID qui avait l’air totalement fou comme film. Mais néanmoins, pendant 7 jours j’ai pu m’en mettre plein les rétines et surtout pleins les oreilles, merci au Max Linder de proposer une telle qualité sonore durant ses projections !

autopsy-of-jane-doePremier coup de cœur, le film d’ouverture THE AUTOPSY OF JANE DOE de André Ovredal qui met en scène un huis clos angoissant autour du mystérieux corps d’une jolie inconnue. Avec une mise en scène très classique, et une approche de l’horreur à l’ancienne, le film se la joue ludique, et jongle avec les genres passant du fantastique à l’horreur, du thriller au film à suspence, du jeu de détective à celui du jeu de massacre avec talent sans pour autant donner dans le brutal changement de ton. Tout est assez fluide et gérer d’une main de maître, étayer par un excellent duo d’acteur. En bref, une perle que j’ai personnellement adoré.

grave3Je ne reparlerais pas ici de GRAVES que j’ai déjà chroniqué mais qui est indéniablement un excellent film, et une vraie surprise. C’est d’ailleurs plus un shoker qu’un vrai film d’horreur tant il s’apparente au film d’horreur avec une touche de gore et d’horreur qu’à un film de genre comme on en a l’habitude. C’est d’ailleurs pour cela qu’il parvient assez bien à distiller le trouble. Je n’évoquerais pas non plus trop en profondeur PREVENGE que j’ai chroniqué sur Sueurs Froides, et vu au festival du film britannique, qui était un ovni très intéressant et prometteur sur une jeune auteur brillante par son originalité franchement dérangeante.

x240-9sdComme toujours le festival n’était pas avare en bizarries. J’ai raté la projection de THE MERMAID qui se promettait d’être sacrément déroutant mais j’ai pu assisté aux séances de rattrapage de THE GREASY STRANGLER. On l’oublie souvent, mais l’autre terre des films bizarres c’est l’Angleterre. Et ce film complètement loufoque et absurde le démontre. Avec une musique géniale qui n’est pas sans évoqué la bande son également troublante de l’excellente série anglaise UTOPIA, des personnages hauts en couleurs toujours filmés décadrés et une vulgarité assez salasse qui finit invariablement par donné dans le gore crado à la EVIL DEAD, c’est un véritable festival de n’importe quoi aussi grotesque qu’hilarant. Un film dérangeant comme on les aime !

imdsdmojagePar contre je vais vous parler de THE PRIEST du coréen Jang Jae-hyun. Le récit de ce jeune séminariste qui en dépit de son statut de mauvais élève dissipé, flemmard, se retrouve propulsé assistant du père Kim, un exorciste aux méthodes discutés que notre jeune héros est supposé surveiller. Film d’initiation, THE PRIEST est très classique dans sa forme, adoptant les règles du film d’exorciste mais pourtant, ne cherchant pas à faire dans l’horreur classique mais adoptant plutôt le point de vue de notre jeune et très enthousiaste héros. Sa mise en scène devenant exceptionnelle lors d’un final à l’ambiance apocalyptique, Jang Jae-hyun est indéniablement un talent à suivre !

messiahDurant la nuit, nous avons pu redécouvrir ZOMBIE dans son montage européen avec la musique des Goblin, remonté et produit par Dario Argento, et voir que la version de Savini de LA NUIT DES MORTS VIVANTS n’a finalement pas prit une ride. Mais surtout, le PIFFF nous a fait découvrir une vraie perle trop méconnue : MESSIAH OF EVIL. Film hautement onirique et psychédélique, il apparaît comme une sorte de variation zombiesque et lovecraftienne de l’excellent CARNIVAL OF SOUL. La scène du cinéma qui n’est pas sans évoqué le terrifiant ANGOSIA est sans doute l’une des scènes les plus terrifiantes et les plus efficaces du cinéma par l’angoisse qu’elle parvient à susciter avec des zombies lents, terriblement lents. L’angoisse ici est provoquée par la lenteur des zombies qui à l’instar de Michael Myers semblent être une menace inexorable. Ce qui est assez incroyable c’est aussi la manière dont le film s’inscrit dans une atmosphère de cauchemar surréaliste qui accentue l’inspiration de H.P. Lovecraft pour Willard Huyck.

operaEvidemment, découvrir OPÉRA dans son director’s cut et dans une copie restaurée absolument magnifique était un vrai plaisir. La mise en scène de Dario Argento est à son apogée dans ce film sublime qui méritait d’être projeté dans la salle du Max Linder. Il était vibrant de voir à quel point Argento maîtrise sa caméra autant que son montage. Au sommet de son art, il parvenait à susciter autant la terreur qu’un certain sadisme autour de son héroïne qui incarne à la perfection l’image de la femme subissant les fantasmes qu’elle suscite bien malgré elle. Seul hic, un certain manque de réalisme parfois dans les réactions des personnages mais qui démontre encore une fois que le cinéaste italien préfère l’onirisme au réalisme, et l’évocation à la crédibilité, ce qui fait de ses films des cauchemars éveillés.

safe-neighborhood-filmEt puis le festival se clôturait avec SAFE NEIGHBORHOOD. Le film de Chris Peckover débutait comme un très classique home invasion pour rapidement jouer avec les codes du genre et les attentes du spectateur. Là où OPRESSION avec une Noamie Watt très proche du mono jeu de Nicole Kidman échouait à renouveler le genre, et à jouer avec, SAFE NEIGHBORHOOD lui réussit très bien à avoir un esprit très ludique mais aussi sadique. D’autant qu’il le fait en proposant des personnages intelligents, ce qui change ! Seul regret que la mise en scène reste trop sobre, trop classique, et n’ose pas s’élever.

pifff2016En résumé, c’était une très belle année, avec une programmation proposant des pépites que j’ai personnellement adoré découvrir ou redécouvrir. Seule déception, que le festival dure aussi peu. On aimerait qu’il s’étale sur plusieurs semaines comme L’ÉTRANGE FESTIVAL ce qui permettrait de voir plus de films. Car faire le PIFFF relève clairement du marathon quand on travaille durant la semaine. Mais il est vrai que sans aide de la mairie de Paris, il est difficile au festival de proposer une durée plus longue pour le festival, dommage ! Espérons que l’an prochain, le festival sera soutenu financièrement par les institutions. En tout cas, son public lui, est toujours fidèle et sera encore une fois au rendez-vous l’an prochain !

Premier contact de Denis Villeneuve, 2016

premier-contact-visuel6Dans PREMIER CONTACT de Denis Villeneuve (PRISONERS, ENEMY), la très demandée par Hollywood Amy Adams incarne une linguiste à laquelle l’armée fait appel quand des extraterrestres débarquent mystérieusement sur terre. En complète opposition avec le très brutal et frontal SICARIO, son précédent film, Villeneuve cherche au contraire à faire un film de SF très intime et très simple.

premier-contact-1S’il parvient efficacement à relater l’effet du débarquement alien sur la planète à travers des écrans de télévisions mais aussi d’ordinateurs relayant des youtubeurs et conférencier de l’internet mondial, ou un parking embouteillés au son assourdissant des klaxon évoquant l’effet de panique, ainsi qu’un joli ensemble de plan sur une université vidée de ses élèves, le réalisateur canadien préfère s’en tenir à un nombre réduit de personnage et vise à des plans misant plus sur le sensoriel, le contact physique, et les émotions brutes de ses personnages. C’est dans l’intimité de cette femme, mère éplorée, confrontée à sa solitude dans cette grande maison autant que dans une salle de cours vide que le film nous projette.

premier_contactComme GRAVITY, le voyage que vit l’héroïne fait autant écho à sa maternité et à sa relation avec ses émotions. Ce qui lui arrive auprès des extraterrestres est à la fois une figure de métaphore mais aussi et surtout, le catalyseur de ses problèmes personnels. L’immensité du vide de l’espace et l’effroi qu’il produisant dans GRAVITY fait ici écho à la frayeur d’une guerre mondiale que provoque le mot « arme » qu’on devine mal traduit. Car le problème de la langue et des catastrophes que pourrait produire une mauvaise interprétation est bien sûr au cœur du film. C’est là l’originalité de PREMIER CONTACT qui, avouons le, en l’état est également très proche de INTERSTELLAR dans sa dynamique à mettre en parallèle grâce au montage et au traitement de la narration le drame intime et l’aventure de SF, à toujours garder un fragile équilibre entre l’émerveillement et la terreur face à l’immensité de cet inconnu.

premier-contact-visuel2Comme toujours avec Villeneuve, ce qui est brillant, c’est la réalité qu’il parvient à conférer à son univers, la crédibilité de celui-ci même quand certains détails devraient nous troubler, c’est aussi la manière dont il se refuse à glamourifier ses acteurs, et au contraire, à les rendre « normaux », à faire de ces stars d’Hollywood des personnes qu’on pourrait croiser dans la rue, du visage fatigué d’Amy Adams à celui maquillé en scientifique geek et timide de Jeremy Renner.

Evidemment, PREMIER CONTACT fait aussi référence à des éléments caractéristiques de la SF. Du look des extraterrestres très lovecraftien avec leurs tentacules et les jets d’encre formant de jolies arabesques à la forme sombre et oblongue des vaisseaux qui quand à elle évoque le monolithe de 2001 ODYSÉE DE L’ESPACE, jusqu’à la forte corrélation qu’on pourrait faire avec RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE, il est indéniable que PREMIER CONTACT ne brille pas par son originalité. Néanmoins, il s’avère réussir son pari.

premier-contact-bande-annonce-arrival-voC’est un très bon petit film de SF qui comme GRAVITY joue sur la sensorialité, autant que sur l’émotion, la difficulté physique est autant présente que celle mentale, touche à l’intime comme le faisait INTERSTELLAR, et réussit le pari difficile aujourd’hui d’être un bon film quand Hollywood n’arrive plus à produire grand chose d’intéressant. On peut le voir comme le chaînon manquant entre GRAVITY et INTERSTELLAR ou simplement comme la suite logique de RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE, en tout cas il est la preuve que la SF continue à nous faire rêver, et qu’on a encore des choses à dire sur le sujet. Cette décennie est indéniablement celle où nous voyons émerger des films de science fiction touchant à l’intime, EX MACHINA, REALIVE, en totale opposition avec la SF qu’on pouvait voir dans les années 80 qui elle s’attaquait à des problèmes de société. La science fiction a toujours été une manière de parler de l’humain, aujourd’hui plus encore qu’hier. Et c’est toujours plaisant de voir que le genre continue de se réinventer sans pour autant renier ses pairs.

[ETRANGE FESTIVAL] Grave de Julia Ducournau, 2016.

grave3GRAVE film ovni de Julia Ducournau fait actuellement le tour des festivals avant une sortie (en salle on l’espère) le 15 mars. Ovni parce que c’est le genre de film un peu inclassable, à la fois un film d’auteur, un film d’horreur, un film qui bouscule, choc, peut-être avant tout un shocker à la française. Parce que ce qui paraît le plus incroyable avec GRAVE ce n’est pas tant les réactions (un peu exagérées) du public à Montréal mais plutôt qu’il soit de nationalité française.

393248-jpg-c_300_300_x-f_jpg-q_x-xxyxxSoyons honnête, les gars qui font les meilleurs films français ne le sont même pas ! On pense à ELLE de Verhoeven, absolument génial et renversant, ou encore à Polanski avec son déstabilisant LE LOCATAIRE. Bien sûr, il y aura toujours Gaspard Noé pour nous faire halluciner, même si, le bonhomme fait plus dans le shocker que véritablement le film d’horreur. Mais les autres, bin ils sont rares, et ceux qui ont fonctionné le mieux c’est en partant à l’étranger comme récemment Christopher Deroo avec son intéressant SAM WAS HERE ou encore Thierry Poiraud avec DON’T GROW UP. On n’évoque même pas le cas de Alexandre Aja qui cartonne aux US.

grave-julia-ducournau-franceMais là, c’est un film franco-belge qui débarque sur nos écrans et bouleverse nos estomacs (parce que mine de rien ça secoue un petit peu). Alors me direz-vous c’est peut-être son adn Belge qui joue, sans doute. On peut le dire sans exagération, nos amis belges savent y faire en cinéma trash, gore, un tantinet dérangeant. Parce qu’ils passent rarement la frontière, hélas, mais ils ont continués de tirer à boulet rouge sur nos institutions, notre société et la bien séance depuis C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ VOUS.

1461060865858_0570x0399_1461060905660Bon, c’est bien gentil mon éternel débat sur l’existence ou plutôt sa tentative de survie du film de genre en France, mais de quoi ça parle GRAVE déjà et pourquoi c’est bien, me direz-vous ? Et bien ça parle d’une gamine, enfin, d’une jeune femme qui entre à l’université de médecine pour devenir vétérinaire. La gosse a grandi dans une famille de végétarien, n’ayant jamais touché un bout de viande. Mais dès le premier bizutage, on la force à ingérer un foie d’animal cru. Et cette expérience va réveiller en elle des phénomènes alarmants. Oui, j’ai bien dit alarmant et non étrange. Parce qu’on n’est pas dans une histoire de fantôme japonais dans un lycée mais plutôt dans une histoire de cannibalisme.

D’où les estomacs retournés.

graveMaintenant que j’ai planté le décor, abordons les personnages. GRAVE met en scène des personnages assez réalistes. En fait, ce qui scotch assez rapidement le spectateur à son siège c’est la manière dont la caméra de Julia Ducournau suit les personnages dans des mouvements assez fluide, d’une manière à la fois réaliste et très moderne, ancré dans le type de mise en scène qu’on retrouve chez des Saulnier (GREEN ROOM), où l’on associe réalisme, mouvement et une certaine esthétique. Quelques idées brillantes de mise en scène comme la séquence où l’héroïne se met à danser devant le miroir sur du rap français de bon ton ORTIES. Jusqu’aux choix musicaux, au choix d’acteur, on soulignera d’ailleurs la présence du trop rare Rabah Naït Oufella, le talent de sa réalisatrice s’affiche.

On jalousais les canadiens pour leur talentueux Xavier Dolan, peut-être avons nous maintenant une réalisatrice de talent dont on peut se vanter. Reste à voir ce que nous fera prochainement Julia mais indéniablement, c’est une artiste de talent à suivre !

L’étrange festival, jour 1.

etrange-festival-2016L’Etrange festival commençait cette année sous les meilleurs auspices. Le temps lourd d’une fin d’été à Paris pousse en effet les gens à se rendre en salle de cinéma. Et cette année c’était sous l’œil bienveillant de son parrain, Alejandro Jodorowski que le festival allait s’ouvrir. Le cinéaste présentant de plus son dernier film, POÉSIE SANS FIN, présent en compétition internationale, mais aussi, proposait une séance de crypto-cinéma, où il décryptait le MAGICIEN D’OZ du point de vue ésotérique. Mais revenons à l’ouverture du festival. Mercredi soir s’ouvrait la 22e édition.

089165-jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxL’ouverture du festival proposait le court métrage DECORADO. Film animé aux très jolis dessins, il propose au spectateur d’entrer dans l’univers de Arnold petit ourson dépressif qui s’interroge sur la réalité du monde où il vit. Avec un humour noir piquant le film use de la théâtralité pour se moquer et interroger la société actuelle, de l’évocation du graveleux snapchat aux penchants auto-destructeurs de la société moderne, DECORADO s’impose comme une véritable réussite, un court efficace et assez sombre en dépit de sa forme.

the-darkness-critique-cliff-and-coS’ensuivait le film THE DARKNESS, un titre certes pas très original (troisième ou quatrième film du même nom), nous venant tout droit du Mexique. Le réalisateur, Daniel Castro Zimbron était là en compagnie de l’un de ses acteurs principaux, Brontis Jodorowski pour présenter le film aux spectateurs. C’est sous la forme d’un sombre conte de fée que se déroule l’histoire d’un gamin qui vit cloitré dans une maison au milieu des bois. Mais après la disparition de son grand frère, il commence à douter de la sincérité de son père et de la réalité de ce petit monde qui se résume à cette maison et à un monstre dans les bois. Le monstre existe-t-il ou est-il une fable racontée par le père désirant conserver ses enfants auprès de lui envers et contre tout ? Dans une atmosphère post-apocalyptique, dont on ne saura rien d’ailleurs, le film pose les fondations d’un thriller qui par moment est assez prenant, et à d’autre, le manque de moyen et d’ingéniosité du réalisateur se fait cruellement ressentir. N’empêche que, quelques plans s’imposent, et le talent du jeune acteur fait du film une réussite, du moins, quelque chose d’intéressant. Nul doute que la carrière de ce jeune cinéaste sera à surveiller du coin de l’œil.

Les autres séances permettaient de voir un documentaire sur l’un des cinéastes fétiches du festival, Sono Sion, ou encore le cinéma Les Fauvettes partenaire du festival qui sortait des murs du forum des images cette année, proposait WEEK-END, le seul et unique film d’horreur de Jean Luc Godard.

Basket Case de Frank Henenlotter, 1982.

basketcaseBasket Case en anglais, Frère de Sang en français est une comédie horrifique américaine sortie en 1982. Réalisé par Frank Henenlotter, le réalisateur de l’incroyable Elmer, le remue ménage et du très drôle Frankenhooker, ce dernier est un véritable connaisseur dans le domaine de la fabrication de série B fauchée mais compensant largement le manque de moyen par une imagination débordante et une bonne dose d’humour donnant dans le gore. Frère de Sang est son premier long métrage. Et le moins qu’on puisse dire c’est que l’histoire est aussi délirante que géniale, digne d’un des meilleurs épisodes des contes de la crypte !

C’est l’histoire d’un jeune homme qui débarque à New York avec un étrange panier sous le bras. Arrivé en ville dans le but de poursuivre une obscure vengeance, il finit par se détourner de son chemin pour les beaux yeux d’une blonde, ce qui n’est pas au goût de ce qui se cache dans le panier…

basketcase02Comme Maniac de William Lustig qui s’attachait à filmer l’errance d’un psychopathe en plein milieu d’un New York crasseux, la caméra portée à l’épaule de Henenlotter s’accroche à filmer la ville sous ses vices, éclairée par ses néons. Prostituées et voleurs hantent la ville et tournent autour de notre jeune héros qui pourtant n’est pas plus innocent qu’eux. Personne n’est vraiment tout blanc, tout le monde cache des vices, mais surtout, le film dépeint l’intolérance avec une rare sagacité pour une série B.

bcdjmazoirMais ce qui nous réjouit le plus avec Basket Case c’est le déferlement de scène gore. La violence des scènes d’horreur nous tombe dessus ou plutôt sur ceux qui la subissent, les victimes dont la liste s’allonge sans cesse avec un aspect tragicomique assez piquant. C’est évidemment la patte du réalisateur qui plus tard s’illustrera avec Elmer le remue méninge. Sa patte c’est aussi de composer des héros subissant tout autant qu’ils agissent. Il n’y a jamais de méchant tout noir, mais une suite d’actes et de conséquences tragiques. Même dans la comédie, on peut composer des personnages avec subtilité et offrir une morale tout en tonalité de gris.

Série B d’excellence, Basket Case se dévore littéralement avec un plaisir qu’il ne faut bouder. Et pour un premier film, c’est un coup de génie. Avec une idée toute simple, le film s’offre une virée en enfer délirante et jusqu’au boutiste. Pas étonnant qu’il soit culte dans le petit milieu des amateurs du genre.