[CRITIQUE] Saison 2, Penny Dreadful, le bilan.

Penny-Dreadful-saison2-castAttention, cette critique peut contenir des spoilers, surtout pour ceux n’ayant pas vu la première saison.

Après une première saison mitigée, Penny Dreadful revient pour une seconde saison qu’on nous promet plus axé sur le personnage de Vanessa Ives, une figure hautement mystérieuse campée par Eva Green.

Toute la série repose essentiellement sur les épaules de la délicieuse mademoiselle Ives qui d’ailleurs attire tous les regards masculins de la série. Même si les héros sont clairement identifiés de Sir Malcom incarné par Timothy Dalton est tout autant important, instaurant une figure paternelle, un leader pour le petit groupe de chasseurs de mystères que forment nos héros, à de Ethan Chandler campé par un Josh Harnett sorti de sa traversée du désert, qui dans la première saison incarnait un homme mystérieux se révélant dans un final sanglant un loup-garou, en passant par Victor Frankenstein, médecin recruté pour ses talents de chirurgien et son goût pour les expériences pas forcément très éthiques,  le personnage de Vanessa Ives quand à lui s’était révélé être, de loin, le plus complexe et le plus intéressant de la série.
Au milieu de ce freak show où chacun y va de ses petites histoires romanesques, de ses chagrins et remords, il y a cette femme de prime à bord austère, se révélant souffrir d’hystérie, et étant possédée par un démon nommé Amumet. Un démon qui serait la fiancée du diable, du moins est-ce ainsi qu’on la présente durant cette saison 2.
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La première saison avait l’avantage d’avoir au-delà de l’intrigue liée aux vampires, assez peu intéressante au final faute d’un traitement à la hauteur du conte Dracula qui n’apparaît d’ailleurs que très brièvement, plusieurs mystères à percer, comme la relation étrange entre Sir Malcom et Vanessa Ives, le passé houleux de cette dernière, ainsi que les manifestations démoniaques de plus en plus envahissantes et handicapantes pour le petit groupe, et puis il y avait également le mystère entourant finalement chaque membre de ce petit groupe. Mais elle avait aussi de gros défauts, comme des ruptures de rythmes qui nous ferait presque croire que les scénaristes ont subit des pressions, puisqu’un épisode entier s’éloignant de l’intrigue et de la ligne temporelle de la série nous plongeait dans le passé de Miss Ives, mais surtout son incapacité à intégrer tous les éléments de cet énorme patchwork fantastique, notamment avec Dorian Gray, personnage trop anecdotique dont la présence n’est pas assez assez justifiée par rapport à l’intrigue dont il est clairement séparé. En vérité, à l’instar du monstre de Frankenstein, Dorian Gray souffrait de n’être que le faire valoir de Vanessa Ives.
La seconde a donc la dure mission jouer les prolongations de la première, aller au fond des mystères soulevés, ainsi devrait figurer en première ligne le personnage de Ethan, mais aussi corriger les défauts de la première, rendre à Dorian Gray et au monstre une véritable utilité et fonctionnalité scénaristique.

Hélas, le bilan pour cette seconde saison est plus que mitigé. Sans être un fiasco, les erreurs de la première saison se trouvent nettement amplifiés.

cdvxcvdsn.indiewire.comRévélées dans un trailer alléchant, la méchante est une femme d’âge relativement mûre qui apparaît pour la première fois baignant dans du sang de vierge. Elizabeth Barthory? Et non! En fait, il s’agit d’une sorcière qui a vendue son âme au diable pour avoir la jeunesse éternelle, enfin jeunesse tout est relatif n’est-ce pas puisqu’elle a quasi l’âge physiquement du Sir Malcom qu’elle tentera d’ailleurs de séduire avec plus ou moins de succès. Missionnée donc pour récupérer Miss Yves et la convaincre d’être la fiancée du diable, elle va donc s’attaquer à notre petit groupe, tenter d’en diviser les rangs avant de finalement opté pour la classique prise d’otage et le piège se refermant sur les proies. De la bataille épique entre le bien et le mal dont on nous parle tout au long de la saison, nous n’aurons droit à rien, si ce n’est un face à face entre le diable et une miss Yves épuisée qui à défaut d’accepter le démon en elle renonce cependant en son Dieu. Plus que décevants, les méchants de cette saison semblent insuffisant pour drainer l’énergie de toute la saison puisque se développe tout une sous intrigue avec la nouvelle créature de Frankenstein, et qu’on retrouve à nouveau des ruptures de rythmes franches nous plongeant dans les souvenirs de miss Ives.

Cette saison verra aussi la femme de Sir Malcom mourir, lui offrant un destin assez semblable aux Stark dans Game of Throne puisqu’il est le dernier survivant de sa signée, et aussi triste qu’on peut l’être dans ces conditions. A nouveau au centre de l’intrigue, on retrouve cette idée des monstres devant assumer leur nature dans un monde victorien peu habitué à accepter ses monstres. La preuve en est par le personnage exubérant de mister Lyle, qui n’assume ni son homosexualité encore moins sa religion juive. Cette thématique d’autant plus intéressante souffre néanmoins d’une conclusion déprimante et pas vraiment à la hauteur du combat mené puisqu’il s’agit ni plus ni moins qu’un renoncement.

penny-dreadful-season-2-update-spoilersCependant, cette saison n’a pas que des défauts. Ainsi en cours de route, elle transforme un de ces personnages secondaires peu utile en l’un des personnages les plus prometteurs de la saison, à savoir la nouvelle créature du docteur, miss Lily Frankenstein. Créée à la base pour n’être que la fiancée du monstre de Frankenstein, elle se détache de ce rôle de faire valoir et de poupée jouet sexuel dans un combat qui pourrait tout aussi bien être celui des féministes. De l’innocente jeune femme elle devient une femme libérée, féroce et puissante qui fait de Dorian Gray son chevalier servant et son cavalier de l’apocalypse dans le même temps, tandis que Victor Frankenstein lui sombre dans la dépression et la drogue. Quand à son monstre, il a son histoire, en parallèle du reste de la troupe, croisant parfois l’un ou l’autre mais tout en restant à distance. Si le monstre reste au final dans son coin, Dorian Gray ainsi récupéré apparaît à la fin de la saison, sous le joug de Lily Frankenstein comme potentiellement le méchant de la prochaine saison, du moins l’espère-t-on. Le couple incroyable qu’ils forment est l’image la plus forte de cette saison, et celle qui justifie à elle seule de regarder cette saison 2 qui outre ce couple est assez décevante.

En effet, loin de corriger le tir de la première saison, la seconde confirme les erreurs, une intrigue qui semble insuffisante aux scénaristes dont les ruptures de rythmes finissent par en évacuer tout le mystère et le danger, des personnages secondaires souffrant de n’être soit que des faire valoir, comme l’exubérant mister Lyle, ou bien des personnages isolés comme Dorian Gray ou le monstre de Frankenstein qui ne croisent que très rarement les autres personnages et semblent condamnés à n’être que des satellites. Quand aux héros, eh bien s’ils sont confrontés à un nouveau méchant, la dynamique du groupe n’a guère changée de la première saison, n’offrant pas réellement d’instant épique pas plus qu’une véritable énergie de groupe. L’alchimie ne se fait pas. Tout aussi maladroite que la première saison, elle parvient dans l’épisode 7 et 8 à donner un peu plus au spectateur mais hélas ce moment ne dure pas, et la saison s’achève sur une note si dépressive qu’elle nous fait douter d’avoir envie de voir une saison 3.