Alien Covenant de Ridley Scott, 2017

151261ALIEN COVENANT est le sixième film fait autour de l’univers de ALIEN et le troisième film de la saga réalisé par Ridley Scott. S’il fait suite directe à PROMETHEUS, il a aussi la difficile tâche de raccorder les wagons avec la saga originelle ALIEN, notamment en faisant le lien avec le premier ALIEN. Si finalement, on s’aperçoit assez vite que Ridley Scott a prévu d’autres films à venir afin de faire le lien avec la premier saga et son premier film, en revanche, les références à la première saga sont assez nombreuses entre le fan service et l’envie de raccorder les wagon tout en proposant du neuf faisant de ce film un espèce d’hybride étrange.

Mais revenons au plot de base, au synopsis, si vous préférez. Nous retrouvons Peter Weyland, créateur de l’androïde David, qui explique à celui-ci la mission de Prometheus à savoir trouver l’origine de l’humanité. Nous basculons ensuite sur le vaisseau Covenant en pleine tempête spatiale dont l’équipage est réveillé d’urgence par son androïde, Walter qui ressemble très fortement à David, si ce n’est qu’il est brun. L’équipage essuie des pertes importantes en vie humaine, en effet ils transportent une colonie entière, et prend la décision de suivre une demande de secours provenant d’une planète qui pourrait accueillir la vie, voire toute la colonie. Une décision qui les amène sur la planète des Ingénieurs où s’est échouée Elisabeth Shaw.

300309Comme pour PROMETHEUS, le film démontre assez vite une difficulté à se confronter au réalisme pourtant recherché dans les productions actuelles de Science Fiction. Le spectateur sera assez étonné du choix du capitaine de se poser sur une planète d’où provient une demande d’aide alors qu’il transporte une colonie et a déjà essuyé des pertes humaines importantes, mais encore de l’absence de combinaison et de casque pour l’équipage partant explorer la planète en question ou du manque total de respect de l’équipage pour l’écosystème qu’ils découvrent alors qu’on imagine assez aisément le départ de la terre motivé pour des raisons soit économiques soit écologiques. Quoi qu’il en soit, le film peine à se montrer réaliste. Tous les choix des personnages s’avérant stupides et suicidaires la plupart du temps sont essentiellement motivés par un besoin des scénaristes de faire avancer le film et non de lui donner une cohérence, une atmosphère et de le faire exister dans un univers propre.

Heureusement, Ridley Scott sait tenir une caméra, et faire de jolies images. Ainsi quelques séquences à la mise en scène relevée nous distraira pendant quelques secondes, comme la séquence de la douche qui si elle n’a rien de très surprenant reste néanmoins très graphiques et agréable à l’œil, ou encore la séquence de la découverte d’une tête dans un bassin, nous donne à voir un film à l’esthétique recherché et au production design intéressant. Indéniablement les deux séquences les plus impressionnantes sont celle de l’arrivée de David sur la planète, magistrale, impressionnante, évoquant la grâce épique de la mise en scène de Gladiator, et à l’inverse, l’intimiste séquence de la flûte qui paraît complètement en décalage avec le reste du film, mais fais rêver n’importe quel cinéphile en réveillant les frissons que le cinéaste nous provoquait en faisant naître l’amour au milieu du monde froid de Blade Runner.

io0wngs_g24wMaintenant qu’en est-il de la saga en elle-même et qu’apporte COVENANT à celle-ci ? Il est clair que Ridley Scott a cherché à se réapproprier sa saga, le réalisateur ne cachant pas son dédain pour les suites proposées par David Fincher ou Jean-Pierre Jeunet. Et comme avec PROMETHEUS, il s’intéresse à l’origine de l’humanité. Il est assez facile de comprendre l’obsession du réalisateur qui fait de David une sorte de docteur Frankenstein version androïde. Et son propos sur l’humanité et la création est somme toute intéressant si ce n’est guère original. Le fait est que PROMETHEUS avait quelque chose de biblique alors que là, COVENANT, semble aborder les mêmes thématiques que BLADE RUNNER, autre chef d’œuvre du réalisateur. Somme toute, la bible et les mythes fondateurs font parti des obsessions de Ridley Scott qui a récemment mis en image l’histoire de Moïse. COVENANT lui s’intéresse plutôt à l’intelligence artificielle, à ce qu’elle nous raconte de la création et de la science. Un propos plutôt intéressant d’autant qu’il est mis en parallèle avec la découverte de l’Amérique (on y verra de nombreuses allusions) qui renforcent un sous texte qu’on imagine complexe et fournis, et cependant, trop peu approfondis. Il faut chercher le sous texte pour le trouver. Et en y réfléchissant, on pourra se dire que la série Westland aura déjà ouvert la brèche en associant interrogation sur l’intelligence artificielle et la conquête de l’ouest.

Pour ma part, j’ai vraiment l’impression que Ridley Scott veut raccrocher les wagons avec BLADE RUNNER. Certains fans ont émis le fantasme de voir se réunir les deux chefs d’œuvre de Ridley Scott dans un seul et même univers, et malheureusement, on dirait que le réalisateur les a entendu. Car David dans son envie de rébellion face à son créateur (cf le face à face avec Walter) s’avère assez proche des aspirations de Roy, le personnage campé par Rutger Hauer dans BLADE RUNNER.

alien-covenant-trailer-breakdown14La question se pose, Ridley Scott qui produit également la suite de BLADE RUNNER, ne chercherait-il pas à récupérer ses deux chefs d’œuvre fondateurs de sa filmographie comme pour se prouver à lui-même et aux nouvelles générations de quoi il est capable ou plutôt, était capable ? Car à dire vrai, regarder ces deux suites proposées par Ridley est assez triste quand on y songe. On est très loin de la force évocatrice du premier ALIEN. Ce dernier proposait un retournement de situation en proposant comme personnage leader une femme, le personnage de Ripley étant de plus pas la jolie femme sympathique à laquelle le cinéma Hollywoodien nous a habitué. C’était une femme forte, de caractère, et prudente. Méfiante. Et la créature, le Alien, se cachait dans l’ombre, se montrait véritablement effrayant alors qu’ici, la créature semble facile à tuer, maîtrisée, un enfant étrange, une créature imparfaite.

e1ukpMwLe seul danger c’est David, et la piètre tentative de twist est très maladroitement amenée. Ridley Scott se montre totalement incapable de susciter la peur, ou de construire des personnages avisés. Tous semblent plus idiots ou incapables les uns que les autres. Les rares éléments mythologiques qui auraient pu être intéressant, à savoir le pourquoi d’une colonie envoyée à l’autre bout de l’univers n’est même pas abordé. Là où le premier ALIEN évoquait une multinationale aussi inquiétante que redoutable qui jouait avec les vies de ses employés pour ramener le prédateur ultime sur terre, COVENANT se contente d’une fuite en avant. David étant visiblement le seul intérêt de Ridley Scott qui veut construire sa mythologie autour des Architectes et de la création des Aliens, passant à côté de ce qui faisait le succès de la saga.

Le constat qu’on avait pu faire devant PROMETHEUS se répète ici, malheureusement. Ridley Scott a perdu la main et s’est enfermé dans un cycle auto destructeur. Même s’il existe encore des éléments intéressants l’ensemble ressemble à une espèce de bouillie où le réalisateur aurait mixé ses envies, ses obsessions avec toutes les tares du cinéma actuel Hollywoodien. Un constat d’autant plus malheureux qu’il s’accompagne de l’annonce de l’échec du projet d’un Alien 5 avec Neil Blomkamp comme réalisateur.

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