Le PIFFF cuvée 2016, les coups de coeur.

pifff-2016-max-linderLe PIFFF cuvée 2016 était franchement une belle année. Primo, les lieux. Exit le Grand Rex et le boom boom du Rex Club qui venait perturber les nuits du PIFFF, bonjour le Max Linder et son incroyable sonorisation. Secondo, des soucis financiers ont mis en péril le festival, pourtant, cette année la programmation était assez incroyable avec la venue en personne de Dario Argento pour OPERA dont la copie était d’une très belle qualité ou encore la présence à l’affiche et en compétition de l’excellent GRAVE que j’avais déjà chroniqué ici et qui a été primé par le festival. Et puis enfin, c’est surtout une fréquentation en plein boom, avec des séances de rattrapages proposées par le Max Linder lui-même, qui prouve que les créateurs de ce festival ont fait un bon pari.

Je voulais vous parler donc des coups de cœurs que j’ai eu durant le festival. Malheureusement je n’ai pas pu voir tous les films. J’ai regretté de ne pouvoir assister à la projection de LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN qui devait être un plaisir à voir en salle ou encore de ne pouvoir voir THE MERMAID qui avait l’air totalement fou comme film. Mais néanmoins, pendant 7 jours j’ai pu m’en mettre plein les rétines et surtout pleins les oreilles, merci au Max Linder de proposer une telle qualité sonore durant ses projections !

autopsy-of-jane-doePremier coup de cœur, le film d’ouverture THE AUTOPSY OF JANE DOE de André Ovredal qui met en scène un huis clos angoissant autour du mystérieux corps d’une jolie inconnue. Avec une mise en scène très classique, et une approche de l’horreur à l’ancienne, le film se la joue ludique, et jongle avec les genres passant du fantastique à l’horreur, du thriller au film à suspence, du jeu de détective à celui du jeu de massacre avec talent sans pour autant donner dans le brutal changement de ton. Tout est assez fluide et gérer d’une main de maître, étayer par un excellent duo d’acteur. En bref, une perle que j’ai personnellement adoré.

grave3Je ne reparlerais pas ici de GRAVES que j’ai déjà chroniqué mais qui est indéniablement un excellent film, et une vraie surprise. C’est d’ailleurs plus un shoker qu’un vrai film d’horreur tant il s’apparente au film d’horreur avec une touche de gore et d’horreur qu’à un film de genre comme on en a l’habitude. C’est d’ailleurs pour cela qu’il parvient assez bien à distiller le trouble. Je n’évoquerais pas non plus trop en profondeur PREVENGE que j’ai chroniqué sur Sueurs Froides, et vu au festival du film britannique, qui était un ovni très intéressant et prometteur sur une jeune auteur brillante par son originalité franchement dérangeante.

x240-9sdComme toujours le festival n’était pas avare en bizarries. J’ai raté la projection de THE MERMAID qui se promettait d’être sacrément déroutant mais j’ai pu assisté aux séances de rattrapage de THE GREASY STRANGLER. On l’oublie souvent, mais l’autre terre des films bizarres c’est l’Angleterre. Et ce film complètement loufoque et absurde le démontre. Avec une musique géniale qui n’est pas sans évoqué la bande son également troublante de l’excellente série anglaise UTOPIA, des personnages hauts en couleurs toujours filmés décadrés et une vulgarité assez salasse qui finit invariablement par donné dans le gore crado à la EVIL DEAD, c’est un véritable festival de n’importe quoi aussi grotesque qu’hilarant. Un film dérangeant comme on les aime !

imdsdmojagePar contre je vais vous parler de THE PRIEST du coréen Jang Jae-hyun. Le récit de ce jeune séminariste qui en dépit de son statut de mauvais élève dissipé, flemmard, se retrouve propulsé assistant du père Kim, un exorciste aux méthodes discutés que notre jeune héros est supposé surveiller. Film d’initiation, THE PRIEST est très classique dans sa forme, adoptant les règles du film d’exorciste mais pourtant, ne cherchant pas à faire dans l’horreur classique mais adoptant plutôt le point de vue de notre jeune et très enthousiaste héros. Sa mise en scène devenant exceptionnelle lors d’un final à l’ambiance apocalyptique, Jang Jae-hyun est indéniablement un talent à suivre !

messiahDurant la nuit, nous avons pu redécouvrir ZOMBIE dans son montage européen avec la musique des Goblin, remonté et produit par Dario Argento, et voir que la version de Savini de LA NUIT DES MORTS VIVANTS n’a finalement pas prit une ride. Mais surtout, le PIFFF nous a fait découvrir une vraie perle trop méconnue : MESSIAH OF EVIL. Film hautement onirique et psychédélique, il apparaît comme une sorte de variation zombiesque et lovecraftienne de l’excellent CARNIVAL OF SOUL. La scène du cinéma qui n’est pas sans évoqué le terrifiant ANGOSIA est sans doute l’une des scènes les plus terrifiantes et les plus efficaces du cinéma par l’angoisse qu’elle parvient à susciter avec des zombies lents, terriblement lents. L’angoisse ici est provoquée par la lenteur des zombies qui à l’instar de Michael Myers semblent être une menace inexorable. Ce qui est assez incroyable c’est aussi la manière dont le film s’inscrit dans une atmosphère de cauchemar surréaliste qui accentue l’inspiration de H.P. Lovecraft pour Willard Huyck.

operaEvidemment, découvrir OPÉRA dans son director’s cut et dans une copie restaurée absolument magnifique était un vrai plaisir. La mise en scène de Dario Argento est à son apogée dans ce film sublime qui méritait d’être projeté dans la salle du Max Linder. Il était vibrant de voir à quel point Argento maîtrise sa caméra autant que son montage. Au sommet de son art, il parvenait à susciter autant la terreur qu’un certain sadisme autour de son héroïne qui incarne à la perfection l’image de la femme subissant les fantasmes qu’elle suscite bien malgré elle. Seul hic, un certain manque de réalisme parfois dans les réactions des personnages mais qui démontre encore une fois que le cinéaste italien préfère l’onirisme au réalisme, et l’évocation à la crédibilité, ce qui fait de ses films des cauchemars éveillés.

safe-neighborhood-filmEt puis le festival se clôturait avec SAFE NEIGHBORHOOD. Le film de Chris Peckover débutait comme un très classique home invasion pour rapidement jouer avec les codes du genre et les attentes du spectateur. Là où OPRESSION avec une Noamie Watt très proche du mono jeu de Nicole Kidman échouait à renouveler le genre, et à jouer avec, SAFE NEIGHBORHOOD lui réussit très bien à avoir un esprit très ludique mais aussi sadique. D’autant qu’il le fait en proposant des personnages intelligents, ce qui change ! Seul regret que la mise en scène reste trop sobre, trop classique, et n’ose pas s’élever.

pifff2016En résumé, c’était une très belle année, avec une programmation proposant des pépites que j’ai personnellement adoré découvrir ou redécouvrir. Seule déception, que le festival dure aussi peu. On aimerait qu’il s’étale sur plusieurs semaines comme L’ÉTRANGE FESTIVAL ce qui permettrait de voir plus de films. Car faire le PIFFF relève clairement du marathon quand on travaille durant la semaine. Mais il est vrai que sans aide de la mairie de Paris, il est difficile au festival de proposer une durée plus longue pour le festival, dommage ! Espérons que l’an prochain, le festival sera soutenu financièrement par les institutions. En tout cas, son public lui, est toujours fidèle et sera encore une fois au rendez-vous l’an prochain !

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