The Witch de Robert Eggers, 2016

TheWitch-1024x768En 1630, en Nouvelle Angleterre, une famille de dévot se fait bannir de leur colonie en ayant démontré trop de fanatisme par rapport à la religion. Ils choisissent l’exil plutôt que de retirer leurs paroles, et choisissent donc de s’établir à l’orée d’une forêt. Suite à la disparition du nouveau-né de la famille, des évènements troublant vont se produire, les récoltes vont dépérir, et la famille, affamée, terrifiée, anxieuse, va finir par se déchirer, s’accuser mutuellement de sorcellerie. C’est surtout la jeune Thomasin, adolescente devant une femme qui sera au centre de ces accusations de sorcellerie.

Contrairement à ce que la promo du film tente de nous faire croire, The Witch n’est pas un film d’horreur à jump scare comme l’on pourrait s’y attendre. Il n’est pas le film d’horreur total promis mais plutôt un film irradiant du mal, d’un mal diabolique, luciférien, sataniste, d’un mal comme on en voit rarement au cinéma mais que Polanski avait réussit à convoquer. C’est un film purement insidieux. Et surtout, c’est un conte.

gallery-1456401028-the-witch-3Très inspiré des contes de l’époque, The Witch est un film historique en costume se déroulant une centaine d’année avant les procès de Salem, il se place du côté d’une famille bigote, épousant leur cause, tout en donnant vie au mal, aux sorcières et à Satan. On pourrait croire qu’il s’agit là d’y opposer les deux, la foi contre le mal, mais en film intelligent, The Witch montre que tout ceci est intimement lié, le mal découle d’un trop grand fanatisme, et sans doute, est la seule réponse possible face à l’absence de réponse de Dieu. Celui-ci est muet face aux prières de la famille, alors que Satan lui, est présent, palpitant derrière la forêt, brillant d’une intelligence maligne dans les yeux d’un bouc.

the_witch_bSe voulant naturaliste, The Witch a une lumière naturelle, et une très belle utilisation de celle-ci. Magnifique avec une composition léchée, un montage qui donne une belle leçon à tous ces films utilisant trop les plans séquences et les effets en direct. En fait, c’est avec la simplicité d’un langage cinématographique épuré mais intelligent, que le film fait mouche. Simple mais beau. Et surtout, terriblement moderne, dans l’utilisation de la lumière, des cadres autant que du montage tout en étant très classique également. Soigné et brillant, la mise en scène nous montre là que le premier métrage de Robert Eggers fait preuve déjà d’une grande maîtrise, ce cinéaste est évidemment à suivre !

Et puis difficile de ne pas parler de ses inspirations également. On sent à la lumière, aux cadres choisis, au soin des décors et des costumes l’inspiration picturale du film, qu’elle soit des gravures de Gustav Doré, ou des peintures hollandaises où l’on retrouve cette même lumière froide, ces clairs obscurs qui distillent une atmosphère fantastique, inquiétante.

gallery-1456405064-movies-the-witchEn plus de sa lumière naturelle, de l’évidente recherche historique pour la retranscription réaliste, le cinéaste s’est visiblement appuyé sur les rapports des témoins des procès de sorcellerie. Ainsi, jusque dans l’écriture, le film est non seulement très travaillé et soigné mais aussi au plus proche de la réalité. Ce qui donne à l’atmosphère du film quelque chose de très mystique quand le fantastique tout d’un coup s’invite dans cette reconstitution historique très réaliste et surtout très contemporaine !

Nous avons parlé de la qualité cinématographique du film, jusque dans la musique, mais pas encore du talent de ses jeunes acteurs. Anya Taylor-Joy, révélation du film, incarne la jeune Thomasin avec un talent incroyable, et sous nos yeux se transforme en une belle femme au pouvoir de séduction fascinant. Nous avons également le jeune Harvey Scrimshaw, le très jeune Caleb, au regard transcendant et au jeu assez éblouissant. On notera également la prestation de Kate Dickie bouleversante, et Ralph Ineson qui nous emporte totalement et réussit à composer un personnage particulièrement complexe.

ouv-thewitch-tt-width-1600-height-1067-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-nozoom_default-1-lazyload-1Au delà du fantastique, et de l’horreur, The Witch raconte avant tout l’histoire d’une famille. Sa tragédie c’est bien sûr la religion, sa bigoterie qui aveugle le père, rend folle la mère, déchire les enfants. Et au milieu de cette austérité, il y a la jeune Thomasin, dont la transformation en femme va bouleverser la famille et sa vie jusqu’à présent paisible. Le fantastique et la sorcellerie est encore une fois une métaphore de l’adolescence, de la transformation d’une jeune femme en une femme adulte. Comme Suspiria l’avait fait auparavant, The Witch parle avant tout de cette transformation. Et le fait magnifiquement, mais sans pour autant renier le fantastique.

Alors quand un tel film, d’une telle qualité, bénéficie d’une sortie en salle, il faut en profiter et aller le voir au cinéma, d’autant que le format choisi sera d’autant plus appréciable dans une salle. Et puis, c’est un film qui vous emporte, un film qui vous met en transe, avec une des plus belles fins, et des plus fascinantes qu’on a pu voir au cinéma. Courrez le voir en salle !

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