L’enfer des zombies de Lucio Fulci, 1979

l-enfer-des-zombies-affiche_480971_24434Suite à la découverte d’un voilier abandonné, des policiers montent à bord et sont agressés par un zombie ou ce qui ressemblant fortement. Celui-ci tombe à l’eau durant l’agression. Interrogée par la police, la fille du propriétaire du voilier tente de comprendre ce qu’il est advenu de son père et croise ainsi la route d’un journaliste. Ils découvrent ensemble une lettre laissée par son père les mettant sur la piste d’une île maudite dans les tropiques qui va les confronter à des morts vivants.

Appelé ZOMBIE 2 dans certaines versions, L’ENFER DES ZOMBIES était en effet destiné à être vendu comme une suite non officielle de ZOMBIE de George A. Romero même si le film serait plutôt une préquelle qu’une suite. Premier grand succès de Lucio Fulci, ce film bénéficiant d’un certain budget assez confortable pour l’époque va lancer la carrière du cinéaste qui par la suite va enchaîner avec trois autres films de zombies délaissant l’univers réaliste de Romero pour créer sa propre mythologie avec FRAYEUR, L’AU-DELÀ et LA MAISON PRÈS DU CIMETIÈRE où les zombies tiennent plus du fantôme, et son le signe avant-coureur d’une apocalypse cauchemardesque et très dantesque. Mais revenons à nos moutons.

FA_illustration_000281_0x260Lucio Fulci est connu pour son amour du gore et son sens du détail, et le moins que l’on puisse dire c’est que L’ENFER DES ZOMBIES regorge de détails en gros plans sur des morsures peu attrayantes, mais le clou du spectacle reste la mise à mort de la femme du médecin incarnée par la très belle Olga Karlatos. Sa mort assez spectaculaire est à vous arracher des frissons et vous faire claquer des dents. Viscérale, la caméra du cinéaste italien pénètre la chair, filme le sang en gros plan, s’attarde sur des bouts de chairs arrachés, et s’échine à brouiller les pistes en rendant certaines parties du corps à priori pas très gouttue succulente pour les crocs des zombies.

Ces derniers aussi sont soignés. Le maquillage à l’époque, durant l’âge de gloire du cinéma d’horreur gore, était fait par de vrais artisans et leur savoir faire est magnifié par la caméra de Lucio Fulci. Ainsi les zombies des conquistadors sont assez magnifiques et d’ailleurs figurent sur l’affiche à raison. Le détail des vers dégoulinant du masque élégant et à la fois répugnant de ces zombies momifiés fascine autant qu’il répugne. Et c’est là toute l’adresse du maître du gore, doser parfaitement ses effets, et faire durer juste ce qu’il faut un gros plan sur une chair déchirée ou un maquillage soigné.

On notera également des décors recherchés, comme cette église servant d’hôpital, ces barques de pêcheurs transformées en lit, ou encore cette incroyable villa assez étonnante dans laquelle a lieu la scène de crime la plus ignoble. Et puis il y a aussi ce cimetière espagnol à moitié enfoui dans la terre, sous les herbes folles et les plantes tropicales. L’ensemble donne une véritable atmosphère au film qui est souligné par la musique.

l-enfer-des-zombies_69960_44394C’est Fabio Frizzi qui a composé la musique, et quelle musique ! On varie entre les rythmes effrénés et effrayant de tambours évoquant le vaudou et toute la magie sombre qui va avec, une ritournelle inquiétante aux élans épiques qui de surcroit arrive sur une scène d’invasion dantesque, et à côté une musique enjouée presque vacancière qui trompe le public autant que cette séquence sous-marine le fait en faisant croire au public qu’il a affaire à quelque chose dans le goût des DENTS DE LA MER alors qu’il en est, évidemment, tout autrement. On remarquera un autre film italien de bonne bouffe usant de ce genre de thématique musicale trompeuse, à savoir CANNIBAL HOLOCAUST bien sûr.

zombibu003Enfin, il y a l’aspect politique du film, indéniable. Mais là, on s’interrogera sur le véritable propos, s’il y a la volonté d’en avoir un d’ailleurs puisque ce n’est pas vraiment dans le style de Lucio Fulci de traiter de messages politiques. Après tout, il s’inspire essentiellement du vaudou qui historiquement a été utilisé comme moyen de vengeance par les esclaves noirs en Amérique, et c’est là-bas qu’il s’est teinté de cette noirceur vengeresque. On peut donc y voir un film conservateur qui utilise les zombies comme la métaphore des migrants provenant du tiers monde tentant d’envahir les pays occidentaux ou alors d’y voir la malédiction provoqué par une colonisation traumatisante qui a engendré des guerres civiles poussant les gens à fuir leur pays, mais aussi implanter la violence, et une soif de vengeance par les crimes qui ont été commis par les colons. Vaste sujet pourrait-on conclure.

Quoi qu’il en soit, L’ENFER DES ZOMBIES est un vrai bon film de zombie qui parvient finalement à faire le lien entre les zombies modernes de George A. Romero et les anciens, ceux provenant du vaudou. On y perçoit déjà la force du cinéma de Lucio Fulci, de son utilisation de la musique, de son savoir faire tant avec l’utilisation du son particulièrement crissant et grinçant, autant qu’avec les maquillages et les effets gores soignées.

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