[CRITIQUE] The Revenant de Alejandro González Iñárritu.

fekoezpjgDans l’Amérique sauvage de 1803, un groupe de trappeur essuie l’attaque d’une tribut indienne. Subissant de lourdes pertes humaines et matériel, un petit groupe de survivant tente de gagner les montagnes afin de rejoindre un camp de colons protégé. Ces derniers sont guidés par Hugh Glass et son fils métis Hawk. Hélas, Hugh est attaqué par un grizzli qui le laisse à moitié mort. Incapables d’avancer avec le corps meurtri, le petit groupe décide de l’abandonner en compagnie de trois hommes afin qu’il soit enterré dignement une fois l’agonie achevée.
John Fitzgerald qui fait parti de ceux resté auprès de Hugh Glass décide d’achever ce dernier. Mais Hawk le surprend, une bagarre s’ensuit au terme de laquelle Fitzgerald tue Hawk sous les yeux de Glass pas tout à fait mort. Fitzgerald parvient à convaincre le troisième homme de fuir avec lui, en lui faisant croire que Hawk a été attaqué par les indiens. Les deux hommes s’enfuient donc, laissant Glass plus mort que vivant, à moitié enterré promis à une mort certaine. Contre toute attente, celui-ci mue par la force et la volonté de venger son fils, rampe puis se relève, bravant les éléments et la nature afin de retrouver le meurtrier de son fils.

1401x788-the-revenant-DF-02339R_rgbTHE REVENANT reprend l’histoire vraie de Hugh Glass, trapeur qui laissé pour mort a réellement bravé les éléments pour retrouver les trapeurs qui l’avaient abandonné. Mais du sort tragique du trapeur, le film n’en conserve que l’essence survivalist, un véritable man vs wild, en transformant les motivations plus honorables du véritable trappeur en une histoire de vengeance. La première adaptation cinématographique LE CONVOI SAUVAGE abordait la notion de vengeance mais vis à vis de ceux l’ayant abandonné et dans le but de rétablir la vérité. Dans sa version, Alejandro González Iñárritu ajoute la notion de vengeance intime avec la mort du fils et ainsi donne lieu à quelques visions oniriques qui donne au film un plan spirituel important lui permettant d’être plus qu’une simple histoire de survie ou même de vengeance.

therevenant1L’onirisme apporté par les visions de Glass donnent une dimension spirituelle qui s’accompagne des paroles non traduites indiennes chuchotés par le fils ou le père, parfois par la femme disparues. Cette idée de vie spirituelle indienne transcendent l’aventure de Glass et lui donnent une dimension supplémentaire qui n’est pas sans rappeler les films de Terrence Malik en particulier LE NOUVEAU MONDE. Cette référence n’est d’ailleurs pas innocente puisque THE REVENANT a pour chef opérateur Emmanuel Lubezki qui a travaillé également avec Terrence Malik. Connu d’ailleurs pour sa capacité à capter la beauté des décors naturels, qui ici prend tout son sens quand un rayon de soleil court sur les roches alors que les deux ennemis combattent. L’image de THE REVENANT est sublime et atteint son apogée dans des séquences oniriques frôlant avec le fantastique, l’horreur, la tragédie shakespearienne et le conte.

the-revenant-photo-56b75d2e4adf3Ces séquences d’onirisme où l’esprit du spectateur s’envole avec le héros sont brutalement coupée par un retour à la réalité souvent hargneux, violent grâce à des images hyper réalistes où le choix de focales grand angle lui donne un côté prit sur le vif type Gopro. A une époque où les sportifs se filment à l’aide de ces petites caméras grand angle quasi fisheye, les images de THE REVENANT où le sang gicle sur la caméra, où la buée du héros créer un filtre brumeux et où la caméra effleure un grizzli à l’attaque autant qu’un indien chevauchant, c’est la caméra qui donne à vivre au spectateur, l’immergeant complètement dans l’action. Parfois trop, on pourrait facilement se retrouver éjecté du film parce qu’on aura remarqué la virtuosité de tel plan ou la perfection numérique de l’animal sauvage, c’est le risque avec tant de technicité. Pour autant, l’aspect sensoriel prend le pas, essentiellement grâce à la mise en scène mais aussi au choix d’avoir un héros quasi muet. Le personnage de Fitzgerald a l’animalité brutale et sauvage émaille lui aussi de cette sensorialité qui prend le pas sur les longs discours.

Alors oui, on peut lui reprocher de trop coller au style de Terrance Malik, d’avoir une telle perfection technique qu’elle peut nous sortir du film, ou encore ce regard caméra final qui nous porterait à y voir quelque chose d’autre que cette belle fin surnaturelle vers l’au-delà, mais il ne faut pas enlever à ce film ce qu’il est avant tout, un film animal, primitif, et presque païen, une aventure sensorielle et spirituelle, d’une modernité absolue, et pourtant, par ses thématiques d’un classisme étonnant.

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