Festival de Gérardmer, 22e édition, bilan.

Pas de neige à Gérardmer pour cette 22e édition. En revanche, un festival toujours plein à craquer (des séances complètes, des files d’attentes dans le froid et sous la pluie), une sélection intrigante mais pas toujours dans le fantastique, et quelques perles, mais aussi quelques navets !

bone-tomahawkOn commence avec la compétition! Cette année on retrouvait en compétition BONE TOMAHAWK, un western qualifié de fantastique qui a remporté le Grand Prix. Bon pour le fantastique on repassera, puisque cette histoire de shérif et de cowboy se lançant dans une mission sauvetage afin de récupérer des jeunes gens enlevé par des indiens féroces et ultra violents donne plus dans le shocker que le surnaturel. Et de la violence, on en aura. Le film débutant avec une long plan où une gorge d’un paisible dormeur est tranchée. Tout en subtilité, avec une mise en scène épurée afin de laisser éclater la violence, le film a de plus le plaisir de nous montrer un Kurt Russel magnétique.

 1442573483131_0570x0400_1442573545077EVOLUTION de Lucile Hadzihalilovic, qui avait déjà été récompensé au PIFFF, est ici récompensé du prix du jury et du prix de la critique. Ce conte étrange sorte de pendant masculin et aquatique de Innocence, le premier long de Lucile, nous plonge dans un univers étrange, bizarre, malsain et déroutant où l’amour semble absent jusqu’à ce qu’apparaisse une naïade qui vint au secours de notre jeune héros. Un film sensoriel qui exige du spectateur qu’il abandonne le rationnel et se laisse porter par ce conte hors norme d’une grande beauté plastique. La séquence sous-marine finale est d’ailleurs d’une beauté à vous couper le souffle.

Plus étonnant, car pas vraiment réussit, JERUZALEM remporte également le prix du jury. Ce found foutage filmé avec des google glass avait la bonne idée de nous emmener voyager dans un Jerusalem envahi de sorte de démons-zombies. Mais les idées ne suffisent pas à faire de bons films comme en témoigne ce navet. Effets spéciaux pitoyable, personnage pas crédible, héros d’une stupidité effarante, mauvaise narration, tout indique un mauvais script que la mise en scène n’aura su combler. Dommage, n’empêche que, y’avait quand même de belles idées comme de gigantesques Golem…

devils-candy-1200x675-e1442549010197C’est le jouissif et généreux DEVIL’S CANDY qui a remporté le prix de la meilleure musique ainsi que celui du public. Réalisé par Sean Byrne qui avait déjà ravi le prix du public avec son premier long, THE LOVED ONES, sorte de teenage movie ultra violent lorgnant du côté du tortur porn. Ici on se retrouve avec le classique postulat d’une famille aménageant dans une maison « habitée par le diable » mais qui se démarque par un aspect très métal du film, mais aussi et surtout par son croquemitaine joué par l’incroyable Pruitt Taylor Vince. Très généreux, le film a fait l’effet d’une bouffée d’air frais pour le public qui l’en a gracieusement remercié.

southbound-horror-movieSOUTHBOUND qui était passé au PIFFF lui aussi, reçoit quand à lui le prix du jury jeunes. Film à sketch de Radio Silence, Roxanne Benjamin, David Bruckner et Patrick Horvath (V/H/S) il nous plonge dans l’enfer du sud des Etats Unis. Et quand je dis enfer, ce n’est pas une figure de style. Le film nous montrant en 5 histoires (dont deux forment qu’une seule et même histoire) des facettes différentes de l’enfer où sont bloqués nos personnages. Pour un film d’anthologie, SOUTHBOUND préfère jouer la carte de l’unité en offrant une ligne rouge, la voix de la radio, mais aussi graphique et stylistique, en plus que chaque fin d’un sketch soit le début d’un autre, ce qui offre une fluidité assez agréable.

13b3f500-a297-0133-a04d-0e7c926a42afEnfin, THE WITCH de Robert Eggers remporte le prix SYFY. Cette histoire de sorcière en Nouvelle Angleterre joue de subtilité en cherchant à retracer le drame intime d’une famille et tout particulièrement s’attache à la fille aînée de la famille qui suite à des circonstances tragiques se retrouve accusée de sorcellerie par sa propre famille. D’une grande beauté, envoûtante, servi d’un jeu d’acteur assez étonnant, accompagné d’une mise en scène jouant la carte subtilité pour nous amener à une séquence de fin aussi onirique qu’envoûtante, c’est une vrai réussite qui aurait selon moi mérité lui aussi le Grand Prix.

N’ayant vu du reste de la compétition que FEBRUARY, je vous en touche alors deux mots. C’est un film de jeunes filles dans un internat, un film de possession démoniaque, qui part d’une idée originale (qui n’est dévoilé qu’à la fin) et réussit à de rares moments à nous foutre la frousse mais qui, par un principe de narration utilisant des flashback et flashfoward, finit par s’embrouiller les pinceaux et démontrer une certaine pauvreté au moins dans le script. La mise en scène sauve tout juste les meubles.

burying-the-ex-review-joe-danteHors compétition on retrouvait quelques navets LE FANTÔME DE CANTERVILLE, BURYING THE EX de Joe Dante qui malgré une bonne idée ne fonctionne absolument pas, quelques films ratés comme LA RAGE DU DÉMON faux documentaire qui a la malchance d’avoir de mauvais acteurs qui vendent la mèche très vite, ou encore PAY THE GHOST avec Nicolas Cage qui à défaut de vraiment nous faire peur parvient néanmoins à créer une certaine atmosphère, un New York gothique, c’est déjà ça. Et puis il y avait quelques réussites comme COOTIES, excellent film avec des enfants zombies qui avait déjà brillé à l’ETRANGE FESTIVAL, le génial LOST SOUL documentaire retraçant le tournage catastrophique de L’ILE DU DOCTEUR MOREAU de Richard Stanley, et puis à noter aussi, le documentaire passionnant LE COMPLEXE DE FRANKENSTEIN qui nous éclaire sur la création des monstres du cinéma d’horreur.

Alejandro-JodorowskyComme chaque année, il y avait deux hommages. Le premier à Wes Craven, dont la disparition en 2015 a forcément donné lieu à quelques hommages cette année. Pour ma part j’en ai profité pour voir LE SOUS-SOL DE LA PEUR en salle. L’histoire de ce petit garçon apprentis cambrioleur qui se retrouve piégé dans la maison d’une famille monstrueuse qui cultive les monstres est toujours aussi génial, et n’a pas prit une ride. Le second était à Alejandro Jodorowsky qui était d’ailleurs très en forme pour la rencontre avec le public où il nous a offert de croustillantes anecdotes. LA MONTAGNE SACRÉE était projetée d’ailleurs dans une superbe copie 35mm ce qui était un vrai délice pour les yeux.

Seul regret, que les projections hommages se soient limitées au premier jour. Sinon, on était ravi comme d’habitude de profiter de l’ambiance festivalière. On y rencontre des fans du genre, et on retrouve aussi des têtes connues. Même sans neige, on parvient encore à avoir des frisson à Gérardmer !

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