[CRITIQUE] L’oiseau au plumage de cristal, Dario Argento, 1970.

207515Sam Dalmas est un écrivain américain en séjour à Rome. La nuit précédent son retour aux Etats-Unis, il est témoin d’une tentative d’assassinat sur une femme par un mystérieux assassin vêtu d’un imperméable noir dans une galerie d’art. Piégé entre les portes vitrées automatique, il ne peut lui venir en aide si ce n’est en alertant les passants. Si l’assassin s’enfuit, en revanche, la victime, Monica Ranieri est sauvée. Passant la nuit au commissariat tentant de se rappeler les détails de l’agression, notre héros se voit confisqué son passeport par le commissaire. Ce dernier est convaincu que cette agression est liée à la série de meurtres sanglants dont est frappé Rome. Sam se retrouve mêlé à cette enquête particulièrement périlleuse.

l-oiseau-au-plumage-de-cristalL’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL est le premier long métrage du cinéaste italien Dario Argento. Ce dernier a d’abord été critique de cinéma, étudiant ainsi les plus grands, dont Antonioni ou encore Hitchcock. Puis il a été scénariste, entre autre, il a travaillé avec Sergio Leone sur IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST. Cette colaboration lui a apprit l’importance de la caméra. Il ne travaillera jamais avec Mario Bava mais on peut supposé que le père du giallo l’a inspiré au moins pour sa manière d’éclairer et surtout de colorer l’image ainsi qu’en témoigne SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN. Si Mario Bava est le père du giallo, Dario Argento est celui qui popularisera le genre. Notamment avec son premier film qui connaitra un succès immense.

3bf0ccc10d5379d8889affa146c60d6bca42970a-700Ce film rassemble toutes les obsessions du cinéaste ou presque. Visiblement inspiré de BLOW UP d’Antonioni, le film explore ainsi les souvenirs et la perception qu’on peut avoir d’un événement. Utilisant les flashback comme le ferait quelqu’un avec une VHS ou un Dvix en repassant encore et encore sur les mêmes images, Dario Argento use de l’image comme le ferait un cinéphile averti, obsessionnel compulsif, traquant le détail qui lui manque. Mais le héros le fait ici avec ses souvenirs, tandis que le cinéaste lui, permet au spectateur de le faire avec lui. Il s’agit là d’une complicité avec le spectateur où le réalisateur joue avec lui et non de lui, comme le faisait Hitchcock en mettant le spectateur dans la confidence ou le fera plus tard Spielberg.

oiseau-au-plumage-de-cristal-1970-04-gOutre l’obsession du détail qui nous aurait échappé qu’on retrouvera dans la majorité de ses films, il y a aussi une mise en scène d’avant garde utilisant les zooms, les gros plans, et les détails de l’image tout autant que le son, des bruits de gorges de femmes, des soupires et des gémissements tantôt angoissants tantôt séduisants interviennent sur la bande sonore créant une sensation d’étrangeté chez le spectateur. Au-delà de l’intrigue, la mise en scène cherche avant tout à interpeller le spectateur et à le sortir de sa zone de confort. Et en cela, le réalisateur italien bouleverse le genre et lui donne ses lettres de noblesses.

Pour un premier film, c’est un sans faute. Étonnamment, L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL est bien meilleur que LE CHAT À NEUF QUEUE qui reste trop classique, trop « américain » comme l’admet lui-même Dario Argento. Vrai chef d’œuvre, ou presque, L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL est le début d’une longue histoire d’amour entre le cinéaste et le giallo, quelques années plus tard, il signera le giallo absolu pour beaucoup : LES FRISSONS DE L’ANGOISSE.

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