[CRITIQUE] Le corps et le fouet, Mario Bava, 1963

film-le-corps-et-le-fouet2Kurt Menliff, baron tyrannique, revient au domaine familial après un exil de quelques années. Déshérité par son père, haït par les domestiques, sa fiancée a depuis épousé son frère, mais Kurt n’a pas l’intention de renoncer aussi facilement. Faisant fi des accusations qu’on lui porte, d’être responsable du suicide d’une jeune domestique, il a bien l’intention de forcer son père à lui rendre son du. Mais la nuit même de son arrivée, après qu’il ait battu et violenté sa belle-sœur, Nevenka, il est assassiné. Nevenka particulièrement secouée ne parvient à s’apaiser, voyant le fantôme de son amant violent partout. Ce fantôme particulièrement sadique, la pourchasse, la frappe, la fouette, et la jeune femme passant de la panique, de l’effroi à la haine, de la colère à l’amour, se laisse entraîner dans cette relation malsaine et morbide qui entraînera sa perte.

1963 Le Corps et le FouetLE CORPS ET LE FOUET, film gothique par excellence, démontre tout le talent du cinéaste italien, Mario Bava. La mise en scène est particulièrement exceptionnelle, pleine d’imagination et d’inventivité, aux couleurs sublimes et aux lumières soignées comme tout film de Mario Bava. On retrouve également un casting de haute volée avec Christopher Lee dans le rôle du méchant baron, la magnifique Daliah Lavi dans le rôle de Nevenka et Tony Kendall incarnant Christian Menliff, le fils prodige. Sorti la même année que LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP, et LES TROIS VISAGES DE LA PEUR, LE CORPS ET LE FOUET est un conte gothique sadomasochiste qui est demeuré dans les annales du cinéma de genre. Et l’on comprend aisément pourquoi en le visionnant.

Les premières images nous plongent dans l’atmosphère poussiéreuse d’un château, et si l’imagerie du conte macabre apparaît rapidement, (le poignard mis sous un globe de verre qui est normalement utilisé pour conserver les souvenirs d’un mariage ici détourné pour un usage macabre), tout dans les personnages, le lieu, évoque l’austérité, la sévérité du patriarche auquel tout le monde obéit. L’apparition de Kurt, méchant fils disparu, permet déjà de distiller une tension que la mise en scène épouse et fait fructifier.

le-corps-et-le-fouet_542453_19349Ainsi, quand Kurt se retrouve seul dans sa chambre et utilise le passage secret pour se rendre dans celle de son père, on sent une tension quasi-surnaturelle naître. L’inquiétude prend le pas sur tout le reste. Dès lors, le film devient fantastique, parce qu’il éveille l’imagination inquiète du spectateur. Tout devient possible, jusqu’à cet assassinat auquel le spectateur assiste, mais qui ne semble d’auteur. C’est ce crime, qui paraît fantastique, surnaturel, car n’ayant d’assassin et uniquement une victime, qui va déclencher une suite d’évènements mystérieux et tragiques. C’est aussi à partir de cet instant que la mise en scène se déploie.

15ce81a6-97f2-4b6f-911a-000000000322Avec l’apparition du fantôme de Kurt, apparaît les couleurs. L’austérité du château, et de ces couleurs si pâle qu’on aurait dit du noir et blanc laisse place à un vrai festival de couleurs comme cette séquence où Christian s’avance dans un couloir à la recherche de Nevenka et passe alternativement devant des lumières colorées qui dessinent alors ses traits, passant de l’anxiété à la colère ou encore cette séquence où Nevenka est dans son lit, mortifiée à l’idée que Kurt apparaisse, et où une lumière bleutée illumine son visage. Mais c’est aussi une mise en scène inventive qui cherche à susciter l’effroi, comme ce plan magnifique où la main décomposée de Kurt jailli de l’obscurité et s’approche de Nevenka.

le-corps-et-le-fouet_430415_38073À l’instar de la mise en scène, le script fait preuve aussi d’une certaine inventivité et originalité. Certes, on sent l’inspiration du film gothique anglais, la présence de Christpher Lee le prouvant, mais comme dans les giallos (genre dont Mario Bava serait à l’origine avec LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP), il y a aussi une intrigue policière. Qui est l’assassin qui s’attaque aux membres de la famille et les tue, les uns après les autres ? Car la présence du fantôme n’explique pas les meurtres. Et le film fait preuve d’ailleurs d’une finesse psychologique qui pour l’époque est assez étonnante.

LE CORPS ET LE FOUET est un grand film trop largement ignoré. Ne serait-ce que pour sa beauté plastique, il mérite le coup d’œil, mais aussi pour le talent de son cinéaste à se saisir d’un genre galvaudé et à le transcender. C’est également un récit sensuel et fantastique dont l’aspect sadomasochiste est assez audacieux et pour le coup rend le métrage assez original. À voir donc !

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