[CRITIQUE] Les Huit Salopards de Quentin Tarantino

Les-Huit-Salopards-The-Hateful-EightIl était une fois l’histoire d’un chasseur de prime surnommé le « bourreau ». Parce qu’il amène toujours ses prises jusqu’à la corde, jusqu’à la justice. Cet homme-là trimbale avec lui une femme à l’œil marqué d’un bleu, enchaînée avec lui. Tous deux voyagent en diligence privatisée quand ils croisent la route d’un autre chasseur de prime, puis d’un ancien renégat sudiste affirmant être le nouveau shérif de la ville où doit être pendue la femme. Pourchassés par le blizzard, ils trouvent refuge dans la mercerie de Minnie, située au milieu de nul part. A l’intérieur, les attendent un ancien soldat, un anglais, un mexicain tenant le lieu en l’absence de ses deux proprios et un étrange homme parlant peu. C’est ainsi que débute le huis clos, avec l’inquiétante certitude de notre bourreau que quelqu’un ici veut lui subtiliser sa prise.

J’ai pour l’habitude de dire que le meilleur film de l’année sort en général au début de l’année (janvier / février). Et c’est vrai que cela se confirme chaque année ou presque. Bizarrement, Les Huit Salopards pourrait totalement en être.

les-8-salopards-photo-567815392fca9Alors oui, les dialogues sont moins pointus qu’au début de la carrière de Tarantino (on pense à Pulp Fiction évidemment, dont la présence de Tim Roth nous fait revenir une certaine scène dantesque en mémoire) et le fil narratif est certainement plus linéaire que la majeur partie de ses œuvres de jeunesse, mais depuis Kill Bill le réalisateur a amorcé un virage à 180°. Film charnière, Kill Bill marque la fin d’une époque. Adieu les films hyper dynamique, hyper référencé, à l’écriture siscelé, qui sous ses aspects de medley pêchu s’avère à la fois démentiel et génial. Inglorious Bastards marquait un changement radical. Si l’on reste dans le cinéma de genre, les films de Tarantino aspirent désormais à s’encrer dans un certain classicisme et à donner ses lettres de noblesse à un genre oublié. Django était définitivement dans la même veine, et indéniablement, Les Huit Salopards l’est également.

les-huit-salopards-tim-roth-kurt-russellCe qui frappe en premier lieu, quand on le regarde en 70mm dans les conditions voulues par Tarantino, et je vous engage à le faire, c’est l’aspect magistral et spectaculaire du film. Jusque dans le choix absolument génial d’avoir une vraie bande sonore originale orchestrée par le maestro en personne, Ennio Morricone. D’autant que Tarantino n’avait encore jamais fait appel à un compositeur. S’il a toujours su utiliser à merveille la musique, il était devenu le spécialiste des musiques oubliées à qui il donnait une seconde vie. Mais ici, le choix de faire appel à Ennio Morricone, créateur des bandes sonores des western spaghetti est tout à fait dans la lignée de ce changement remarquable dans sa filmo et ce désir de cinéma plus formel, plus classique.
Ainsi, la mise en scène est nettement plus calme et moins dynamique que dans ses précédents films. Les plans larges du paysage, le temps que prend volontairement la mise en scène se laissant aller à des moments de vie inutile servant uniquement à distiller une atmosphère à l’ancienne pleine de chaleur, ou encore de contemplation, et cela, on l’avait encore jamais vu dans un Tarantino, mais surtout, cette sublime matière qui est la pellicule 70mm qui scintille littéralement comme la neige dont est maculé l’écran.
Indéniablement, il s’agit là d’un grand spectacle, totalement théâtralisé avec un entracte, des acteurs qui déclament des monologues et des chapitres découpant le film. Cette mise en scène oscillant entre le théâtre et le cinéma classique, entre l’hommage au western et une atmosphère à la Agatha Christie (le huis clos et le who done it) donne au film une étrange allure qui n’est pourtant pas déplaisante. Une sorte de film hybride entre l’intimiste et le grandiose.

583899Mais même quand il essaie de faire du cinéma classique, Tarantino reste fidèle à lui-même. Ainsi au-delà des dialogues succulents, comme toujours, de l’utilisation particulièrement maligne de la musique (mettre un morceau de The Thing dans une séquence sous la neige battante était assez finement joué) et des moments jouissifs où le sang gicle à profusion, il y a cette manière de distiller le suspense et de dérouler son récit pour aboutir à quelques scènes clés, où tout est conçu au final pour amener le spectateur à ressentir intensément cette séquence quitte à devoir inclure une voix off ou des flashback, chose inédite dans le cinéma de Tarantino, mais qui ici, distille un suspense à la Hitchcock bienvenue.
Enfin, dernier tic et pas des moindres, l’absolu amour que porte le réalisateur à son acteur fétiche et sa muse : Samuel L. Jackson. (Tout le monde se plaint que Di Caprio n’est pas son Oscar, mais quand on en donne un à Samuel L. Jackson ?!) Véritable héros du film, il campe ce personnage jusqu’au boutiste et entier qui dévoile un certain sens de l’à-propos assez succulent le long du film. Indéniablement, son meilleur rôle et le plus frappant !

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