Bilan cinématographique de l’année 2015

année2015cinéLes meilleurs films de genre de l’année 2015

11190713_oriL’année 2015 commençait très fort avec IT FOLLOWS qui après avoir fait le tour des festivals (dont la semaine de la critique à Cannes), sortait en salle et connaissait un succès critique et public. Bien que son succès se cantonne aux amateurs de cinéma de genre et d’horreur, et qu’on puisse lui reprocher d’être pas tellement grand public, It Follows s’est clairement démarqué en se montrant d’une originalité audacieuse tout en s’affirmant dans la continuité de John Carpenter. Succès donc, It Follows a surtout montré qu’il était encore possible d’inventer quelque chose dans le cinéma de genre et qu’on n’est pas condamné à répéter encore et encore les même schémas. Il a d’ailleurs raflé le grand prix à Gérardmer où la programmation contenait un autre bijou dont je parlerais plus tard. Quoi qu’il en soit, It Follows a bel et bien marqué les esprits et réanimé un genre endormi: le slasher!

Un autre film primé à Gérardmer va connaître une sortie en salle en ce début d’année 2015 et réveiller les esprits. A savoir, THE VOICES dernier film de Marjane Satrapi où un chat poussait son maître à tuer des gens. Cette comédie horrifique de haute volée mêlant univers fantastique coloré et pétillant à la noirceur d’un tueur en série a su plaire au public qui en ce début d’année particulièrement attristé par les évènements de Charlie Hebdo pouvait se divertir et se changer les idées avec un film certes drôle mais aussi intelligent, mordant et piquant.

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Quelques mois plus tard sortait le totalement furieux et absolument sublime MAD MAX FURY ROAD. 33 ans après Mad Max 2 (dont Fury Road est la suite directe), George Miller revient, poussant encore plus loin son propos (difficile de ne pas y voir une critique de la société moderne où l’eau potable est monétisée dans certains pays) et son univers, dans une époustoufflante course poursuite qui non seulement contente les fans mais s’attire de nouveaux fans parmi la nouvelle génération. Totalement fou du début à la fin, ce nouvel opus s’offre de plus, le luxe d’éviter au maximum les effets spéciaux numériques privilégiant les cascades au tournage. Généreux, époustouflant, surprenant, Mad Max n’est pas seulement le film d’action de l’année (si ce n’est de ses dix dernières années) mais aussi un film intelligent qui contient plusieurs niveaux de lecture, et un point de vue assez féministe qui n’est pas pour nous déplaire!

La-isla-minima-afficheEn plein mois de juillet sortait un film espagnol dont l’apparence au premier abord ressemblait à la première saison de True Détective, et qui, à travers une enquête poussiéreuse, explorait l’Espagne post-franciste. LA ISLA MINIMA est de ces thrillers à l’atmosphère lourde. On pense au Silence des Agneaux pour le côté poisseux, à L’ECHINE DU DIABLE pour l’Espagne exsangue où les enfants sont la première cible de la colère des hommes, mais aussi et surtout à l’univers de Dennis Lehanne, l’auteur de Mystic River et de Gone baby gone. Passé un peu inapperçu au milieu des sorties de blockbuster (Rogue Nation, Avenger 2), il a pourtant tout d’un grand film! Des personnages troublants, une enquête qui piétine, un sous texte politique, et la souffrance d’un pays, d’un peuple. Seuls le cinéma ibérique peut offrir des oeuvres aussi fortes avec une esthétique aussi envoûtante.

Blockbuster de l’été, MISSION IMPOSSIBLE ROGUE NATION est moins bon que son prédécesseur, il n’en demeure pas moins qu’avec ses scènes d’actions flamboyantes et surtout son héroïne, véritable révélation du film, Rogue Nation s’avère plus qu’un simple Blockbuster. Naviguant dans les eaux troubles de Skyfall il nous interroge sur l’utilité des espions et la possibilité d’un monde où la duplicité est obligatoire pour la survie.

cemetery-of-splendour-affiche-cannes-2015CEMETERY OF SPLENDOUR de Apichatpong Weerasethakul nous raconte l’histoire d’une femme infirme qui bénévolement s’occupe d’un soldat souffrant d’une maladie le plongeant dans un sommeil sans fin. Dans cette ancienne école transformée en hôpital, Keng, une jeune médium, tente de communiquer avec les soldats endormis et de lire leurs rêves. Film très onirique, Weerasethakul mêle réalité et rêve, passé et présent, contes et traumatismes. Rêveries autour de la guerre où l’on sent la puissance évocatrice d’un Shakespeare (Macbeth ou Richard III). Merveille visuelle, il a remporté un vif succès critique.

Un autre film asiatique devait cette année marquer les esprtits. VERS L’AUTRE RIVE du nippon Kiyoshi Kurosawa explore les spectres du passé de la manière la plus poétique qui soit. Loin de la frayeur que suscitait les fantômes dans ses précédents films (Kairo, Loft), ce film là se rapproche plutôt de l’atmosphère onirique et touchante de Real. Adaptant une nouvelle inédite en France de Kazumi Yumoto, Kurosawa nous amène face à un spectre aussi réel que les vivants qui avec son sourire désarme n’importe qui, et, en revenant d’entre les morts, permet à sa fiancée de faire son deuil en l’amenant à la rencontre de cette part de lui-même qu’elle ne connaissait pas. Une manière de traiter le deuil plutôt originale et très émouvante. Les apparitions sont rythmés par la lumière ce qui montre clairement qu’ici les revenants sont une source d’apaisement plus que de crainte pour les vivants.

Crimson-Peak-Affiche-FranceGuillermo Del Toro sortait cette année son oeuvre gothique, sa déclaration d’amour au cinéma transalpin ainsi qu’aux classiques films d’épouvantes hollywoodien avec CRIMSON PEAK. L’oeuvre hautement romanesque mêle donc histoire d’amour contrariée, triangle amoureux tragique, et fantômes au sein d’une splendide demeure (le meilleur décor de film vu au cinéma depuis très longtemps). Avec un casting cinq étoile (on y retrouve Tom Hiddleston, Mia Wasikowska et surtout Jessica Chastain éblouissante en figure tragique, sorte de Médée gothique), une image gothique évoquant la lumière de Mario Bava qui aurait croisé les classiques monsters, et une atmosphère très romantique, le film fonctionne et touche un public assez large. Il a cependant sans doute déçu les amoureux du Labyrinthe de Pan ne possédant pas toute la cruauté qu’on avait dans les premiers films du réalisateur mexicain.

Grand retour de Ridley Scott (du moins avec un film réussi) SEUL SUR MARS est un film d’aventure dans l’espace. Quasiment à l’opposé de Gravity (non seulement on fait fi des difficultés mais surtout l’aspect tragique est totalement évité), bien plus simple et moins évocateur que Interstellar, SEUL SUR MARS est quasiment un film d’aventure comme on en faisait tant dans les années 80. Drôle, simple, efficace, et assez ludique, Seul sur Mars propose une vision amusante de ces explorateurs de l’espace. On y voit de grands enfants qui tentent l’impossible, bravent les lois, et défient l’univers avec insolence. Choisissant de ne pas s’axer sur le sérieux ou le tragique, le film ne s’attarde donc guère sur les difficultés des personnages (la solitude du héros est à peine ressentie) mais plutôt sur leur ingéniosité et la manière dont ils bravent les obstacles.

5221890.jpg-r_x_600-f_jpg-q_x-xxyxxGrande surprise de l’année, THE LOBSTER est le film primé à Cannes. Film de Yorgos Lanthimos (réalisateur de CANINE), on y retrouve son ton cynique, l’humour absurde et surtout la satire sociale. S’intéressant aux célibataires dans un monde où le couple est devenu la norme sans et si bien que vous avez 45 jours pour trouver l’âme soeur sans quoi vous serez transformé en animal, un homme ne pouvant s’y résoudre décide de fuir et se retrouve avec les solitaires chez qui tout acte de séduction ou démonstration d’amour est sévèrement punis par des châtiments corporels plutôt ignobles. La critique de la société et de son impossibilité est ici bien plus forte que dans Canine puisque s’appliquant au monde entier. Colin Farrell y est plutôt bon dedans, même Lea Seydoux joue bien, ce qui est d’autant plus surprenant.

337562Avec la meilleure sortie au box office, impossible de ne pas parler de SPECTRE, dernier opus de la saga prolifique anglaise JAMES BOND. Après l’époustouflant Skyfall, Spectre prend la suite logique où nous voyons apparaître la Némésis de OO7 à savoir Ernst Stavro Blofeld. Si les scènes d’actions sont réussies, Daniel Craig au top niveau, les problématiques de M intéressantes, en revanche côté méchants on ne peut que être déçu par l’interprétation terriblement fade de Christopher Waltz. Révélé peut-être trop tôt (dans les premiers épisodes, il fallait attendre le 4e film Au service de sa majesté pour avoir le premier véritable face à face entre Bond et Blufeld), Blufeld est nettement moins impressionnant que le méchant campé par Javier Barden dans Skyfall ou encore Eliott Carver dans Demain ne meurt jamais qui incarnait une figure modernisée de Blofeld (magnat de la presse manipulant les puissances à son propre profit souffrant d’un complexe de supériorité). Néanmoins, pour la séquence d’intro et celle final, le film parvient à s’inscrire dans la lignée des pas trop mauvais James Bond.

Avec une petite sortie, MACBETH passait quasiment inaperçu. On retrouve l’équipe planchant sur l’adaptation des Assassin’s Creed. S’attaquant à la pièce de théâtre shakespearienne, Justin Kurzel s’offre une mise en scène relativement théâtrale en mettant chaque monologue dans une sorte de tableau où l’image sublime renforce le jeu vraiment très bon des acteurs (Marion Cotillard surprend en étant une Lady Macbeth des plus touchantes). Très graphique, le film est d’une grande beauté mais possède quelques menus défauts qui l’empêche d’être aussi canon qu’il aurait pu l’être. C’est néanmoins un bon film, à n’en pas douter.

Affiche-La-Chambre-interdite-714x973Guy Maddin, réalisateur canadien réalisant des films expérimentaux où la narration bien qu’existante est souvent bouleversée, nous livre en cette fin d’année 2015, LA CHAMBRE INTERDITE. Plus encore coupée d’une narration linéaire, le film bascule d’histoires en histoires à la manière d’un conte des milles et une nuit. Plus jusqu’au boutiste que ses précédents films (Souviens-toi Ulysse possédait une narration plus linéaire), ce nouveau film peut paraître être son Inland Empire (le dernier film de David Lynch plongeant dans les obsessions du réalisateur sans offrir qu’une maigre narration au spectateur). Il paraît difficilement accessible, mais pour ceux appréciant l’univers du réalisateur, cette succession d’histoire nous hypnotise et nous emporte, de récit en récit. On perçoit une fascination pour les acteurs à travers ces récits se recoupant les uns à travers les autres, comme une étude du jeu d’acteur, le tout en forme de mélopée sauvage.

Enfin, clôturant cette fin d’année, l’épisode 7 de la saga STAR WARS, L’ÉVEIL DE LA FORCE nous replonge dans cette lointaine galaxie où le côté obscur de la force s’est renforcé dans Le Nouvel Orde, reconstruisant une nouvelle Etoile de la Mort, alors que la Force et les Jedi semblent avoir disparus. J.J. Abrams parvient à renouer avec la magie de l’ancienne saga, on retrouve ainsi Han Solo, Chewie mais aussi la princesse Leia devenue générale de la résistance, tout en rafraîchaissant la saga avec de nouvelles têtes incarnant la nouvelle génération. On saluera le personnage de Rey, une femme badass comme on aime tant en retrouver dans la SF qui fait sans doute écho à Furiosa dans Mad Max 4.

année2015festochCôté festival, nous avons adorés:

509614C’est à Gérardmer que nous avons découvert le brillant et subversif GOODNIGHT MOMMY. Au milieu d’une sélection particulièrement encline aux atmosphères dérangeante, il sortait du lot. Ce récit scandinave mettant en scène deux frères jumeaux qui s’auto persuadent que leur mère revenue d’une lourde opération chirurgicale n’est plus leur mère, qu’elle a été remplacée par une créature étrange, et décident de tout faire pour retrouver leur véritable mère oscille entre cruauté, étrangeté et contemplation pour un récit acide et bouleversant.

JAMIE MARKS IS DEAD était également présent à Gérardmer cette année. Un film noir à l’atmosphère troublante qui nous amène de l’autre côté du miroir, dans le monde des morts avec une certaine poésie. On retrouvait une atmosphère assez semblable dans l’excellent BRIDGEND passé au PIFFF cette année.

corpse-firtz-posterLa mort était également le sujet du simple mais terriblement efficace THE CORPSE OF ANNA FRITZ où un huis clos dans une morgue opposait quatre acteurs qui parviennent à faire monter insidieusement la tension et ne relâche jamais le spectateur dans un thriller espagnol rondement mené. C’est encore la mort qu’on retrouve aussi dans COUPLE IN A HOLE où il s’agit cette fois pour un couple de faire le deuil de la mort de leur enfant. Le touchant film anglais a remporté le grand prix du festival du film britannique à Dinard.

Ex-machinaEn festival nous avons aussi vu de la science fiction avec le simple mais très beau EX MACHINA qui joue sur le fantasme de l’intelligence artificielle et en profite au passage pour nous parler des rapports humains et plus particulièrement entre l’homme et la femme. C’est également le sujet du troublant EVOLUTION de Lucile Hadzihalilovic où nous plongeons dans un monde fantastique lorgnant vers la SF qui revisite l’univers des contes de fées et leur cruauté avec une touche de bizarie si chère à son auteur.

Côté violence c’est vers GREEN ROOM du talentueux Jeremy Saulnier qu’on a trouvé notre bonheur. Le film ultra violent faisant se rencontrer l’univers punk rock et les skinhead gardait un aspect intimiste et réaliste qu’on avait déjà remarqué et très apprécié dans son précédent film, Blue Ruin.

SOUTHBOUND quand à lui est l’anthologie de l’année sans nul doute. Vu au PIFFF il nous permet au cours de 5 histoires de visiter un sud poisseux, angoissant et démoniaque où les démons de chacun se croisent, mais ne se sauvent nullement. Sans doute somme nous arriver en enfer, peut-on se demander.

390236.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxCette année nous avons aussi eu beaucoup d’humour avec TUSK, comédie très noire de Kevin Smith qui ne laissera personne indifférent. L’hilarant VAMPIRE EN TOUTE INTIMITÉ (WHAT WE DO IN THE SHADOW) nous a également marqué. Ce faux documentaire ne cherchant pas à nous faire peur, provoque au contraire de sérieux fou rire avec son petit tour du mythe du vampire.

A l’étrange festival, c’est COOTIES qui nous a tapé dans l’oeil. Délicieuse comédie horrifique avec des enfants zombies (sérieusement l’idée étant juste géniale) où l’on retrouve Elijah Wood (Maniac) en acteur mais aussi en producteur avisé. L’autre petit bijou est une comédie horrifique et métalleuse nommée DEATHGASM. Venue du pays de Peter Jackson on y retrouve le gore trash de Braindead et l’humour noir de Evil Dead 2. Le tout avec un vrai hommage au métal.

darkstar-poster-fr-640Enfin, on termine ce tour des festivals avec deux documentaires qui nous ont particulièrement touché. Tout d’abord le génial DARK STAR HG GIGERS WELT passé à l’Etrange où l’on se retrouvait aux côtés de Gigers avant son décès. Partager les derniers jours de l’artiste a quelque chose de très touchant comme vous pouvez vous en douter. Et puis, THE 1000 EYES OF DR MADDIN quand à lui permet de découvrir l’univers barré de Guy Maddin, réalisateur rendant hommage au cinéma muet dans chacun de ses films estampillés expérimentaux.

Et voilà, l’année 2015 s’achève et déjà, 2016 pointe le bout de son nez avec un programme très alléchant, du Tarantino, un Deadpool intriguant, un Suicide Squad vraiment excitant, et d’autres productions encore. Autant dire qu’on a vraiment un tas de films à se mettre sous la dent. Je vous parlerais sous peu de Gérardmer qui va arriver assez vite.

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