Les films d’horreur pour les nuls – quatrième partie

218e282214052fbd267dbc97a45055acSi vous avez raté le début, je vous conseille de revenir sur la première partie de cet article dédié aux films majeurs du cinéma d’horreur. LIEN VERS LA PREMIERE PARTIE. Ne vous étonnez pas si ce listing débute seulement dans les années 60. En effet je me réfère à la définition française plutôt qu’anglophone. Le fantastique n’inclus pas forcément de l’horreur et inversement. L’horreur par définition est un sentiment de frayeur, de terreur, parfois même de répulsion, de choc, qui survient dans le cas présent dans un film. Le réalisateur met en place des principes à la fois dans la mise en scène (le fameux jump-scare en est l’exemple type) mais aussi dans la narration (les fameux codes du film d’horreur balise la narration, mais il y a aussi le très utilisé twist qui provoque un choc chez le spectateur par une révélation brutale qui change totalement la narration). De fait, le film d’horreur est très codifié. L’exploitation en drive-in des films de genre y a beaucoup participé. L’on a vu des sous-genre naître: le slasher, le survival, le found foutage, la maison hanté, etc… Et l’on débat encore sur le fait qu’un shocker soit ou non un film d’horreur. Mais le principal à retenir est qu’un film d’horreur pour devenir culte se doit d’offrir au spectateur sa dose de frisson et pour cela, il faut souvent se montrer un tant soit peu original et surtout, attacher un soin à la mise en scène et à l’ambiance. Ce panorama du film d’horreur devrait vous démontrer ce qu’est un bon film horrifique.

Les films d’horreur pour les nuls

Nous avions quitté les années 70 pour rentrer dans les années 80. De fait, si les années 70 ont donnés naissance à des films majeurs comme l’Exorciste ou Massacre à la tronçonneuse, les années 80 sont l’age d’or du genre. Le slasher devient un genre très prisé connaissant un succès monstre si bien qu’il enfantera des sagas très rentables. Mais le film de fantôme ou d’extraterrestre n’est pas en reste. La guerre froide distille une ambiance de psychose qu’alimente le cinéma d’horreur. Les années 80 sont une période infiniment plus sombre que les années 70. La désillusion commence à s’installer. Et le cinéma horrifique est un catalyseur des émotions ressenties par le public.

imagyhrthingesEn 1982, John Carpenter s’attaque à l’adaptation de la nouvelle La Bête d’un autre monde de John W. Campbell qui avait été adapté une première fois en 51 par Christian Nyby sous le nom de La chose d’un autre monde. L’histoire suit fidèlement la nouvelle. Une équipe scientifique américaine en antarctique sont les spectateurs d’un étrange spectacle: un hélicoptère pourchassant un chien avant qu’une grenade ne le détruise. Croyant reconnaître l’appareil des norvégiens, ils se décident à leur rendre visite afin de s’assurer que tout va bien. Une fois sur place ils découvre une base ravagée, quasiment vide à l’exception d’un corps carbonisé possédant deux têtes humanoïdes. Peu de temps après le chien qu’ils ont sauvé des norvégiens se transforme en une créature cauchemardesque. Par réflexe, un membre du groupe brûle la créature. Quand ils l’autopsient ils en viennent à la conclusion que cette créature non terrestre est capable d’imiter les organismes dont elle prend possession. Rapidement, une atmosphère étouffante de paranoïa s’instaure dans la station scientifique d’autant que cette dernière est coupée de tout du fait des conditions climatiques extrêmes. Huis clos absolu et définitif, THE THING est le film de paranoïa le plus réussit. Distillant une atmosphère lourde à mi chemin entre le maccarthysme et un thriller à la Dix petits nègres, le film est souvent perçu comme une métaphore de la guerre froide. Ce qui est certain c’est qu’il a nettement inspiré le cinéma autant que les séries qui y font souvent référence, X Files notamment. Considéré comme un chef d’oeuvre, THE THING est incontestablement parmi les meilleurs films d’horreur jamais réalisé.

evil-dead-afficheA bien des titres, EVIL DEAD est une réussite. Réalisé par le talentueux Sam Raimi, le film joue sur la corde démoniaque. La classique formule de l’apocalypse où l’enfer s’abat sur le monde est ici justifié par la lecture du nécronomicon (livre démoniaque apparaissant dans les romans de H.P. Lovecraft, maître de l’horreur paranoïaque et complotiste) qui réveille un esprit démoniaque pour ne pas dire le diable en personne. Si EVIL DEAD est une réussite total et devient non seulement parmi les films les plus rentables mais aussi les plus cultes, c’est avant tout pour son esprit. Sarcastique pour ne pas dire cruellement ironique, il plâne sur la pellicule un esprit malveillant. Cinq jeunes gens parti pour passer un week end tranquille dans un chalet dans la forêt deviennent tour à tour la cible du démon qui les possède et cette possession continue même au-delà de la mort. Rivalisant de gore et d’effets spéciaux peu ragoutant, le film joue avec les limites et les dépasse à outrance. Tout est grotesque, répugnant, affreusement démoniaque dans EVIL DEAD. Ironie de la chose, ce qui à l’époque avait été conçu dans le but essentiellement de choquer et épouvanter le public fonctionne désormais sur le mode humoristique puisque les films d’horreur depuis ont largement dépassés les limites que franchissait à l’époque le film. En revanche l’esprit sarcastique et poil à gratter du film perdure, le rendant presque grand guignol. Et la suite n’arrange rien puisque le second opus est quasiment un remake du premier en version comique. EVIL DEAD préfigure en quelque sorte la comédie horrifique. On peut dire que le 2 en est carrément une, assumée jusqu’au bout. Étonnamment, le remake sorti en 2014 cherchait à retrouver l’esprit jusqu’au boutiste et extrême du premier excluant l’humour amené par le second.

christineOn ne l’a pas surnommé Big John pour rien. Carpenter s’est imposé en quatre films comme le maître de l’horreur. THE THING, L’ANTRE DE L’HORREUR, LA NUIT DES MASQUES et LE PRINCE DES TENEBRES se sont imposés d’eux mêmes comme des classiques du cinéma d’horreur. Baignant dans l’occultisme pour certains, le fantastique pour d’autres, il y a toujours une maîtrise de la mise en scène, un flair, John présentant toujours ce qui va marcher, et surtout un esprit résolument américain, dans l’air du temps. CHRISTINE en est le parfait exemple. Ce film de voiture sans être un road movie est typique du film d’horreur destiné aux adolescents et aux drive-in. Cette histoire adapté du roman éponyme de Stephen King (encore et toujours lui) nous place devant une voiture possédée ou hantée, qu’importe, une voiture dotée d’une volonté maléfique. Les objets dotés de vie sont toujours passablement effrayant il est vrai. Et la manière dont cette voiture parvient à influencer l’esprit de son propriétaire le jetant dans les griffes de la folie et la psychose a quelque chose de terriblement efficace. Le film n’a peut-être rien d’un chef d’oeuvre du genre pourtant quand on parle de film d’horreur des années 80, son nom et son aura s’impose. Efficace, Christine est un film qu’on affectionne particulièrement à Halloween.

Freddy_1Wes Craven, paix à son âme, est l’un de ces réalisateurs les plus talentueux de sa génération. Manifestement maître de l’horreur, il n’a pas forcément une patte comme ses confrères (Carpenter, Argento ou encore Tope Hopper) mais en revanche, quasiment à chaque décennie, il a révolutionné le genre. Son premier film a apporté l’aspect « documentaire » au cinéma d’horreur sans lequel le found foutage n’aurait jamais vu le jour, et plus tard, Scream relancera le genre alors en plein essoufflement. Mais dans les années 80, avec LES GRIFFES DE LA NUIT ce que Wes Craven apporta est une créature iconique avant toute chose. L’apparition de Freddy va non seulement réveiller le slasher alors un peu endormi, mais surtout, mêler avec adresse l’humour noir et l’horreur. Car le tueur emblématique avec des rasoirs au bout des doigts manie aussi bien l’humour que les meurtres sanglants. Vicieux et quelque peu cruel, le film met quand même en scène la mort d’adolescents de manière très sanguinolente le tout exécuté par un ancien pédophile ! Le film devient quasi instantanément culte. Il faut dire que les mises à morts sont extrêment graphiques. Visuellement, le film est une tuerie, non pas par son esthétique mais par le soin et l’ingéniosité des morts. Du lit d’où jailli un geyser de sang au corps de la fille traîné au plafond, tout dans LES GRIFFES DE LA NUIT est iconique et destiné à devenir culte. Coup de génie, le film donnera naissance à une saga qui ne sera pas dénuée d’intérêt même si avec le temps, l’humour finira par dévorer entièrement l’horreur. En revanche, le remake est une catastrophe absolue dont je vous déconseille le visionnage.

4R92dNTbFvIfHHsy1yBapAnjbI6Quand il l’a pensé, James Cameron voulait créer un tueur implacable que rien ne pourrait stopper. TERMINATOR est certes, un film de SF ou d’anticipation, mais avant tout et résolument un film d’horreur. Sarah Connor simple serveuse est prise pour cible par un robot tueur venant directement du futur où les maigres survivants se sont unis sous la bannière de John Connor, son fils. Ce dernier a envoyé son meilleur ami, Kyle Reese afin de sauver sa génitrice. C’est ainsi que cette femme ordinaire se retrouve pourchassée par un tueur sans pitié que rien ne semble arrêter. Aider par ce mystérieux jeune homme venu du futur, tous les deux s’enfuient durant une gigantesque course poursuite d’abord urbaine puis dans le no-man’s land de ces autoroutes américaines traversant des états entiers. Le Terminator incarné par Arnold Schwarzenegger devient une figure iconique et emblématique du film d’horreur avec une note de SF. La séquence où le robot tueur se soigne tout seul, où il déchire sa chair pour s’enlever une balle ou dénudé son visage et laisser apparaître ce voyant rouge à la place d’un oeil glace finalement plus le sang que son arrivée fracassante dans un commissariat de police. Le second opus, véritable chef d’oeuvre, basculera plus encore dans la SF tout en gardant cet aspect glaçant du premier, ce côté froid quasi mécanique d’une horreur en marche, implacable, venant d’un futur qui semble impossible de changer.

hitcher_poster.previewMéconnu, THE HITCHER est pourtant l’un des films d’horreurs les plus efficaces et les plus oniriques. Road movie plaçant un adolescent parcourant les interminables routes américaines au milieu de nul part confronté à un auto stoppeur violent, assassin et machiavélique, c’est un film d’horreur hors norme qui a connu un remake dans les années 2000. Avec ses paysages désertiques entre chien et loup, ce tueur au visage iconique et emblématique de Rutger Hauer et cette interminable course poursuite ne semblant n’avoir de but, THE HITCHER trace un univers quasi mystique où l’atmosphère frôle le fantastique. Des années plus tard, JEEPERS CREEPER surfera sur la même ambiance. Mais ce qui fonctionne réellement dans le film c’est le fait que le tueur semble agir sans véritable motif. Ce n’est pas un maniac comme le personnage campé par Joe Spinel dans MANIAC ni un fantôme réclamant vengeance comme dans les slasher, mais purement et simplement un psycopathe qui se prend d’affection pour le héros sans qu’on sache pourquoi. Il ne cherche même pas à le tuer mais à ce qu’il soit témoin de ses exactions. A bien des égards, le tueur fou de THE HITCHER évoque la figure d’un démon.

18952914C’est en 1986 que le film LA MOUCHE de David Cronenberg sort. Remake de LA MOUCHE NOIRE où Vincent Price incarnait ce scientifique de génie qui suite à l’introduction d’une mouche au moment de l’utilisation d’une machine à téléporter se transformait progressivement en créature mutante mi humaine mi mouche, à l’origine le projet devait être réalisé par Tim Burton. Mais c’est Cronenberg qui finalement réalise le film. Nul doute que ce film emblématique de la carrière de celui-ci lui était destiné. Les corps en mutation sont après tout sa thématique fétiche, du moins à l’époque. Le réalisateur de CRASH et VIDEODROME peut à loisir explorer ses obsessions sur la chair et la transformation. Jeff Goldblum quand à lui campe admirablement ce personnage en perdition qui voit son humanité dévorer par la mouche dont il ressemble de plus en plus. Magistral, LA MOUCHE est l’un des rares films d’horreur à toucher à l’intériorité et à notre humanité. Si beaucoup se sont attaqués à la folie, peu finalement ont touchés directement au corps. C’est pourtant une thématique qui aurait dû ressortir dans les films de loup-garou mais non. C’est dans ce film là que le spectateur s’y verra confronté. Un classique qui n’a, par chance, pas encore subi de remake.

 Les 2000 mots atteints, je clôtures cette quatrième partie. Dans la cinquième partie nous verrons comment l’univers de Clive Barker a marqué le cinéma d’horreur, une poupée tueuse, des créatures infernales hantant le métro, le plus connu des cannibales, et le masterpiece de Peter Jackson qui ne parle pas de hobbits.

Rendez-vous à la cinquième partie.

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