Les films d’horreur pour les nuls – troisième partie

maxfqsfsdresdefaultCeci est la troisième partie de cet article fleuve à la volonté d’être un guide initiatique destiné aux amateurs de film d’horreur voulant baliser les films cultes du genre. L’idée donc n’est pas tant de parler de tous les films d’horreurs mais plutôt des films « marqueurs » qui ont apporté quelque chose au genre, mais aussi des films inévitables quand on parle du cinéma d’horreur. Ce sont donc des films cultes. A l’origine de cet article, il y avait une liste sur sens critique appelée Les films d’horreur pour les nuls. Devant son succès et les demandes qu’on m’a fait d’un article plus accessible, voilà donc. La troisième partie n’est sans doute pas la dernière, cette liste de film étant assez longue.

Les films d’horreurs pour les nuls ; les années 80.

3289_58bbf8c313f053310534c1b7ab96b452En 1974, le fils ainé de la famille DeFeo assassina sa famille entière à l’aide d’un fusil. Ce fait divers atroce inspira les médias donnant lieu à une multitude de livre mais aussi à une saga cinématographique. La ville où a eu lieu ce massacre donna son nom à la saga. Amityville : la maison du diable sorti en 1979 débute en revenant sur le procès. L’accusé prétend avoir entendu des voix. Quelques années plus tard, une famille s’installe dans les lieux du drame. Rapidement, des phénomènes paranormaux se produisent. La production prendra soin de distiller des fausses rumeurs autour du tournage comme le fait qu’ils aient préféré reconstruire la maison plutôt que tourner dans l’original du fait de la frayeur qu’avait l’équipe de tournage alors qu’en réalité c’est la ville de Amityville qui ne désirait pas une publicité supplémentaire. N’empêche que le film fait un carton. Très vite, une suite est programmé, et c’est une véritable saga qui se construira au fil des années. La fameuse maison devient un emblème en matière de maison hanté.

18943780En 1980, un film italien va marquer les esprits. Après avoir réalisé Le dernier monde cannibale qui posait les bases, Ruggero Deodato livre Cannibal Holocaust. Une équipe de tournage s’enfonce dans la jungle à la recherche de tribus cannibales sans se douter un instant qu’elle va en devenir la cible. Manifestant d’une grande cruauté, le film frappe d’autant plus les esprits qu’il est entièrement tourné façon faux documentaire, avec cette technique appelée le found foutage. Afin de faire réellement croire à cette histoire, les acteurs sont sous contrat d’exclusivité afin de ne paraître dans aucun autre film. Ceci marche tellement que les forces de police finissent par accuser Deodato d’avoir tué ses acteurs. Une fois les acteurs montrés bel et bien vivants, un autre scandale frappe le film. Des animaux ont été réellement tués durant le film, dont une tortue subissant des outrages destinés à montrer au spectateur ce qu’il va arriver aux héros. Cette séquence mémorable faudra la mention « aucun animal n’a été torturé » qui devra figurer désormais dans tout film avec des animaux. En effet, la loi contraint désormais les films à ne pas tuer ou torturer des animaux. Surfant sur la vague du film d’exploitation avec les cannibales, donnant naissance à un genre, le found foutage, que résucitera Le projet Blair Witch des années après, Cannibal Holocaust entre dans la légende. On notera qu’un remake a été fait par Eli Roth nommé Green Inferno.

shining-644205Un an après Amityville, sort en salle Shining. Adaptation d’un roman de Stephen King, le film raconte l’histoire d’une famille partant s’installer dans un hôtel pendant la morte saison. Le père écrivain accepte ce boulot de gardien d’hôtel sans savoir que son prédécesseur a assassiné sa famille. C’est d’ailleurs les jumelles assassinées que le petit garçon, Dany, voit au détour d’un couloir. En effet, l’enfant a manifestement des dons médiuminique pour communiquer avec les morts. Stanley Kubrick petit génie du cinéma, père de 2001 Odysée de l’Espace, créer ici un film énigmatique et dérangeant qui trouble encore aujourd’hui ses nombreux fans. Il y a un vrai génie dans l’utilisation d’images frappantes comme le fantôme des jumelles dans le couloir, le fantôme de la vieille femme nue dans la baignoire ou encore les vagues de sang se déversant par les portes de l’ascenseur. Déconstruisant l’espace et la géographie des lieux, Stanley Kubrick perd le spectateur, le rend confus. Et l’achève avec le jeu assez démentiel de Jack Nicholson qui signe là l’un de ses meilleurs rôles. Renversant, Shining a pourtant une image très classique, propre, avec une caméra glissant devant les personnages, les suivant. Au-delà d’une histoire de fantôme, il s’agit de la folie meurtrière qui surgit sous nos yeux, sous couvert d’une possible influence démoniaque. De quoi laisser le spectateur pas vraiment indemne.

18956937Bien qu’on puisse lui reprocher de surfer sur la vague de Halloween, Vendredi 13 sorti cette année là a pourtant donné naissance à une saga. Sean S. Cunningham qui avait produit La dernière maison sur la gauche est un homme au nez creux. Quand il poussait Wes Craven à se lancer, il avait senti qu’un tel film frapperait le public. Par la suite, en constatant du succès de Halloween, il pense à une nouvelle histoire. Vendredi 13 repose essentiellement sur le principe même su slasher à savoir un maximum de mort en peu de temps. Le tueur n’a rien d’emblématique, Jason n’apparaisant en fait en tant que tueur dans les suites. C’est la mort brutale, gratuite, cruelle et violente de treize jeunes gens qui sera le leitmotiv du film. La bande annonce l’indique ainsi. En somme, Vendredi 13 s’inspire pas mal des Giallo, de ces films italiens où les morts s’enchaînent et où le motif du tueur est souvent obscur. Le principe même du film fonctionne malgré tout. Parce que c’est exactement ce pourquoi les gens affectionnent le slasher. Il est amusant de constater que la saga Destination Final reprend le même principe mais en mettant en scène la mort elle-même. Bien sûr, avec les suites, apparaîtra le personnage devenu culte de Jason armé de sa machette et de son masque de Hockey. Mais l’original lui partait d’un postulat plus simple, s’éloignant en fait des autres slasher par cet attachement à un lieu plus rural, la campagne et le lac, et à offrir ainsi une certaine isolation mortelle à ses personnages devenant des cibles de choix.

p58358_p_v7_akL’histoire d’un psychopathe se baladant dans les rues sombres de New York contée par Maniac en 1980 ressemble beaucoup à une myriade de films d’exploitations. On y retrouve les rues sales et mal famés de New York dans une atmosphère proche de La chase de William Friedkin qui sortait d’ailleurs la même année. L’on y suit notre héros admirablement campé pour Joe Spinell qui explose des gueules et s’attaquent à de jeunes femmes marchant seules dans les rues. Avec son image digne de films grindhouse, avec une ambiance poisseuse et sale, Maniac retrace le parcours de ce psychopathe qui de meurtre en meurtre aussi gratuit que sanglant finit par rencontrer l’amour. C’est une véritable entrée dans l’enfer urbain mais aussi dans la psyché déglinguée du héros. Tout le génie du film est d’être à la fois terrifiant, par la vision d’une ville corrompue par la violence et le meurtre, mais surtout, de faire de son héros un personnage torturé qui n’est pas sans faire penser à Travis Bickle dans Taxi Driver sorti 4 ans auparavant. Ce qui a rendu culte le film est avant tout les effets spéciaux conçu par le génial Tom Savigni qui y joue un petit rôle.

imagdfeqfgaedesDeux ans plus tard, un autre film allait réveiller la terreur. C’est en octobre 82 que sort Poltergeist. Réalisé par Tobe Hooper, le réalisateur de Massacre à la tronçonneuse, le film  raconte l’histoire d’une famille américaine ordinaire vivant dans une banlieue résidentielle confrontée à des phénomènes paranormaux. La petite fille canalise tous ces phénomènes qui semblent s’exercer autour d’elle. La raison en est que la maison a été construite sur un cimetière indien. Reprenant le phénomène du Poltergeist, qu’on défini par une manifestation surnaturelle généralement des objets volant, parfois jusqu’à de la possession, autour d’une jeune fille, le film exploite parfaitement la terreur en animant tous les objets de la maison dont et surtout la télé. Sans être un précurseur, Poltergeist atteint cependant un niveau de perfection dans la mise en scène de l’horreur indicible qu’il continue à influencer les réalisateurs. Ainsi Insidious doit beaucoup à Poltergeist dont il reprend certains effets, notamment le lien puissant entre un enfant et des esprits pas forcément bien intentionnés. Ce qui a rendu le film culte est non seulement le talent du réalisateur — le pire étant que tout le monde est persuadé que le film a été réalisé par Steven Spielberg, sans doute à cause du rôle de l’enfant, alors qu’il a été un producteur certes impliqué mais n’en est aucunement le réalisateur – mais aussi la fameuse « malédiction » frappant le film et plus généralement la saga. Aucun film auparavant n’a connu autant de décès des membres de son équipe. Tout d’abord c’est la jeune actrice Dominique Dunne qui connait un destin tragique. Elle est sauvagement assassiné par son compagnon qui, ironie du sort, a mit la bande son du film à plein volume afin de masquer les cris de sa victime. Puis sur le tournage de la suite, on réalise que les cadavres ne sont pas des mannequins mais de vrais corps en décomposition! La production procède à un exorcisme. Cela n’a guère fonctionné puisque s’ensuit le décès de Will Sampson et de Julian Beck.  La tragédie ainsi que la saga s’achève avec le décès de Heather O’Rourke qui interprêtait le rôle principal. Mourant à seulement 12 ans sur le tournage du troisième film, son trépas est encore aujourd’hui considéré comme le signe manifeste d’une malédiction. Considéré comme un classique aujourd’hui, Poltergeist n’a guère vieilli même si Hollywood a jugé bon de mettre en route un remake.

Ainsi s’achève la troisième partie de ce tour du cinéma d’horreur. La suite suivra sous peu, le temps de la mettre en forme.

Suivez les traces sanglantes dans la quatrième partie.

Nous pouvons constater que le début des années 80 aimait les histoires de maisons hantés et de fantômes. Même dans Vendredi 13 l’ombre du fantôme de Jason, l’enfant mort dans le lac, hante le film. Mais surtout, c’est la manière dont certains films se sont vus entouré d’une aura particulière, Cannibal Holocaust où le monde entier a cru que les évènements du film s’étaient réellement produit ou encore Poltergeist avec la malédiction frappant le casting, qui donne un petit côté mystérieux à ces films cultes. Bien sûr qu’ils l’auraient été sans cela. Mais ça rajoute quelque chose. D’ailleurs Rosemary’s Baby a lui aussi son aura assez lugubre. Autant dire que cela participe grandement au phénomène rendant ces films classiques.

Publicités