[CRITIQUE] Crimson Peak de Guillermo Del Toro, 2015.

crimson2CRIMSON PEAK est un bijoux gothique que nous offre Guillermo Del Toro. Le réalisateur mexicain a été découvert par Pedro Almodovar qui produit L’ÉCHINE DU DIABLE. Plus tard, Del Toro réalise LE LABYRINTHE DE PAN et rencontre le succès. Après des blockbusters pour Hollywood (PACIFIC RIM, HELLBOY), Guillermo Del Toro revient à ses amours avec cette histoire d’amour contrariée et de fantômes.

L’ÉCHINE DU DIABLE débutait en demandant ce qu’est un fantôme. CRIMSON PEAK annonce la couleur avec l’héroïne disant face caméra, que les fantômes existent. Edith Cushing, jeune ingénue, est une auteur en herbe voulant publier un roman avec des fantômes. Convaincue de leur existence depuis que le fantôme de sa mère est venu la voir pendant sa tendre enfance, elle est  attirée par eux. Aussi quand un baronnet anglais débarque en lui déclarant que de là où il vient, on prend les fantômes très au sérieux, elle se laisse peu à peu séduire par ce doux rêveur au passé obscur.

Guillermo Del Toro a toujours aimé faire des mélanges improbables.

CrimsonPeakChastainDans LE LABYRINTHE DE PAN, il mêlait une histoire de fantasy et de famille détruite par la guerre civile espagnole, dans L’ÉCHINE DU DIABLE c’était l’histoire d’orphelins tentant de survivre à la guerre civile confrontés à un fantôme de petite garçon, à chaque fois, les fantômes, comme le fantastique, était une manière de mettre en relief la réalité. Dans L’ÉCHINE DU DIABLE, le fantôme du petit garçon veut faire prendre en compte au héros la réalité dans son horreur. Dans LE LABYRINTHE, l’histoire du royaume dans la fantasy comblait le manque d’affection de l’héroïne se retrouvant coincée dans une famille ne voulant d’elle.

Pour CRIMSON PEAK, il s’agit de mêler donc la romance gothique au fantastique. Le genre s’y prêtant naturellement. Dans REBECCA, la jeune héroïne se retrouvait confrontée à une maison angoissante et froide où la présence de la première femme de son mari semblait être trop présente, tel un fantôme. L’on retrouve la même chose dans CRIMSON PEAK, les fantômes ne sont là que pour pointer du doigt l’horrible vérité. Élément qu’on retrouve également dans LES AUTRES.

crimson-peak-10-1500x844Guillermo Del Toro s’est fortement influencé des maîtres du genre. De Mario Bava à Alfred Hitchcock, on sent aussi bien l’influence du cinéma hollywoodien classique (LES INNOCENTS, LA MAISON DU DIABLE) que du cinéma transalpin (OPÉRATION PEUR de Mario Bava, SUSPIRIA de Dario Argento). Mais l’ombre de la littérature plane également sur le film. De l’évocation à Jane Austen à celle de Mary Shelley, Crimson Peak respire l’atmosphère lourde d’un LES HAUTS DE HURLEVENTS, tout en abordant le fantastique comme le faisait Sheridan Le Fanu dans L’ONCLE SILAS ou encore Daphné Du Maunier dans REBECCA. Crimson Peak ne renie aucune de ses influences, mais les sublimes.

En effet, il ne faut pas oublier que Guillermo Del Toro est un auteur à part entière, un artiste avec ses obsessions (la famille, le temps, les souvenirs se transformant en fantôme, l’amour des monstres) et ses tics, plus encore une esthétique forte. Ses fantômes ont une allure hallucinante qui évoque le look des créatures du Labyrinthe de Pan. Gémissant, grinçant, rampant, les fantômes sont absolument effrayants, pour autant, s’ils sont très présents, c’est les vivants qui animent l’histoire et le conte qui nous ait conté.

Crimson-Peak-620-04On ne peut que saluer la prestation de Mia Wasikowska, touchante en héroïne ingénue. Mais c’est Jessica Chastain qui crève l’écran. Charismatique et poignante, elle transcende son rôle. Un personnage d’autant plus fascinant que très caractérisé par les costumes et le soin de la mise en scène de Guillermo Del Toro. Tom Hiddelston réussit également très bien à jouer le décalage entre le vice et la vertu, les remords et la lâcheté. Plus impressionnant encore, est la mise en scène méticuleuse et soigneuse qu’adopte Guillermo Del Toro. Le tout accompagné d’une image assez hallucinante, un soin des décors (la maison est un personnage en lui-même) et enfin la musique, une immersion dans le classique réussite.

L’on pourra reprocher au film quelques poncifs du genre, de ne pas sortir des stéréotypes du roman gothique. CRIMSON PEAK n’est pas une œuvre originale. Et en choisissant de reprendre un fait divers somme toute connu, et maintes fois adapté au cinéma, le scénario en devient assez prévisible pour toute personne un tant soit peu habitué au genre. Mais le film compense ce creux d’originalité par des références léchées et réussit, un univers magique qui fait voyager son spectateur. Alors certes, on ne retrouve pas la cruauté du LABYRINTHE DE PAN ni la touchante note de tristesse presque fatale de L’ÉCHINE DU DIABLE et l’on aurait tord d’y voir une trilogie car CRIMSON PEAK ne tient pas la comparaison, loin s’en faut, pour autant, le film a ses qualités.

En fait, à défaut de traiter l’enfance, c’est son scénario jusqu’au regard porté à ses personnages qui est enfantin. C’est le regard touchant d’un cinéaste qui nous dévoile son amour pour tout un pan du cinéma. Et le must, c’est qu’il réussit à réanimer ce genre ! Réussissant par sa mise en scène à rendre hommage au classique du genre, il donne vie à un nouveau conte gothique.

CRIMSON PEAK est un conte merveilleux et gothique tel qu’on les aime, bourré de référence, brillant et fascinant, d’une beauté noire assez envoûtante.

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