[CHRONIQUE] Démons de Lamberto Bava 1985

79104303_oCheryl se fait offrir dans le métro des places pour une séance de cinéma pour le Métropol, un nouveau film sortant en avant-première. Accompagnée de Kathy, une amie à la mine renfrognée, la jeune femme déboule donc devant un cinéma gothique pour le moins impressionnant. À l’intérieur, une décoration spéciale a été faite afin de promouvoir le film avec un motard tenant un masque de démon. Les deux jeunes filles sont immédiatement draguées par deux garçons, pendant qu’une autre spectatrice s’amuse avec le masque du démon en attendant que la séance commence.

demons_grdDémons de Lamberto Bava, produit par Dario Argento, propose une mise en abîme somme toute classique. Ce qu’il se passe dans le film projeté dans la salle de cinéma est voué à se produire dans la salle. Le film projeté raconte l’histoire d’une bande de motards s’aventurant sur la tombe de Nostradamus. Ils y découvrent un vieux grimoire ainsi qu’un masque ressemblant étrangement à celui décorant le cinéma. Selon le grimoire, quiconque porte le masque deviendra un démon, et répandra le mal sur la terre. Ainsi, après que la spectatrice ayant joué avec le masque se transforme dans les toilettes en démon, nous comprenons que tout le cinéma est condamné. Le public y a été enfermé afin d’être de la chair à démon. D’autant que chaque personne griffée est contaminée ! Ainsi, la prédiction de Nostradamus semble être sur le point de se produire, le mal va réellement se répandre sur Terre. D’autant que tout indique que l’affaire a été soigneusement planifiée. Le cinéma sorti mystérieusement de terre à l’allure gothique, la décoration intérieure du cinéma mettant en avant le masque qui a la particularité de transformer les humains en démon jusqu’au choix des spectateurs sélectionné par un personnage inquiétant, tout cela n’est guère anodin.

DemonsCette mise en abîme évoque celle présente dans ANGOISSE de Bigas Luna sorti en 1987 où les spectateurs d’une salle de cinéma subissaient les asseaux d’un forcené. Le principe est ici le même. Les spectateurs vont subir ce qu’ils voient sur la toile. Au final, cette manière de procéder est assez géniale, surtout pour ceux qui ont eu la chance de voir le film en salle, car ça créer immédiatement une mise en situation. Non seulement le spectateur s’identifie aux personnages, mais il se retrouve dans une situation assez similaire à celles des héros. L’effet de frayeur est donc double !

demons-movie-dario-argento-natasha-hoveyUn choix scénaristique audacieux qui est accentué par les maquillages grotesques des démons leur donnant un aspect aussi délirant que les Deadites dans EVIL DEAD. Le mal semble dès lors aussi drôle qu’inquiétant, permettant une explosion d’effets gore en veux-tu en voilà avec du scalp, les yeux d’un aveugle arrachés, des entrailles dévoilées, mais aussi des transformations lentes et abominables où les ongles sont littéralement poussés afin de laisser place à des griffes démoniaques. C’est l’absurdité de ces transformations, l’accumulation d’effets gores gratuits qui donne au film toute sa dimension géniale propre à le rendre culte.

demons-stillMalheureusement, Lamberto Bava n’est pas un réalisateur de talent. Si l’on sent l’ombre de Dario Argento – qui l’avait prit comme assistant-réalisateur, une sorte de retour de manivelle puisque lui-même avait été l’assistant de Mario Bava, papa illustre et génial de Lamberto, le pauvre souffrira d’ailleurs de la comparaison – néanmoins le film cumule des erreurs de mise en scène et de narration troublantes. Si l’introduction avec la scène dans le métro est assez géniale, et la fin assez bien trouvée, il y a néanmoins de nombreuses maladresses. On ne peut que saluer l’introduction. On y voit un personnage au visage défiguré qui donnera plus tard l’invitation apparaît une première fois dans le reflet des vitres de la rame de métro où il n’est pas présent physiquement. Une apparition inquiétante qui préfigure que du bon. Jusqu’à ce que tout le monde soit entrer au cinéma, la mise en scène est inquiétante et parfaite en tout point. C’est à partir du moment où les démons déboulent que tout se gâte.

vlcsnap-2010-07-14-18h29m43s200Ne sachant comment gérer l’arrivée progressive des démons, Lamberto s’emmêle les pinceaux, tue ses personnages les plus dynamiques trop vite, prenant trop de temps sur des personnages secondaires mal utilisé. Au final, il gâche toutes ses cartouches trop vite au point d’être obligé de faire intervenir des personnages supplémentaires afin de secouer un peu tout ça. Des personnages extérieurs qui d’ailleurs mourront assez vite, s’avérant finalement aussi inutiles qu’inintéressants. Le second tiers du film est donc un passage à vide où l’on constate que le réalisateur s’essouffle, manifestement pas à la hauteur de son projet. Une sorte d’ennuis finit par gagner le spectateur. Le plus cruel est de constater que Lamberto aurait pu exploiter plusieurs éléments, comme l’ouvreuse qui au début est diablement inquiétante pour finalement s’avérer n’être qu’une victime de plus (quid alors du pseudo-complot qu’on présentait au début?), idem pour l’inquiétant personnage qui délivrait les invitations tué trop vite, sans parler du moment où les héros parviennent à faire un trou dans le mur et découvre l’envers du décor. Pas exploitée du tout, cette séquence tourne à vide, comme si elle n’était là que pour remplir un trou dans le scénario. Et puis, comme par miracle, à quelques minutes de la fin, le réalisateur retrouve le feu sacré. Amenant des idées intéressantes et une fin jouissive.

vlcsnap00002xzxAinsi, DÉMONS parvient parfois à la hauteur de la quadrilogie des morts de Lucio Fulci, on pense notamment à l’AU-DELA, lorgne du côté d’un EVIL DEAD avec ses effets gore grotesque, tout en conservant une atmosphère gothique assez proche de celle de la trilogie des mères de Dario Argento. Cependant, Lamberto Bava n’est guère un génie, réalisateur de série B n’ayant pas le talent de son père, il a produit des navets insupportables, mais avec DÉMONS, il est parvenu à produire un film tenant quand même la route, en dépit de ses défauts visibles. En effet, le film se tient, et mieux que ça, fait le job. En dépit de ses errances, de séquences inutiles et de meurtres mal géré, de quelques passages à vide, il n’en demeure pas moins qu’il assure le spectacle et nous offre un bon moment de cinéma bis italien comme on les aime !

Et pour le plaisir, voici quelques gifs animés:

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Et pour un plaisir des yeux complets, les affiches du film, dont la japonaise que personnellement je trouve magnifique.

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