[SERIE] Mr Robot : étude de cas, la saison 1.

mr-robot-55a3fdc66a9b6En entendant les multiples bonnes critiques de mes amis à propos de MR. ROBOT, je me suis dit, aller, pourquoi pas. Le synopsis étant pour le moins alléchant puisque la série se veut « anti-système ». L’affiche proclame votre démocratie s’est fait hacké. Et le pitch lui semble être dans la droite lignée d’un V pour Vendetta version internet. Jugez-en par vous-même :

Elliot Alderson est un jeune informaticien vivant à New-York qui travaille dans une entreprise de cyber sécurité. Souffrant de troubles du comportement, Eliott a pour manie de hacker les gens qui l’entourent, seule manière pour lui de connaître les gens puisqu’il est incapable de communiquer normalement. Se comportant en cyber justicier quand il tombe sur des trucs pas net – dans le pilote, il dénonce un pédophile – il finit par rencontrer un mystérieux anarchiste qui lui propose de lancer la révolution en détruisant le Big data d’un conglomérat nommé Evil Corp par le héros ou plutôt l’anti-héros.



mr-robot-series-premiere1La série a pour originalité d’avoir un héros qui, s’il n’est pas diagnostiqué clairement comme autiste, en a pourtant beaucoup de signes. Outre son incapacité à avoir des relations sociales normale, sa manie de hacker les gens, y compris ses plus proches amis, il est sujet à des accès de paranoïa, des hallucinations ainsi que des crises. Bien sûr, le fait que le héros soit un hacker, un pirate jouant au justicier de la toile en enlevant les masques, montre là aussi quelque chose d’assez original, car le hacking reste considéré légalement comme un acte criminel quelles que soit les raisons pour lesquelles vous jouez au pirate. Enfin, dernier point d’originalité, la thématique anti-système de la série. En effet, approché par un anarchiste, le héros se voit proposer une révolution qui mettrait fin au système actuel où les plus puissants s’enrichissent sur le dos des plus pauvres. Le genre de message qui lorsqu’il est lancé par quelqu’un risque de lui coller l’étiquette d’être un complotiste.

Avec ses tons froids quand on se trouve géographiquement chez les méchants au sein d’Evil Corp donc, les tons chauds quand on est chez les gentils, qui d’ailleurs sont blonds, ou aux cheveux blancs, et des personnages assez stéréotypés, MR. ROBOT retombe vite dans les clichés attendus dans une série américaine. La mise en scène a certes, un petit côté british dans la manière de cadrer, ces grands aplats, cette manière de décadrer en laissant un maximum d’air au-dessus des personnages, d’aller à l’encontre des règles basiques de mise en scène et de cadrage, mais là s’arrête l’originalité.

Car dans le panel de personnages les clichés sont non seulement massifs, mais assommants.

Il y a néanmoins quelques personnages intéressants, le chef de FSociety – groupe de hacker cherchant à annuler les dettes des gens en hackant Evil Corp – a une folie aussi amusante que complètement imprévisible. Ses actes dénués de sens et souvent assez violents en font un mystère qu’on rêve de percer (hélas l’intrigue où l’on comprend pourquoi il agit ainsi est sans doute la pire révélation scénaristique jamais faite), ainsi que la jeune hackeuse portant le voile dont les raisons la poussant à voulant hacker le système sont sans doute les meilleures du monde puisqu’en tant que fille d’émigrée, elle sait ce que veux dire être victime du système.

Malheureusement, les scénaristes ne parviennent pas à donner une vraie ampleur à la série. Non seulement la fameuse révolution ressemble plus à une réunion de paumés qui passent des heures à débattre de quel logiciel est à primer, mais leurs auteurs ne semblent même pas heureux quand la dite révolution se produit ! Le personnage de Eliott, central, devient complètement WTF suite à un bouleversement en plein milieu de la saison, qui nous fait nous demander quel est exactement le sujet de la série. Un retournement de situation qui de plus n’est pas crédible.

Mais ce n’est pas le seul élément échappant à toute crédibilité. On nous dit qu’Eliott est surveillé par le FBI, mais jamais personne n’intervient chez lui. Plusieurs pistes de menaces éventuelles sont d’ailleurs avancées, son chien avalant une puce qu’il n’a pas détruite, le chien étant ensuite amené chez le vétérinaire, ou encore une de ses victimes comprenant à qui il a affaire et cherchant à le coincer, mais ces pistes n’aboutissent jamais. Si tant est si bien qu’on se demande si au final, toutes ses incohérences sont supposées vouloir dire que tout cela n’est que le délire du héros dont on nous a plusieurs fois avertis qu’il souffrait d’hallucination puisqu’il n’était jamais certain que ça soit la réalité.

C’est la seule piste intéressante qu’on puisse suivre. Malheureusement, ça ne suffit pas à nous faire regarder une série supposée s’étaler sur plusieurs saisons. Et puis, ça serait un peu décevant qu’au final, la grande révolution promise ne soit en fait qu’un pétard mouillé, une hallucination du début à la fin du héros. En fait, ma théorie est que les scénaristes pensent que le spectateur mettra ces incohérences sur le compte des hallucinations du héros puisqu’à la fin, on finit par ne plus savoir ce qui est une hallucination et ce qui est la réalité. D’ailleurs, le fait que tout le monde dans la série appelle le conglomérat Evil Corp alors qu’Eliott nous dit au début de la série que la multinationale s’appelle E. Corp, mais que lui préfère l’appeler Evil Corp semble assez étrange puisque tous les personnages ne partagent pas forcément l’avis d’Eliott sur la question.

maxresdedsghzrhgfaultBien sûr, la série présente quand même quelque intérêt. Déjà, elle évoque la possibilité que le système soit défaillant, et qu’il faille le remettre en cause. La révolution prônée par Eliott n’est pas la meilleure puisque impliquant quand même une opération totalement illégale, et surtout qu’elle n’est le fait qu’une poignée de personnes et non d’une volonté générale même si FSociety gagne en popularité au fil de la saison. Surfant d’ailleurs sur la vague du mouvement Anonymous, FSociety produit des vidéos où un homme portant un masque et à la voix déformée, argue le public et surtout les 1% détennant les richesses, les avertissant que les masques vont tomber, et la révolution est en route. Un message qui forcément fait mouche dans l’état de morosité économique actuelle. D’autre part, elle pointe du doigt aussi les rejets de déchets toxiques dans la nature puisque c’est ainsi qu’Eliott est devenu orphelin, et la raison pour laquelle il haït Evil Corp.

Jouissive par ses thématiques et ses sujets de société, elle l’est tout autant en mettant en scène des personnages hauts en couleur, Eliott qui est un junkie notoire asocial et marginal, le personnage incarné par un Christian Slater toujours aussi génial dont la folie exubérante est une vraie bouffée d’air frais, une hackeuse aussi sexy que punkette dans son attitude, tous les personnages sont au minimum extravaguant. La série est, bien sûr, expiatoire. Elle surfe sur ce que le spectateur veut, exit donc les adolescents complexés et les héros stéréotypés. Cependant quand certains personnages ont droit à un portrait adroitement brossé, comme la psy par exemple, d’autres souffrant de n’être qu’un faire-valoir, un cliché sans profondeur, que ça soit le personnage du patron ou les deux autres hackers masculins qu’on développe au final que à fin de les mettre en contraste avec Eliott. Pas forcément la meilleure manière de faire pour éviter d’avoir des personnages quasi-inexistants.

Si certaines séquences sont affligeante, comme la scène où le gentil patron de Eliott ne voit pas celui-ci échanger les rapports qui pourtant ont une importance capitale, un patron qui d’ailleurs reste aveugle une grande partie de la série avant de soudainement comprendre que son employé du mois est en fait sans doute responsable de la banqueroute de l’entreprise, d’autres méritent le coup d’oeil, comme la brève, mais intrigante rencontre entre le hacker redouté d’un groupuscule se faisant appeler la Dark Army avec Eliott, seul moment où quelqu’un agite le héros et ne le traite pas en adulte responsable mais bien en l’enfant rêveur qu’il est. En somme, la série a des moments de génie et d’autre de total cliché qui nous place en tant que spectateur dans une situation inconfortable.

N’attendez donc pas une série à l’écriture soignée, mais plutôt à un joyeux bordel où vous trouverez à boire et à manger. L’expression est d’autant plus vraie que la série parle autant de folie, d’hallucination, que de révolution, si bien qu’on se demande quel est le vrai sujet abordé. Pour ma part, ça ne me dérange pas qu’on aborde deux sujets à condition que cela fasse sens et pas que l’un tir dans les pattes de l’autre. On a plutôt l’impression d’un manque de choix, d’une envie de tout aborder en même temps, et surtout d’une envie de tellement se démarquer qu’on créer d’autres clichés, des personnages trop lisse et mal défini, manquant de complexité et surtout de véracité. Dommage, la série possédait pourtant un bon potentiel.

Publicités