[CRITIQUE] Terminator Genisys de Alan Taylor, 2015.

ef3ad89d2e96e2f0198e449be8209f09Terminator, né en 1984, racontant la lutte éternelle entre Sarah Connor et les machines indestructibles ou presque remontant dans le temps pour tuer son enfant avant qu’il ne devienne le leader de la résistance, est de ces sagas qui semble bien partie pour continuer longtemps. Pourtant, depuis le 4e volet qui était tant attendu, où l’on devait se retrouver dans le futur face aux machines, la déception a gagné le cœur des fans, mais aussi du public qui ne croit plus vraiment en la capacité de la saga à se réinventer. Et ce 5e opus était attendu avec un manque d’enthousiaste conséquent, normal, comment relever cet énorme défi de redonner du peps à la saga quand Hollywood enchaîne les reboots et remakes de manière souvent vidé de toute l’atmosphère qui était celle des originaux. Au fond, beaucoup auraient préféré qu’on laisse la saga en paix, mais en dépit des mauvaises critiques qu’on entend autour de ce Terminator Genisys, quelle est la part de vrai ? Et celle de faux ? Et celle de faux ?

Kyle-ReeseNous sommes dans le futur, la guerre contre les machines fait rage. Kyle Reese, un soldat de la résistance qui a grandi dans ce monde de terreur, fidèle ami de John Connor, se voit accorder une mission spéciale, infiltrer un camp des machines qui renferme une arme secrète. Avec un bataillon, John Connor et Kyle Reese mènent l’opération, mais s’ils remportent la victoire contre Skynet, il est trop tard. Un Terminator a déjà été envoyé dans le passé, en 1984 pour tuer Sarah Connor. Kyle Reese est envoyé à son tour afin de la sauver.

Ce début reprend basiquement le premier Terminator où Sarah Connor serveuse sans prétention se retrouvait pourchassée par un Terminator que rien ne semblait abattre, venu du futur. Elle ne devait sa survie qu’à l’arrivée du mystérieux Kyle Reese. D’ailleurs, on retrouve quasiment les mêmes séquences, le débarquement du T-800 dans une casse, les racailles qui tentent de s’en prendre au T-800, et puis la ruelle sombre pour le débarquement de Kyle Reese, les flics qui le pourchassent aussitôt, le magasin de fringue… Sauf que l’histoire est réécrite. Ainsi, le T-800 est accueilli par une version plus ancienne envoyée depuis que Sarah Connor a 8 ans pour la protégée, on ne sait par qui, et qui l’a quasiment élevée. Quant à Kyle, lui, il est pourchassé par un T-1000 dont la présence indique que le futur a changé…

217802Tout est dû à la contamination de John Connor par une machine alors que Kyle Reese était dans la machine, le processus pour remonter le temps déjà enclenché. Un ennemi qui s’était dissimulé sous les traits d’un résistant et qui en ayant contaminé John Connor a pu ainsi s’emparer non seulement de la résistance, mais également de la machine servant à remonter le temps, pouvant ainsi renvoyer à loisir autant de Terminator qu’il le souhaite, mais aussi réécrire l’histoire de la naissance de Skynet. Ainsi, tout est changé, et en même temps, Genisys ne fait que croiser les courbes temporelles, on retrouve ainsi les thématiques du deuxième opus, avec le T-1000 évidemment, mais aussi avec une Sarah Connor changée par cette bataille, prête à tout pour mettre fin à skynet, le tout avec des visions de fin du monde, mais cette fois-ci vécue par Kyle Reese qui a des souvenirs des deux courbes temporelles. On retrouvera même des thématiques vues dans la série, Sarah Chronicles, et une fin évoquant plutôt le 3e film.

En somme, Terminator Genisys réécrit l’histoire de la saga tout en faisant sans cesse allusion à ses ainés, que ça soit par des clins d’œil via des répliques ou gestes, ou bien par des séquences reprises quasiment plan par plan. Ce qui permet de régaler les fans. Impossible à la fin du film ne pas ressentir l’envie de remater les deux premiers. Mais en même temps, ce fan service fait souffrir Terminator Genisys de la comparaison, plus encore, ne lui permet pas de vraiment se hisser au-dessus du simple hommage qui en fait un fan-film plus qu’autre chose.

Terminator-Genisys-150410-02Genisys comporte quelques gros soucis. Comme dans les Nolan, le scénario semble presque parfait jusqu’à ce qu’on tombe sur cette grosse et merveilleuse boulette. Une incohérence de la taille du camion que conduit Sarah Connor au début. Attention, spoiler, si vous lisez la fin de ce paragraphe ! En effet, on nous dit que John Connor infecté par Skynet est devenu une sorte d’hybride, mi-homme mi-machine, et qu’en conséquence de quoi, son point faible est les champs magnétiques, comme un IRM par exemple. C’est d’ailleurs ainsi que les héros parviennent à le ralentir. Cependant, leur idée pour se débarrasser de lui est de le mettre dans la machine à remonter le temps puisqu’il s’agit d’un champ magnétique gigantesque. Or, si cela est supposé le détruire, comment a-t-il pu le remonter dans le temps pour empêcher Sarah Connor et Kyle Reese de détruire Skynet avant qu’il ne naisse ? De même, on nous dit que le T-800 qui protège Sarah Connor ne peut pas entrer dans la machine à remonter dans le temps, or tout le principe de Terminator est que les machines puissent remonter dans le temps ! Comme vous le voyez, il s’agit d’une énorme incohérence puisqu’elle contrevient aux règles même de l’univers. Cependant, leur idée pour se débarrasser de lui est de le mettre dans la machine à remonter le temps puisqu’il s’agit d’un champ magnétique gigantesque.

495011En effet, certains ont reproché à Terminator Genisys d’être incompréhensible, au contraire, le film s’en tire pas mal avec les paradoxes temporels. Même si le fait de créer un univers parallèle est loin d’être original, Star Trek de J.J. Abrams faisait déjà la même chose. En fait, ce jonglage entre les différentes temporalités, les futurs possibles, et ce qui était prévu à la base, c’est-à-dire le futur original dans la saga, m’a évoqué la série Doctor Who où dans les saisons 5 à 7 guidées par Stephen Moffat, les paradoxes temporels prenaient une ampleur effrayante provoquant plus d’une prise de tête de la part des spectateurs. Et la présence de Matt Smith, l’acteur qui incarnait alors le docteur à cette époque-là, me semble nullement être dû au hasard. La réplique de Sarah Connor « monte si tu veux vivre » n’est d’ailleurs pas sans rappeler la réplique culte que lançait le docteur en 2005 quand la série avait redémarré « suis-moi si tu veux vivre ». C’est d’ailleurs ce qui fait tout le charme de ce nouvel opus, s’assumant en tant qu’objet geek, il joue sur tous les tableaux et s’en tire plutôt bien, même si les héros tendent à suggérer au spectateur de ne pas se prendre la tête avec ça.

5315820L’humour est assez présent, nous éloignant définitivement de l’aspect film d’horreur qui était présent dans les deux premiers films. Il n’y a plus l’idée de ce méchant implacable qui te suit partout qu’on avait dans le premier, qui entre la course-poursuite infernale et le T-800 indestructible faisait penser à un The Hitcher plus vitaminé et moins onirique, pas plus qu’on est dans l’atmosphère lourde et pesante du deux où l’idée de l’apocalypse inévitable hantait chaque geste des héros, ainsi que les choix cornélien qui attendaient Sarah Connor. Entre l’humour et l’action bourrine, Genisys se place ailleurs, mais sans oublier d’où il vient, parvenant à redonner du peps à la saga sans la dénaturer, juste changer son approche. Et en cela, le travail d’Alan Taylor est assez proche de ce qu’avait fait J.J. Abrams sur Star Trek.

Résultat, Terminator Genisys est un bon spectacle, un film de divertissement, tel qu’on lui demande de l’être. Dans la lignée des films contemporains, il s’en tire bien, faisant partie du lot des bons remakes ou reboot ou je ne sais quoi, parvenant à recréer quelque chose de l’ordre de la nostalgie, tout en permettant aux plus jeunes de se rattacher à cette saga épique. Bien sûr, on est bien loin des deux premiers, mais Genisys n’ambitionne pas de les refaire, au contraire, il leur rend hommage, mais s’en éloigne par son atmosphère. Le tout étant, de plus, bien servit par les acteurs et la mise en scène, en bref, bon petit film bien que loin d’être à la hauteur d’un Mad Max Fury Road. Genisys ne réinvente rien, ne bouleverse rien, mais fait son boulot, divertir, donner du grain à moudre sur l’attechement de l’homme aux objets connectés (bon moins profondément que ne le fait Black Miror) et fournir un spectacle digne de ce nom.

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