[CHRONIQUE] Mad Max 2, le défi, de George Miller, 1981

1d842fa380a158f009e5dc95efc47218Survivant, Max est une âme solitaire, un héros marginal qui s’il sait très bien se défendre n’a pour seule compagnie que son chien, unique survivant de la famille qu’il possédait auparavant, une famille qui lui a été arrachée dans le premier film. Croisant la route d’un autre héros solitaire, celui-ci nettement plus original avec sa tenue colorée et son attachement aux serpents, il obtient de ce dernier des renseignements sur un puit de pétrole encore en activité. Géré par une communauté de survivants soudés, ces derniers raffinent eux même l’essence qu’ils cumulent dans une énorme citerne. Coincés au milieu du désert, les survivants sont sans cesse harcelés par une bande de pillards abordant des tenues SM à piques et à pointes, des coupes de cheveux punk, des tenues agressives. Leur seul chance de sortir, d’ici, vivants, c’est Max Rockatansky qui en héros solitaire n’a aucune envie de se sacrifier pour de parfait inconnu, mais reste tenté par la perspective du gasoil qu’ils détiennent.

mad-max-2-1Immédiatement plongé dans une ambiance années 80, le spectateur d’aujourd’hui aura peut-être un peu de mal avec les tenues très disco que portent les survivants de la petite communauté qui espère être sauvée par Max. Les coupes de cheveux, les couleurs d’un blond peroxydé, les épaulettes, il est difficile de ne pas sourire en les voyant. Côté méchant, c’est pire encore, punk aux tenues SM dévoilant paires de fesses et seins masculins percés, tenues de flics qui évoque plus les strip-teaseur qu’autre chose, ils ont cependant quelque chose de définitivement déviant, les casques et tenues ostensiblement agressive, les cris animal poussés qui empêche cependant de rire et nous file plutôt le frisson. C’est eux, d’ailleurs, plus que les gentils au fond, qui dessinent les traits caractéristiques et emblématiques d’un genre le post apo.

42Comme dans le premier volet des aventures de Mad Max, les méchants ont un look soigné qui frise parfois le ridicule, mais ont quelque chose de profondément déviant qui empêche quiconque de rire d’eux. Ils ont aussi des gueules. Ainsi, le chien de guerre aux épaules couvertes de plumes de corbeau ne s’exprimant quasiment qu’avec des cris d’animal sauvage a une gueule profondément antipathique qui devient assez effrayant quand il se met à beugler. C’est un prédateur, et le minet à la gueule d’ange avec un collier qu’il se trimbale ne fait qu’asseoir son pouvoir. Il est d’ailleurs à mettre en parallèle avec le méchant du premier qui avait lui aussi son minet, le junkie efféminé qui tue Goose, l’ami de Max. Quant au chef du gang, c’est une sorte de version viciée de Jason (le tueur de la saga Vendredi 13) qui n’a pratiquement plus de cheveux sur la gueule et masque un visage forcément détruit derrière un masque de hockey, abordant une tenue où pas grand chose est masqué par des lanières en cuir, masse de muscle imposante qui traite ses hommes comme des chiens.

L’empreinte de Mad Max 2 a imprimé fortement le cinéma de genre, ainsi Planet Terror évoque forcément par sa fin une certaine forme d’hommage au film, la mode s’est inspirée fortement des tenues très cuir et SM du gang, mais surtout c’est les méchants dans le manga Ken le Survivant qui sont très inspirés de Mad Max 2. Bien sûr, il y a aussi les parodies, ainsi dans South Park on retrouve plusieurs références au film devenu culte, et le film C’est la fin sorti en 2013 fait un énorme clin d’oeil à Mad Max 2.

mad-max-2-1981-10-gLe film est parcouru par la thématique de son héros solitaire qui bien malgré lui devient le héros de cette communauté qu’il ne veut pas aider au début. Embarqué dans cette aventure, il finit par y trouver son compte. Ainsi, il règle ses comptes avec ses démons, trouve en le petit garçon une figure du fils perdu dans le premier film, et dans la communauté l’image de la famille également perdue dans le premier film. Enfin, il trouve, grâce à ses actions, une meilleure image de lui-même. S’il n’a pu sauver sa famille, il est parvenu au moins à sauver cette communauté qui lui survivra.

madmax2Le message du film, au-delà de la quête du héros et de son désir inconscient de rédemption, est, bien sûr, une relecture de la société. Les images d’archives en noir et blanc mêlant les images du premier aux images de conflit nucléaire, de guerre civile, de délitement de la société sont tirées simplement d’archives et par conséquent font écho à une réalité. Le monde est sans cesse au bord de l’implosion, et au fond, il suffirait de peu pour que le monde aride de Mad Max ne devienne le nôtre également. Le simple fait que l’humanité se batte pour un peu de gazole pour faire tourner ses voitures infernales prouve à quel point l’homme se trompe, comme le dit le leader de la communauté de survivants, ce n’est pas en se battant qu’on devient humain. D’ailleurs, les méchants le prouvent bien, par leur attitude animale, ils ont perdu leur humanité. Max était sur le point de sombrer lui aussi, peu de chose le séparat d’eux d’ailleurs, n’était-il pas là pour l’essence après tout, mais il change d’avis et embrasse la bonne cause, retrouve l’humanité perdue.

Mad Max 2 n’est pas seulement un bon film, bien cadré, bien filmé, où les scènes d’actions sont à couper le souffle, et le héros tellement badass qu’il en devient immédiatement culte, où les méchants apportent carrément une source d’inspiration inépuisable pour les amateurs du genre, c’est aussi une saga qui apporte un message profond sans cesse en évolution, ainsi l’on ne retrouve pas le même message dans le premier que dans le deux, ni dans le quatrième d’ailleurs. Et c’est sans doute parce que George Miller a encore quelque chose à nous dire que la saga Mad Max n’est pas prête de s’essouffler.

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