[CHRONIQUE] Avengers, l’ère d’ultron de Joss Whedon, 2015.

urlfdsgsdvsSecond opus de la nouvelle saga de Marvel, Avengers, l’ère d’Ultron comme le premier a été écrit et réalisé par Joss Whedon (Buffy contre les Vampires, Beaucoup de Bruit pour Rien, Serenity) toujours sous la houlette de Marvel Studio et Walt Disney Studio. On y retrouve donc en toute logique Iron Man (Robert Downey Jr.), Captain America (Chris Evans), Thor (Chris Hemsworth), Hulk (Mark Ruffalo), Natasha Romanoff (Scarlett Johansson), Clint Barton (Jeremy Renner) et bien sûr Nick Fury (Samuel L. Jackson) qui fait une apparition plutôt tardive dans le film.

CQSCurlUn an après les évènements de Captain America : le soldat de l’Hiver où l’on a vu la destruction du SHIELD, Tony Stark cherche à créer une machine dotée d’une intelligence artificielle capable de protéger le monde de toute menace et contrôler les légions d’Iron Man. En utilisant le spectre de Loki, récupéré un peu plus tôt dans la scène d’intro, pour booster sa création, Strark voit celle-ci lui échapper. Ultron, nom du programme de paix, voit les choses en plus grand et décide que pour maintenir la paix il doit détruire l’humanité ou du moins la faire évoluer en créant une catastrophe digne de celle ayant provoqué l’extinction des dinosaures. Les Avengers sont donc contraint de se regrouper à nouveau pour faire face à cette nouvelle menace, d’autant plus inquiétante que l’I.A. contrôle également internet ainsi que toutes les informations s’y trouvant.

Film d’action, d’aventure, de super-héros, Avenger volume deux, n’échappe pas aux clichés du genre. Son scénario et sa narration sont basés sur une trame somme toute classique, un début d’action bourrin mettant tous les éléments en place, puis une phase de calme avant la tempête où chacun se prépare au combat et enfin l’affrontement final. Assez classique, parfois cliché, le film fonctionne néanmoins grâce au talent de Joss Whedon qui sait filmer l’action de manière dynamique, ici, c’est presque un ballet quand les ennemis s’affrontent, mais aussi créer des ruptures de ton, et accompagner le tout par un humour toujours présent en filigrane.

Cqc<cxwComme nous sommes à une époque où la thématique des films d’action (James Bond, Mission Impossible, Captain America, le soldat de l’hiver) où l’on remet en question l’autorité des héros, leur capacité à réagir dans le monde moderne alors que ce sont de vieux mastodonte n’ayant guère évolué ni su s’adapter, on retrouve cette thématique dans le film. Puisque dès le début, le méchant rend les Avengers obsolètes et inutiles en paralysant leur système de fonctionnement et en retournant les médias contre eux avec une facilité déconcertante. L’idée d’opposer les vieux rouillés ne comprenant plus leur époque et les jeunes, Ultron se considérant comme l’engeance d’Iron Man, et il se trouve des alliés dans deux jeunes humains génétiquement modifiés qui ayant grandit en Russie ont un tout autre point de vue sur les américains bourrins qui forment les Avengers. Cette opposition est intéressante d’autant qu’elle est sous-tendue par l’idée qu’en cherchant à faire le bien les Avengers font plus de mal qu’autre chose.

L’idée est bonne, mais elle est amenée d’une manière assez brouillonne pour ne pas dire bâclée. De nombreux axes du film comme le fait que Œil-de-faucon ai une famille et qu’il l’a caché à l’équipe, les sentiments naissant entre Hulk et Natasha, le fait que Hulk cherche à disparaître plutôt qu’à s’exposer comme Iron Man, ou encore la thématique des jumeaux et leur revandication, tout cela est exposé rapidement car on n’a pas le temps. Le film dure deux heures et cherche à parler de tous ses personnages en profondeur, d’une bonne douzaine de thématique trop complexe pour être évoqué en cinq minutes, le tout baignant dans une action qui se déplace à travers le monde, en bref, Avengers l’ère d’ultron cherche à en faire trop, et le fait trop rapidement. Résultat rien n’est réellement approfondi, tout est vite dit, vite fait.

Bien sûr, l’action fonctionne et n’est pas bâclée elle, mais tout ce qui oscille autour, les implications de chacun, les conséquences, les choix à faire, tout cela a au mieux une dizaine de minutes concentrées dans un beau speech. C’est dommage parce que du coup, on passe à côté de tout ce qui aurait pu donner de la profondeur au film. Et l’impression qui reste au spectateur est qu’on lui a donné un truc un peu indigeste dont il ne peut rien retenir. Le film aurait dû se concentrer sur une thématique centrale, comme le premier, et aller droit au but, ne pas chercher à traiter autant de sujets en si peu de temps.

csqcCurlMais le gros souci du film est Ultron. Certes, c’est un méchant comme on en rêve, implacable, moderne, intelligent, vivant avec son temps, confrontant les héros à leur monstruosité, à leurs échecs et à leur nature profondément destructrice, leur incapacité à être humain simplement, à vivre autrement qu’à travers la lutte acharnée mais tout ceci est amené vers la fin, où le film se stabilise et devient vraiment intéressant. L’ennui, c’est qu’au début, pendant quasi la première moitié du film, on doit se contenter d’un méchant pas crédible pour un sou. De sa création qui est assez trouble, on ne sait pas trop s’ils l’ont créé eux-mêmes ou récupéré depuis le spectre de Loki par exemple, quant à ses intentions mauvaises dès le début, elles n’ont pas de cohérence dans la manière où elles apparaissent ni dans leur traduction par son comportement. S’il juge l’humanité mauvaise pourquoi s’attaquer juste aux Avengers ? Pourquoi leur dévoiler ses intentions hostiles ? Certes, la manière dont il apparaît pour la première fois est badass, mais n’a aucune logique. Et surtout, dans la thématique de l’intelligence artificielle qui se retourne contre l’homme à l’instar d’un monstre de Frankenstein, ça manque terriblement de profondeur et de subtilité. Le sujet ayant été évoqué maintes fois de bien meilleure manière.

Sans évoquer les changements apportés aux comics, ainsi Ultron est devenu le produit d’une étrange manipulation du spectre de Loki, la Vision créer par quasi toute l’équipe des Avengers, mais le plus gros morceau demeure les jumeaux en qui les lecteurs de X men reconnaîtront Pietro et Wanda Maximoff, aka Vif d’argent et la Sorcière rouge, à l’origine les enfants de Magneto qui ici sont des victimes de la guerre acceptant d’être génétiquement modifié. Cette réécriture d’autant plus surprenante que Vif d’Argent apparaissait dans le dernier X Men sous les traits d’un autre acteur qu’elle est due au fait que les X Men appartiennent à la Fox alors que les Avengers à Marvel Studio. Dès lors, on peut s’interroger sur la suite puisque la prochaine saga devant être adaptée est Civil War qui dans les comics est intimement lié aux mutants puisque ce sont eux qui provoquent la nouvelle loi du renseignement des identités secrètes.

Ajoutez à cela le sentiment d’une réelle inutilité du personnage de Œil-de-faucon en dépit de tous les efforts scénaristiques pour lui donner une réelle importance. L’idée de lui donner une famille n’était pas mauvaise, mais on finit avec un beau cliché typique des américains qui nous donne presque la nausée. En revanche faire de lui un espèce de docteur Watson qui relate les évènements comme un témoin, un narrateur, et qui a du même coup une intelligence pratique (c’est le seul à ne pas se faire avoir par la sorcière rouge) mais aussi une sorte de recul que n’ont pas les autres, faisant de lui le ciment de l’équipe. Chose qu’on retrouve dans sa confrontation aux jumeaux, c’est lui qui prend le temps de leur démontrer l’utilité de leur combat quand les autres sont déjà dans le feu de l’action.

Reste quelques éléments intéressants, comme cette idée d’un freak show. Chacun des Avengers ou presque, est un monstre, décalé vis-à-vis de son époque, vis-à-vis de la société, de l’humanité normale. Leur force surhumaine, leur froideur face au combat, leur vélocité fait d’eux des guerriers qui sont par conséquent inadapté face à la vie normale. Certains cherchent malgré tout à y disparaître, comme Œil-de-faucon qui cache sa vie de famille comme si c’était une double vie qu’il menait, ou Hulk qui ne cherche qu’à disparaître de la surface de la terre incapable de supporter le regard que le monde lui porte. D’autres assument leur nature et les échecs qui en découlent, comme Tony Stark qui accepte son rôle de scientifique fou, ou Captain America qui ne cherche plus à mener une vie normale.

uxcsqcvrlEnfin il y a la Vision, création étonnante d’Ultron, de Iron Man et de Thor, cette créature inhumaine composée de tissus humain et d’une pierre psychique contenant une force phénoménale, sorte de demi-dieu, qui évoque immédiatement le Docteur Manhattan dans les Watchmen, et par conséquent son affrontement avec Ultron nous renvoie à la confrontation entre le Docteur Manhattan et Ozzymandia. Ce nouveau personnage est quasi minéral, d’un être cosmique, détaché de l’humanité mais capable de la comprendre, de l’observer avec sagesse qui en fait un personnage emblématique et intéressant. (Et qui d’ailleurs est infiniment mieux amené qu’Ultron).

Reste qu’en dépit de toutes ses erreurs et défauts, Avengers l’ère d’ultron fait le job et le fait bien. L’action est fluide, les scènes de combats sont aériennes, tel un ballet, excepté quelques plan shaky cam qui sont sans doute dû à une volonté de masquer quelques effets ratés. Les thématiques des Avengers qu’on avait effleurées dans le premier sont approfondies ici. Les nouveaux personnages s’insèrent plutôt bien. Enfin les dialogues sont efficaces et redoutables même si, nous n’avons pas de réplique aussi culte que dans le premier. Plus brouillon que le premier, moins efficace dans ce sens, Avengers reste quand même un divertissement de qualité.

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