[CRITIQUE] Horsehead de Romain Basset, 2015

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Jessica revient dans la maison familiale qu’elle a fui des années auparavant à l’occasion de l’enterrement de sa grand-mère. De lourds secrets cachés dans la famille sont sur le point d’être révélés par la fièvre qui atteint Jessica.

FIEVRE du premier nom de HORSEHEAD est la première production du site « Oh my gore ! » . Véritable chemin de croix, la production de HORSEHEAD a été difficile en passant par du crowfunding puis un tournage menaçant de s’écrouler. Finalement, le film sera sauvé littéralement par la jeune boîte de production Starfix qui reprend l’auguste nom du cultisme magazine de cinéma de genre. Ce n’est pas le premier ni le dernier film de genre français connaissant de grosses difficultés de production jusqu’à une sortie ciné souvent occultée. Au final, HORSEHEAD s’en sort bien avec une petite sortie dans quelques salles dont Publicis à Paris.

Petit budget c’est donc un film fait de bricole compensant le manque d’argent par uhor03__largene volonté d’un visuel fort. Ce qui tombe bien, car Romain Basset, le réalisateur ayant fait ses preuves dans THEATRE BIZARRE, est justement spécialiste des effets visuels et dans l’expérimentation aussi bien dans les effets spéciaux que lumineux. HORSEHEAD s’inscrit donc dans la lignée de productions de tous ces films d’horreurs estampillés « petits budgets » : EVIL DEAD, LA NUIT DES MORTS VIVANTS.

Le film se déclame plus, de par son ambiance, dans l’héritage des contes gothique et surtout des films fantastiques italiens entre SUSPIRIA de Dario Argento et la Tétralogie de l’horreur de Lucio Fulci. Italien dans ses couleurs aussi, puisque le rouge est très présent, flamboyante couleur dans les rêves qui fait fonction de fil rouge, parfois rejoint par un bleu et des plans sous l’eau rappelant pas mal INFERNO.

Horsehead-1Une inspiration qui se perçoit également dans le choix de casting puisqu’on y voit une Catriona MacColl toujours aussi charismatique que lorsqu’elle était l’égérie de Lucio Fulci. On retrouve aussi Vernon Dobtcheff (LE NOM DE LA ROSE, INDINA JONES ET LA DERNIER CROISADE) qui impose autant sa gueule que son charisme, une voix traînante envoûtante, mais aussi Philippe Nahon, égérie de Gaspard Noé (SEUL CONTRE TOUS, LE PACTE DES LOUPS, LA HAINE), tenant le rôle relativement mineur du prêtre. Un casting à la hauteur d’un projet se voulant ambitieux.

Tourné à Argenton-sur-Creuse, dans un petit village au centre de la France ne manquant ni de caractère ni d’ambiance « gothique à la française », Horsehead accorde beaucoup d’importance à ses décors. Ainsi les lieux principaux, puisqu’il s’agit d’un huis clos, est une impressionnante baraque possédant une architecture presque médiévale. L’aspect médiéval justement présent dans le film est souligné à la fois par la tenue de l’héroïne dans ses rêves que par la présence d’un croquemitaine à tête de cheval nommé le Cardinal. Le tout mène forcément à penser, quand on voit l’héroïne vêtue d’une cape rouge accompagnée d’un loup blanc, à LA COMPAGNIE DES LOUPS de Neil Jordan.

fievre_2Pour autant, la toute première inspiration est davantage picturale. En effet, le premier rêve que fait l’héroïne n’est ni plus ni moins qu’une reprise du tableau Le Cauchemar de Johann Heinrich Füssli. L’homme à la tête de cheval, Horsehead, qui donne son nom au film, vient tout simplement de là. Sa présence est d’ailleurs expliquée par la voix d’un professeur n’apparaissant qu’en voix off, à priori mentor et amant de l’héroïne même si cela reste purement suggéré. En effet, présence récurrente des cauchemars, le « cheval » est un symbole ne demandant qu’à être élucidé. La jeune femme pour dompter et comprendre ses cauchemars doit faire du rêve « lucide », c’est-à-dire être capable d’agir, d’aller où elle le souhaite, comme Nancy face à Freddy Kruger excepté que ce qu’elle combat, c’est de vieux et noirs secrets familiaux qu’elle perçoit de manière enfantine.

En somme, Horsehead est un film bourré de bonnes idées et de bonnes intentions qui souffre d’une mise en scène timide. Éclairé de manière uniforme ou presque dans certaines séquences (où l’on sent les efforts fait en post-production pour rattraper la chose), certains plans sont malheureusement surexposer ce qui a pour conséquence de donner à l’image un aspect vidéo. L’ennui de cette luminosité trop forte (due à une peur de ne pas assurer le coup) est qu’elle révèle pas mal de trucages comme la bâche noire dans la piscine ou encore les détails du masque de la tête de cheval.

320205_387768031294479_2116408963_nCette timidité dans la mise en scène pose un autre souci plus majeur encore, en ne prenant aucun risque le film en devient plat. Les séquences oniriques n’ont pas grand chose d’onirique dans leur réalisation. Aucune volonté de perdre le spectateur, de déconstruire la spatialisation ou de créer une impression d’absurdité. A partir de là, les séquences oniriques apparaissent donc au début comme clipesque, et trop rapide pour être lisible et à la fin, trop explicites pour avoir encore quelque chose appartenant au rêve. Si bien que tout le système même du film, puisque on passe 80% du temps dans les rêves de l’héroïne caduque, pas réalistes pour le spectateur qui fatale finira par décrocher.

3-Fievre-1024x640Plus ennuyeux encore, le script est plutôt mauvais. Manquant de subtilité et surtout d’aspect féminin, le script est trop linéaire. Outre l’accumulation d’incohérences et de séquences limites absurdes, le scénario semble ne pas parvenir à gérer le temps. Sans nul doute est-ce l’aspect « premier film » qui joue, mais le réalisateur donne tout son jeu dès le début, et à mi chemin s’assure que le spectateur a tout compris, se répétant et surtout neutralisant tout l’aspect dramatique du film. Le plus tragique est la simplicité presque naïve d’un script qui jamais ne prend le temps d’approfondir ses personnages donnant par conséquent au film un aspect cliché.

Dans l’ensemble, le défaut du film est d’avoir trop compensé par l’image, très belle certes, mais qui ne remplace ni l’absence d’un bon scénario ni d’une mise en scène adaptée, sensible et plus féminine. Dommage, car le film était plein d’ambition et de bonne volonté. Horsehead aura au moins le mérite de faire remarquer un jeune réalisateur avec un véritable univers, des références précieuses, un crack de la débrouillardise qui parvient à s’en tirer avec une bâche dans une piscine. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire.

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