[CRITIQUE] Byzantium de Neil Jordan, 2014.

saoirse-ronan-byzantiumNeil Jordan qui avait signé quelques années (décennies) plus tôt des chefs d’œuvres comme La compagnie des loups qui s’inspirait librement du petit chaperon rouge, de la Belle et la bête mais aussi de Barbe bleu racontant une histoire d’hommes loups ou bien Entretien avec un vampire l’adaptation du roman éponyme de Anne Rice racontant l’histoire d’un vampire mélancolique livrant son histoire et son passé à un journaliste en quête d’histoire à raconter à la radio donne un nouveau grand film au fantastique, un chef d’œuvre signé Byzantium, un nom qui sonne définitivement très bien.

Poster_for_the_film_"Byzantium"Dans ce nouveau récit fantastique, Neil reprend formellement ses habitudes. Emêlé le rêve et la réalité, le fantasme toujours présent en filagramme, la sensualité croisant souvent la bestialité, l’animalité des héros confronté à leur âme immortelle mouillée des larmes d’un passé qu’on ne pourra jamais retrouver. Comme dans Entretient avec un vampire on a une histoire dans le présent qui est parsemée de souvenir, de flashback sauf qu’ici contrairement au récit de Brad Pitt dans le rôle de Louis de La Pointe du Lac, le récit du présent de ces deux vampiresses vivants ensembles et tentant de survivre dans une société essentiellement machiste est plus important que les flashback qui ne sont là que pour expliquer mais aussi donner une dimension plus importante au récit, lui donner toute sa profondeur.

Byzantium-Gemma-Arterton-Saoirse-RonanByzantium est un vrai film de vampires comme l’on en croisait auparavant, à des années lumières d’un Twilight. Au contraire, il a le parfum d’amertume qu’on avait dans Les Prédateurs où Catherine Deneuve délaissait David Bowie pour Suzanne Sarandon. Il y a ce même esprit un peu rebelle où l’esprit rock n’roll presque metalleux de l’époque croisait la grâce et la beauté du passé incarné par Catherine Deneuve délicieuse en vampire infernale, véritable beauté fatale refusant de vieillir ou de mourir. Il y a sans doute un peu de l’esprit paumé des films de vampires des années 90. Ce côté sauvage qu’on trouvait dans Aux frontières de l’aube est très présent même si la comparaison s’arrête là.

byzantium4Les vampires de Byzantium ne sont ni plus ni moins que des marginaux essayant de survivre dans une société où ils ne peuvent s’intégrer, ici il y a la société humaine qui menace de les rejeter à chaque instant. Non seulement être de la nuit, créature immortelles qui doivent par définition se cacher, elles sont de plus des femmes. Pour survivre, elles doivent se battre bien plus que les hommes. Le rapport entre le monde moderne où la seule place qu’elles peuvent trouver est celle de prédatrice sexuelle, de tenancière d’un bordel, d’espèce de succube et le monde passé où le statut de la femme était forcément lié à celui de victime pousse le film dans un rapport machiste/féministe faisant de Byzantium bien plus qu’un simple film de vampire renouant avec la gloire passée du genre.

galerie2Car la société vampirique à laquelle elles ne peuvent appartenir, masculine, féodale, interdisant la création aux femmes, au cas où le message vous échapperait. Les hommes vampires sont manipulateurs, sont puissants, mais ne partagent pas leur pouvoir avec les femmes, ils interdisent ainsi aux femmes cela et pourchassent les deux créatures ayant réussit à les berner à leur voler l’éternité. A côté de cela, les hommes humains sont des proies entre les mains de ces deux enfants de la nuit, que ce soit aux mains de la femme fatale ou de l’enfant plus chétive, ils sont des jouets pour elles mais elles peuvent néanmoins s’éprendre d’eux car contrairement aux vampires masculins membre de la société féodale, elles sont libre d’aimer.

byzantium07Il y a quelque chose de fabuleux dans le fait d’être vampire pour l’une, quelque chose de libérateur, de féroce, d’animal, et de sauvage. En tout cas c’est ce qu’incarne Gemma Arterton en incarnant la vampire la plus âgée, celle qui a volé l’éternité, celle qui tue sans pitié les vampires masculins les pourchassant, figure même de la féminité et de cette sauvagerie. Elle incarne une espèce d’amazone moderne, une figure de Diane, la déesse greco-romaine. Pour l’autre vampire, la douce Saoirse Ronan, l’immortalité est une fatalité, une malédiction, et de fait, Neil Jordan grand habitué du genre, il nous avait déjà fait le coup avec Entretien avec un vampire, montre cette fois-ci deux visions s’opposant.

Byzantium1_2576747bCelle du vampire synonyme de liberté et cependant condamné à vivre en marge de la société, banni, exclu, poursuivit et pourchassé, ce qui en somme a été le destin de nombreux libre penseur dans l’histoire, et finalement est le symbole même du vampirisme. L’on pense forcément au mythe de Don Juan (dont ici les codes seraient inversés) mais surtout à la vie libertine d’un Sade ou d’un Casanova. Le fait de donner ce rôle à une femme lui donne encore plus de force puisqu’on imagine volontiers la censure plus dure encore avec les femmes. Et puis il y a la vision purement romantique du vampire, de la Morte amoureuse en passant par Carmilla dont la référence est pleinement faite, à Entretien avec un vampire justement, même Morse s’inscrit dans cette lignée du vampire nostalgique, de l’idée de condamnation, de punition, le postulat que l’immortalité est insupportable, et plus encore la solitude qu’elle impose. Qualifié de mal du siècle dans Entretien avec un vampire, c’est la dépression qu’elle engendre qu’on lui reproche.

Mais Byzantium ne s’achève pas sur cette note d’amertume, il condamne la société machiste et moralisatrice, et célèbre la liberté. Un vrai film de vampire qui se paie de surcroit le luxe d’être féministe, une vraie perle, malheureusement un cinéma rare de nos jours.

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