[CRITIQUE] Mysterious skin de Greg Araki, 2004.

mysterious-skin-2004-02-gDans une petite ville paumée du Kansas, vit Neil un adolescent homosexuel menant une vie débridée et abordant une attitude provocatrice qui le rend aussi attirant que blessant pour ceux tombant tous sous son charme. Le souvenir de l’été de ses 8 ans le hante encore aujourd’hui, c’est le moment où son entraineur l’a abusé sexuellement. Marqué par cet événement, il se prostitue à partir de ses 15ans, vivant dans le souvenir de cet été et persuadé que l’entraîneur l’aimait. Parallèlement, Brian a perdu cinq heure de sa vie ce même été. Convaincu d’avoir été enlevé par des extraterrestres, il passe son temps à regarder des émissions sur le sujet délaissant toute idée de vie sociale normale. Avec l’aide d’une jeune femme qui croit elle aussi avoir été enlevée par des extraterrestre il se met à enquêter sur ce qu’il lui ai arrivé l’été de ses huit ans.

 Image-0009_0Mysterious Skins fait parti de ces films indépendants américain évoquant la jeunesse, sa sexualité débridée, ses troubles, ses névroses, ses conflits, ses paradoxes et ses désirs cachés. Parmi les plus marquants de ces films, entrant dans le panthéons des meilleurs films sur l’adolescence, il s’en démarque cependant par une atmosphère mélancolique et évanescente tout en abordant un sujet profond et délicat d’une manière originale qui rend le film particulièrement fort.

 Servi par une musique absolument géniale qui donne au film toute sa puissance atmosphérique et mélancolique. Greg Araki a de plus la géniale idée d’imposer des images graphiques très fortes liées à ce souvenir de ce fameux été. Mêlant une imagerie coloré ingénueuse et impressionnante à une musique évanescente il donne à son film une atmosphère particulière. A la fois triste, nostalgique, pleine de pathos, d’émotion et de sensibilité, elle plonge le spectateur s’y laissant prendre dans un état mental assez particulier. C’est cette atmosphère éthérée et l’ambiance de mystère entourant tous les flashback qui donne toute sa profondeur au film.

 004391Evidemment il y a aussi l’histoire. Au delà du tableau d’une jeunesse trash et électrique, du parallèle entre cette jeunesse marginale baignant dans la culture gay, il y a le jeune homme vivant en décalage total, espèce de stéréotype du redneck habitant avec sa mère et croyant réellement à l’existence des extraterrestres tout en ne possédant aucune vie sociale.  Au delà de tout cela, il y a le vrai sujet. Caché dans les souvenir de cet été que partage les deux héros de l’histoire. Sans tout vous dévoiler, le film parle entre autres choses de pédophilie même si c’est plus complexe que ça.

Le sujet est, si on y réfléchi bien, tabou et très peu abordé dans le cinéma. Aussi il est étonnant de voir la profondeur du film. En choisissant de narrer l’histoire de ces deux garçons liés par ce fameux été, Greg Araki étale son sujet choisissant de retarder l’instant de la révélation tout en s’appliquant à faire connaître au spectateur une lente compréhension qui rend la chose plus marquante et plus impressionnante puisque le spectateur comprend au fur et à mesure que les héros se rémorrent ce qu’il s’est passé. Ainsi pendant une séquence particulièrement dure on comprend que le père de Brian savait ou du moins se doutait fortement de ce qu’il a pu se passer mais n’en a rien dit préférant abandonner son fils et sa famille plutôt que de se confronter à la réalité.

mysterious-skin-gregg-arakiLes deux points de vues sont d’autant plus intéressant qu’il y a d’un côté le gamin détruit par ce qu’il lui est arrivé, traumatisé à jamais, marqué au fer rouge, sa psyché en a été instantanément détruite, et puis il y a l’autre, le fantassin au coeur froid, celui qui a vu cela comme une histoire d’amour, transformé l’histoire sordide en souvenir amoureux confus et étrange, qui ne réalise pas à quel point cet évènement a fait de lui quelqu’un de froid, d’égoïste et de dangereux surtout pour lui-même. Inévitablement on sent qu’il faut que les deux se rejoignent, se retrouvent pour que le tableau soit complet et la cicatrisation si elle est possible envisageable cependant le réalisateur retarde le moment nous laissant douter qu’il arrive un jour.

Toute la beauté du film réside dans la mise en scène, le choix d’aborder les souvenirs morcelés de l’évènement traumatique en des images graphiques accompagnées d’une musique aussi éthérée que mélancolique qui marque instantanément l’œil et l’oreille du spectateur. Un choix qui forcément donne de la puissance au film. Impressionnant, émotif, sensoriel, mélancolique, Mysterious Skin mérite sa réputation amplement. Chef d’oeuvre à sa manière.

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