[CRITIQUE] La maison du diable de Robert Wise, 1963.

thehaunting2La maison du Diable de Robert Wise est LE film de fantôme gothique par excellence. Tout y est, la grande et imposante demeure aux pièces aussi différentes que richement décorées (spéciale mention aux sculptures toutes plus impressionnantes qu’étranges et déviantes), l’équipe de chasseur de fantôme plus névrosés les uns que les autres allant du septique à la dévergondé en passant par la jeune naïve (ressemblant terriblement à Carrie pour le coup), jusqu’aux séquence de frayeur où toute la maison semble devenir vivante. Il n’y a cependant pas de brouillard ni de séquence dans un cimetière, on échappe donc aux gros stéréotypes du genre malgré tout.

maison_du_diable2Le film fait parfaitement le job. L’ambiance de mystère est tout particulièrement due à la maison où un énorme travail de décoration a été effectué. Des couloirs sombres encombrés d’une décoration surchargée évoquant la mythologie aux pièces chargées de tissus, tentures, sculptures très présentes dont certaines plutôt de mauvaises augures puisque la sculpture de la femme au visage voilé est une sculpture servant avant tout aux rites funéraires qui représente les pleureuses, une femme en deuil donc, sans parlé du jardin d’hiver, cette serre où ils découvrent une immense sculpture évoquant à la fois une scène de la bible et en même temps une image des fantômes du lieu mais pouvant être aussi les personnages confronté à cette étrangeté plutôt lugubre qui occupe un rôle prépondérant.

the-haunting-19631Ajouté à l’atmosphère des lieux, il y a l’histoire raconté au tout début du film, celle des précédents occupants qui ont tous connus une fin tragiques, des épouses mourant très rapidement au père absent qui mourra noyé ailleurs, cette figure du père absent n’est d’ailleurs pas sans évoqué le film Les Innocents où les enfants sont au centre du maléfice. Il en est de même ici puisque l’enfant est la seule à survivre, cependant elle grandit et vieilli dans la nursery ce qui démontre une très mauvaise santé mentale pour ce personnage qui meurt délaissée par son aide soignante qui hérite des lieux mais en subira la malédiction des années plus tard.

The-Haunting-006Racontée en voix off, ce procédé pas très cinématographique apporte néanmoins une touche en donnant une atmosphère spéciale puisque tout le film est guidé par la voix off qui traduit les pensées de l’héroïne. Véritable énigme, l’innocente et naïve Neil qui a passé toute sa vie ou presque à s’occuper de sa mère malade évoque des années auparavant le personnage de Carrie, il a plu sur sa maison des pierres pendant trois jours pendant qu’elle était gamine, et elle est tout aussi névrosée et persécutée que l’est Carrie, comme elle son destin est tragique et pathétique. L’héroïne est tout autant touchante, jeune femme ne connaissant rien au monde, effrayée dans cette grande maison, subissant le joug d’une mère possessive dont le fantôme la hante encore, qu’elle est effrayante, basculant peu à peu sous l’influence des fantômes, elle devient de plus en plus flippante à mesure qu’elle semble entretenir une relation étrange avec la maison qu’elle dit être vivante, tout en portant au docteur menant l’expérience un amour non partagé qui la rend folle furieuse quand elle est rejetée.

la-maison-du-diableSubissant au fond le même sort que l’aide soignante, Neil est un personnage de tragédie qui se sait condamnée dès le départ et ne cherche qu’au fond qu’à rendre son existence aussi romantique que possible. Elle voit dans cette expérience un moyen de se délivrer de sa vie pesante, morose et dénué d’intérêt. L’amour qu’elle nourrit pour le docteur est à sens unique, elle en a conscience dès le départ mais excessivement naïve elle se cache la vérité. Angoissée, elle se sent persécutée par la maison mais n’ayant jamais ressenti un quelconque amour ou attachement de la part de son entourage, elle voit en cette persécution le destin romantique qu’elle espère tant. Sa frustration quand la femme du docteur disparaît est manifeste. Elle a prit ma place répète-t-elle cédant alors complètement à la folie. Persuadé d’avoir tué sa mère, sans doute cherche-t-elle à se punir, mais il est évident qu’elle veut avoir un destin semblable à l’héroïne des Hauts de Hurlevent.

tumblr_m8ojhsdnnz1rdob59o4_500L’aspect romantique du film est manifeste et évident, en revanche l’aspect terrifiant n’est pas vraiment au rendez-vous. Il est vrai que le film en a inspiré beaucoup d’autre et que par conséquent il n’est plus très efficace, cependant d’autres modèles d’un genre ont su tiré leur épingle du jeu, Vaudou de Jacques Tourneur est toujours aussi efficace, adoptant lui aussi une histoire romantique tout en inspirant une terreur effective, idem pour Rebecca de Alfred Hitchcock qui est avant tout une œuvre gothique par excellence mais dont le fantastique sous jaçant avant tout par la présence fantômatique de la gouvernante est manifeste. Malheureusement La maison du diable cède à la facilité. Trop découpées les séquences de terreur utilisent davantage les gros plans, les courtes focales et le son pour faire naître la peur traduisant une certaine pauvreté qu’on reproche aux films actuels. L’un des rares moments réussit est quand la porte se met à gonfler, un effet visuel d’autant plus réussit qu’on a vraiment l’impression que la porte est vivante. En dehors de cet effet là, les quelques coups frappés et les chuchotements ne parviennent pas vraiment à nous effrayer.

Classique dans le genre, il est réussit sur certains point, l’ambiance, la baraque, le personnage atypique et tragique de l’héroïne, l’aspect gothique et romantique hérité de la littérature de la fin du 19e, mais pour la terreur on repassera, la Maison des damnés y parvient infiniment mieux. Cela ne retire pour autant pas le mérite du film. S’il est considéré comme un chef d’œuvre à voir au moins pour sa culture générale ce n’est pas pour rien.

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