[GERARDMER 2015] Jamie Marks is dead de Carter Smith.

Jamie_MarjhiulksAdam est un adolescent tout ce qu’il y a de plus normal dans cette petite ville pauvre américaine. Sportif émérite, fils cadet brutalisé par son grand frère, survivant dans une famille où le père s’est fait la malle depuis longtemps, il vit sa vie en observant les autres d’un regard lointain jusqu’à ce que le fantôme d’un de ses camarades de classe passé de victime des boulies de l’école à victime d’un meurtre ne vienne le hanter et le confronte à ses peurs, à sa culpabilité d’avoir été comme tous les autres à fermer les yeux mais aussi à son manque d’implication dans la vie en général.

513513.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxSecond long métrage pour Carter Smith qui avait auparavant travaillé sur LES RUINES, JAMIE MARKS IS DEAD a fait à son tour parlé de lui en passant sur différents festivals. Avec une atmosphère sombre, une intrigue adolescente par essence qui fait autant penser à DONNIE DARKO qu’à un mélange de Tim Burton période EDWARD AUX MAINS D’ARGENT et d’une atmosphère mélancolique comme celle de LA DAME EN NOIR. Effleurant le fantastique tout en cherchant à donner une sensation de réalisme, JAMIE MARKS IS DEAD ne fait pas comme tout le monde.

Bien des films ont évoqués les émules adolescentes, la gestion du deuil ou encore la recherche sexuelle, mais aucun n’avait encore évoqué ces trois là avec autant de talent, de morbide et de poésie macabre. C’est comme si Tim Burton s’était décidé à s’intéresser aux adolescents. Car dans JAMIE MARKS IS DEAD les morts semblent avoir presque plus de vie que les vivants. Bien évidemment la morale du film repose sur tous les choix de l’adolescence, le choix entre être gay ou hétéro, le choix entre la vie ou la mort, le choix d’être bon ou mauvais, de surmonter les tragédies ou de les subir. Tout ce qu’affronte Adam est au fond tout ce que n’importe quel jeune adulte doit se confronter. C’est un passage, une épreuve, assez semblable à ces épreuves que doivent passer les jeunes gens souhaitant appartenir à un clan ou à une fraternité.

1-Jamie-Marks-is-DeadL’aspect morbide du film lui donne une poésie et une force, mais c’est aussi une vision viciée de l’adolescence. Ici le héros préfère les morts aux vivants, ayant le choix entre une jeune fille amoureuse de lui et un fantôme errant sans but exigeant des mots comme un drogué exige sa dose, il choisi ce dernier. Attiré par les morts, il va jusqu’à ce confronté à un fantôme rageux et dangereux incarné par une jeune fille qui ressemble fort aux fantômes et aux histoires qui galvanisent le cinéma américain d’horreur. Le héros est semblable à Dante parcourant l’enfer, il doit en passer par là, être face au tunnel, distinguer toutes ces âmes abimées et esseulées pour saisir l’importance de la vie, pour comprendre qu’il doit vivre.

Il y a aussi cette notion de culpabilité assez bien incarnée. Car Jamie Marks, le jeune homme ressemblant un peu trop à Harry Potter était la victime de tout le lycée désignée avant d’être retrouvé mort sur une plage. Le film confronte d’ailleurs plusieurs réactions, celle d’une jeune fille qui veut qu’on en parle mais n’ose elle-même en dire un mot, celle de Gracie qui retrouve le corps et décide de masquer le fait qu’il se soit suicidé afin de punir ceux l’ayant maltraité et indirectement poussé au suicide, enfin la réaction du héros qui n’ayant réagit quand il en était encore temps décide alors de l’aider quand il commence à le voir.

Jamie_Marks_5Et puis au-delà du récit adolescent nostalgique, morbide et lorgnant sur le côté cinéma indépendant américain, il y a aussi le récit fantastique initiatique où le héros alors type lambda étant confronté aux mystères et au surnaturel passe les rites initiatique qui font de lui un héros dans le véritable sens du terme. Les deux se mêlent d’ailleurs admirablement bien et font un sans faute qui rend le film plus complexe à comprendre mais plus profond aussi. Car il y a dans le film un aspect surnaturel très présent puisque le héros est capable non seulement de voir mais aussi de toucher les morts. Ces derniers oscillent entre l’aspect de fantôme jusqu’à la hantise et celui de zombie puisqu’ils sont dénués pour certain de vie mais qu’ils peuvent toucher les vivants, du moins ceux qui les voient.

Les morts ici semblent errer sans but, il y a ceux qui sont coincés dans une boucle comme Frances qui n’arrive pas à faire autre chose que tuer ses parents chaque matin, ceux qui restent ici, tournant autour des vivants comme Jamie et ceux qui vont dans le tunnel. Il y a des règles, au fil du film nous les découvrons. Les morts semblent rattachés à quelque chose, Frances l’est à sa maison qui une fois détruite la pousse à entrer dans le tunnel. Et ces règles, Jamie semble les repousser afin de rester auprès de Adam qui lui offre un peu de vie en donnant des mots qui le définissent, Meurtre, Tristesse puis à la fin amour.

Jamiemarrrks2Autant JAMIE MARKS IS DEAD parle de culpabilité autant il parle de pardon, d’humilité, et d’amour. C’est la dernière leçon qu’il nous donne et que son héros embrasse. Le pardon est ce que lui offre Jamie alors qu’il lui offre l’amour qu’il n’avait jamais ressenti, la vie qu’il choisi, lui ouvre les yeux. Adam comprend alors ce qu’il a, au lieu de pleurer ce qu’il a perdu, une leçon que sa mère qui a perdu ses jambes suite à un accident de voiture comprend plus vite que lui.

 Récit onirique et poétique tissé dans une Amérique pauvre, JAMIE MARKS IS DEAD trace son chemin dans la lignée d’un IT FOLLOWS en choisissant d’apporter un point de vue différent tout en démontrant un héritage, pour celui-ci c’est l’héritage de MYSTERIOUS SKIN, TWIN PEAKS ou DONNIE DARKO, mais avec un univers propre à lui. Peut-être est-ce le film adolescent bizarre et macabre de cette génération.

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