[Critique] Exodus: Gods and Kings de Ridley Scott, 2014

Exodus-film-poster_3121946bLa Bible est un sujet qui visiblement titille pas mal de cinéastes américains — entre ceux qui ont voulu traiter la vie et surtout la mort de Jésus, La dernière tentation du Christ pour Scorsese ou La passion du Christ pour Mel Gibson, d’autres sont en revanche attiré par l’ancien testament sans doute pour l’aspect épique et conte un peu trash qu’il transmet. Les films de ce genre là sont souvent casse gueule. Entre le scandale vous pendant au bout du nez, chose que n’a d’ailleurs pas (su ou voulu) éviter Exodus : Gods and Kings et du fait le fait que l’histoire a déjà été dite et redite à de si nombreuses reprises que vous avez de la chance si vous parvenez à tirer votre épingle du jeu.

exodus-gods-and-kings-DF-09290_9286_COMP_rgbLe scandale a avant tout provoqué par les propos de l’acteur principal. Christian Bale était déjà connu pour ses colères épiques sur les plateaux, pour ses pertes de poids assez phénoménales, et sa réputation de fou furieux, maintenant on constate qu’il est également un peu maso et suicidaire sur les bords. D’accord, si on réfléchi, ça semble logique quand on connaît le bonhomme. Il s’est toujours taillé cette réputation d’un espèce de dingue limite psychotique qui s’imprègne tellement de ses rôles qu’on le croit schizophrène ou sociopathe au bout du compte. Mais balancer ce genre de chose à propos d’un film sur la Bible — entre autres il a dit qu’il voyait son personnage comme un schizophrène et un barbare — , à une époque où il ne faut surtout pas rigoler avec les religions, y’en a qui sont morts pour moins que ça, c’était sans doute pas la meilleure stratégie pour vendre le truc.

Oserais-je dire que son allusion à « Le combattant de la liberté d’un homme sera le terroriste d’un autre. » n’est pas totalement fausse quand on y réfléchi bien en regardant Exodus du moins… Mais on comprend que cela puisse choquer et provoquer l’interdiction du film dans plusieurs pays, même si, le traitement de la Bible est aussi en cause du scandale et de l’interdiction.

josue-aaron-paulAjoutez au scandale l’autre difficulté à savoir rajeunir un mythe vieux comme le monde. Choisissant d’aborder le sujet d’une manière réaliste, la grande mode du moment, chose qu’il avait déjà tenté de faire avec Kingdom of Heaven qui était un échec dans le sens où il a juste placé un personnage moderne dans une histoire supposément historique et du coup tombant dans de nombreux clichés classiques du cinéma hollywoodien, idem avec Gladiator qui n’était pas réaliste pour un sou, quand à Robin des Bois je ne l’ai pas vu, mais c’était un peu le même esprit j’ai l’impression. Le truc étant que depuis que Nolan à débarquer dans le paysage c’est devenu le truc de Hollywood de reprendre un mythe tirant sur le fantastique pour en faire quelque chose d’hyper réaliste en dépit de tous les problèmes que ça pose. Si ça passait avec Batman Begins, en revanche dans le troisième le concept commençait à sérieusement tirer la gueule. Sauf que cette mode du réalisme provoque forcément de gros soucis quand on essaie de faire passer les miracles de dieu pour des catastrophes naturelles…

Bin oui, non seulement vous enlevez tout l’aspect épique de la chose, la mer rouge s’écartant pendant la nuit ni vu ni connu ressemble à un foutu lac artificiel qu’on vide alors que lorsqu’elle se referme, elle adopte l’image qu’on connaît tous. Idem pour le Nil devant un fleuve de sang, l’histoire des crocodiles devenant fous n’a ni queue ni tête et ne justifie pas grand chose d’ailleurs. Forcément, quand on essaie de plaire à tout le monde, on se prend les pieds dans le tapis. Malgré ses bonnes intentions, Ridley Scott n’est parvenu finalement qu’à décevoir tout le monde. Pas réaliste encore moins crédible, il est de plus pas du tout fidèle à la Bible. S’il avait voulu livrer une version vraiment réaliste fallait choisir le dernier testament, ça aurait été un tantinet plus facile… quoi que.

exodus-gods-kings-castVous allez vous dire que je l’ai trouvé pourris à la moelle. Bin pas tant que ça. Déjà, s’il ne parvient à choisir son camp, il demeure relativement crédible. La relation entre Moïse et le Pharaon est plutôt bien traduite, Moïse ne devient pas un saint en un claquement de doigt, d’ailleurs ce n’est qu’à la fin qu’il s’assagit un peu. Bon on reste dans le héros penchant du côté moderne, éternel défaut, mais cette fois-ci on a évité pas mal de cliché. Y’a encore des incohérences par ci par là. Sa relation avec sa femme, on doute qu’à l’époque un homme demande l’avis à sa femme avant de faire quoi que ce soit, encore moins qu’il la traite comme son égal. Faire de Moïse un non croyant est osé mais peu crédible surtout à cette époque. Les athées ça devait être sacrément rare et je pense pas que s’ils disaient ne croire en rien tout haut et puissent s’en sortir sains et saufs. Comme on doute quand Moïse dirige la rébellion alors que Pharaon menace de tuer chaque jour une famille juive si on ne lui livre pas son ennemi que personne ne le trahisse. Précisions qu’au début du film, il est justement trahit par deux juifs qui révèlent sa véritable identité. Mais bon, passons.

Il n’empêche qu’il y a en dépit des maladresses et quelques longueurs des bonnes choses dedans. Tout n’est pas à jeter. Ce que j’ai trouvé de plus réussit pour ma part c’est le choix de visualiser Dieu en enfant. Il est vrai que le Dieu de l’ancien testament n’est pas un tendre, il punit les trahisons très sévèrement. C’est un Dieu qui punit plus qu’il ne protège d’ailleurs. Et la scène où Moïse juge justement Dieu et ses actes est plutôt audacieux et bien vu, même si on doute, encore une fois, qu’un homme de l’époque dans un tel contexte aurait osé émettre un tel avis. Pourtant, ce qu’on peut saluer, c’est l’effort.

exodus_gods_and_kings_high_definitionOn a du mal à le voir au premier coup d’oeil, mais le Moïse décrit est un espèce de fou, un taré psychopathe et schizophrène. Quand il parle à Dieu, les autres ne voient rien du tout, le voient parler tout seul. Ce qu’il fait d’ailleurs quand Dieu refuse de lui répondre. Son mauvais caractère d’ailleurs influe dans ce sens. Face à Moïse furieux et menaçant, le pharaon apparaît presque comme plus humains et plus doux. Il affronte les épreuves avec plus de calme et de raison, et est davantage un bon père que Moïse qui abandonne quand même sa famille. A plusieurs reprises le réalisateur insinue que tout cela, les miracles, l’exode, Dieu, n’est peut-être que des hallucinations dues au coup reçu au crâne. Et ses actes donc, guidé par la main de dieu, peuvent être interprétés comme de la folie pure. D’ailleurs il a un côté terroriste, même si Exodus ne va pas jusqu’à comparer Moïse aux Talibans, il n’en demeure pas moins que ses actes sont loin d’être ceux d’un saint. Audacieux, et bénéficiant du talent de Ridley Scott à assurer le spectacle, on ne peut qu’apprécier l’épique course poursuite, la reconstitution de l’enfer où vivent les esclaves, les moments de combats réussis.

Evidemment, je ne parle pas du fait que TOUS les acteurs sont blancs, les seuls noirs présent à l’image sont des esclaves ou des membres du bas peuple victime des 7 plaies d’Egypte. Forcément c’est un poil gênant, mais Hollywood oblige, on préfère prendre un acteur blanc et passer des heures à le maquiller plutôt qu’engager quelqu’un ayant les origines du personnage à incarner…

Pas dénué de bonnes intentions ni de bonnes idées, Exodus a malheureusement quelques soucis. Imparfait, il branle un peu de partout. Pourtant il réussit son paris. Rafraichissant le mythe, il l’éclair sous une autre lumière et parvient finalement à livrer sa propre version, certes maladroite mais loin d’être celle qu’on s’attendait à voir.

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