[CRITIQUE] Night Call, la balade nihiliste et sarcastique dans l’Amérique médiatisée.

Nightcrawler-poster-600x304Night Call le titre français uniquement choisi pour allécher le chaland sous la catch phrase ‘par les producteurs de Drive alors que ce dernier, Nightcrawler dans sa version originale n’a strictement rien à voir. En fait, le titre de la VO est bien plus adapté puisqu’il porte doublement son nom, à la fois le nom des journalistes ricains des années 80 se baladant la caméra au point et en même temps signifiant rampant, nuisible.

298919Esquissant le portrait d’un espèce de sociopathe glissant dans les nuits illuminées de Los Angeles en usant de petits larçins pour se tailler une place au soleil. Le mec est techniquement, et il le suggère lui-même prêt à tout, opportuniste sans morale, pour trouver un job. Il déclame d’un ton convaincu les discourt des cours de commerce qu’il a pu suivre en ligne, répétant les mêmes formules toutes faites et les phrases qu’il a entendu en boucle, mais au fur et à mesure, on sent sous le discourt, sous l’apparence du type au sourire calgate et à l’apparence du mec des années 70/80 à l’allure de winner, dont il porte la montre assez fièrement, qu’il y a un type profondément malsain et vicié derrière ces apparences dont il se revêt et qu’il transforme en manière de vivre.

night-call-night-crawler-film-media-laSorte de American Psycho version dans les médias sordides, les journaux aux manchettes affichant des crimes sanglants, le voyeurisme facile, la curiosité morbide, le sensationnalisme, Nightcrawler en propose sa vision. Le type qui a ingurgité ce qu’on lui a balancé sur la toile, ces cours qu’il a visionné encore et encore, jusqu’à ne plus savoir parler qu’avec ces mots là qu’il suppose juste, mais comme tout sociopathe ce n’est que sa vision du monde, et de comment réussir dedans, profitant de cette course au mérite et l’image qu’il a du type qui réussit, sans vergogne, sans morale, prêt à tout, et au fond il l’est, il s’adapte, il apprend de chaque leçon, mais pas forcément de la manière dont on s’attend, et nous offre une vision dégradée d’une société.

Evidemment le discourt satirique a un goût de déjà vu, le film aurait pu sortir dans les années 80, on a déjà maintes fois critiques les chaînes US ne tournant qu’avec des images de faits divers, ne se contenant que de courses poursuites, braquages, accidents sanglants et mortels, et bien sûrs les homicides si possible de petits blancs riches dans les banlieues bourgeoises. De ce fait, la critique de la course à l’audience a comme un goût de déjà vu. Nightcrawler n’apportant rien de neuf sur le sujet si ce n’est son personnage.

nightcrawler-photo-53ccdd5956c21Incarné par un Jack Gyllenhaal habité, Lou Bloom est un cinglé. Personnage charismatique de type hors limite, à la fois l’innocent complet qui sourit bêtement au moindre compliment, qui comprend tout de travers, ne semble pas saisir l’insulte quand elle fuse, et pourtant qui peut être un monstre glacé dénué de toute humanité, le discourt qu’il tient à la productrice au restaurant qui n’est pas sans évoquer le jeu de manipulation passif agressif de la chambre entre Skylar et Walter dans Breaking Bad nous choque antant qu’il nous fait rire tant le décalage est énorme, il la menace sans avoir le moins du monde l’air d’en ressentir le moindre remord, et bien évidemment la manière dont il traite son assistant avec cette phrase glaçante qu’il lui sort « Et le problème n’est pas que je ne comprends pas les gens mais que je ne les aime pas ? »

nightcrawlerUn cinglé nihilste et amoral qui rappelle évidemment le héros de American Psycho ou même de tout film de psychopathe, pour autant, Lou Bloom s’expose avec aplomb, sourit à la policière qui l’accuse de meurtre, sachant qu’elle n’a aucune preuve contre lui, le même sourire de bennêt qu’il a tout le temps. S’il ne comprend pas les gens, eux non plus ne le comprennent pas. Il marche à contre sens, avec sa gueule ravagée et ses cheveux gras qu’il attache frénétiquement pensant que ça le rend plus sérieux, il traite les gens comme des objets parce que c’est ce qu’ils sont à ses yeux. Il pourrait très bien les tuer. On l’en croit totalement capable. Seulement il n’a pas envie de finir en prison, il a envie de monter les échelons, de devenir producteur, et pour cela, il est prêt à tout, consumer d’une ambition folle, tout en menant sa barque.

Jamais on ne le voit tuer, par contre provoquer des morts sur son chemin, il le fait avec talent, car l’info qu’il sert toute fraîche à la chaine de télé, il la créer, il la façonne comme il le veut, il n’hésite pas à déplacer un corps pour que le cadre soit plus joli, ou bien à pénétrer les lieux du crime quitte à laisser ses empreintes partout et souiller les preuves, mais surtout, on le sait, qu’il est capable de tuer, cela est suggéré dès la première scène, et rappelé à chaque instant par la montre qu’il a volé à un gardien de nuit, une montre qu’il trifouille et qui devient dans la tête des spectateurs la preuve et le signe qu’il n’a aucune limite, qu’il est capable de tout, de cette violence contenue, tapie derrière son sourire naïf, et que le réalisateur n’hésite pas à mettre dans le champs quand il le faut, pour rappeler de quoi il est capable.

En somme, Nightcrawler n’est ni une satire ni un film sur un tueur froid en série mais plutôt une comédie noire décomplexée qui nous présente un personnage ambivalent et glaçant mais aussi fou et génial qui porte littéralement le film.

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