[Court-Métrage] Dans l’ombre, entretien avec le réalisateur.

ShadowDans l’ombre de Fabrice Mathieu

Court métrage couronné de prix et de succès, Dans l’Ombre, quatrième film de Fabrice Mathieu. Co-animant l’émission 7ème Symphonie sur les musiques de films sur Vallée fm 98.4 disponible en podcast sur le soundcloud de l’émission, Fabrice Mathieu a fait parti des Mauvaises Graines un groupe de jeunes créatifs dans les années 90. Dans l’ombre est un film noir qui évoque l’histoire de l’ombre d’un mauvais garçon dans un univers qui rend hommage au film noir et plus globalement au cinéma. Je ne vous en dis pas plus, et vous laisse entre les pattes l’œuvre en question qui sera suivie de l’interview du réalisateur !

 Comment t’es venu l’idée de Dans l’ombre?

Avant que l’idée ne germe, je souhaitais écrire un scénario fantastique autour d’un sujet qui aborderait nos côtés obscurs. C’est en assistant à une pièce de théâtre que ça a fait tilt ! J’ai soudainement été attiré par les ombres des acteurs et j’ai commencé à imaginer leur vie et leur monde. Ce sujet est vite devenu une évidence. J’avais trouvé exactement l’histoire que je voulais raconter ! Inutile parfois d’aller chercher très loin : l’idée était là, à côté de moi, et suivait chacun de mes pas, depuis toujours ! Maintenant, avec le recul, je réalise à quel point les ombres m’ont fasciné au cinéma ! Elles sont à la fois étranges, belles, effrayantes, très graphiques, et possèdent une force subjective sans pareil à l’image. J’aime également quand un film m’emmène dans son univers. C’est ce que j’ai tenté de faire ici avec Dans l’ombre, écrire un conte fantastique traité comme un Film Noir, qui vous invite au pays des ombres, lieu où l’être obscur n’est pas celui qu’on croit.

ozartsetc_dans-l-ombre_roger-candy_court-metrage1-e1309278115716Film noir c’est le cas de le dire, « Dans l’ombre » est composé de nombreux extraits de films noirs justement, pourquoi avoir choisi d’utiliser des extraits de films?

Avant de créer ce court-métrage, j’ai d’abord écrit un scénario de long. Je l’ai fait lire à plusieurs personnes, et on m’a conseillé de réaliser une bande annonce à partir d’extraits de films. Cette méthode se pratique souvent en pub ou dans le cinéma, pour monter des maquettes. J’ai donc commencé mes recherches. Après avoir récupéré un certain nombre d’images, et après avoir étudié toute cette matière, j’ai pris la décision d’en faire, non pas une bande annonce qui devait présenter les différents protagonistes du récit, mais un court-métrage qui raconterait l’histoire d’une des ombres de mon scénario. Parler de son vécu de silhouette était idéal pour introduire l’idée du futur long-métrage et pour en faire la promotion. J’ai commencé alors à construire le puzzle en essayant de raccorder le mieux possible tous ces éléments. Je les ai choisi en fonction de la narration mais aussi en fonction du style visuel. J’ai tenté de coller au plus près de ce que j’imagine ! L’utilisation du noir et blanc et l’aspect Film Noir sont devenus rapidement une évidence, car ils ont offert à l’ombre ses plus belles heures de gloire à l’écran. L’école expressionniste allemande n’est pas en reste, et est également une grande source d’inspiration. Côté audio, toute la bande son a été refaite dans le souci de bien lier ensemble tous les plans, et de gommer le plus possible l’impression de montage d’images existantes. Car mon souhait le plus cher et le plus dur à concrétiser, était d’emmener le spectateur dans la peau d’une ombre rebelle et non dans un Mashup qui réunit les plus belles silhouettes du 7ème art !

10816905_986433454706571_447559621_oC’est vrai qu’en regardant Dans l’ombre on ne peut s’empêcher de voir parmi les plus beaux films de l’histoire du cinéma. Le film rend quand même hommage au film noir, j’imagine que c’était voulu quand même. Quel est ton rapport avec ce genre et plus globalement le cinéma, car on sent forcément le cinéphile derrière les images ?

J’ai utilisé des images de Nosferatu à Sin City, soit un voyage dans une bonne partie de l’histoire du cinéma ! Parmi ces films, il y a de grands chefs-d’oeuvre signés Lang, Welles, Hitchcock, Reed et bien d’autres. Des plans de 56 films ont été nécessaire pour le montage.
Avec un sujet comme les ombres et les messages développés dans le scénario, le traiter comme un Film Noir était primordial, car les silhouettes ont connu leur heure de gloire pendant l’âge d’or du genre. A tel point qu’elles en sont devenues un des codes principaux. Les réalisateurs de l’époque, comme Jacques Tourneur, ont vite compris leur pouvoir de suggestion.
Pour l’hommage, je suis très heureux que le film soit perçu comme tel. Bien qu’il soit incomplet : il manque une femme fatale ! Elle sera bien présente dans le long-métrage, avec son ombre. Donc à ce moment-là, l’hommage sera, je l’espère, complet !
La dimension fantastique de l’histoire permettra aussi de jouer avec. L’idée de la coupler au Film Noir me plait beaucoup. J’aime bien le mélange des genres.
En tout cas, grâce à Dans l’ombre et à sa préparation, j’ai vu et revu un très grand nombre de films, comblant par la même occasion quelques unes de mes lacunes ! Je ne connaissais par certaines oeuvres de Fritz Lang ou Carol Reed par exemple. Cela ne fait pas de moi un cinéphile pour autant : il me reste encore tellement de choses à découvrir ! Mais c’est vrai que le travail de recherche pour ce film a été passionnant.

mathieu-dans-lombre-pre769quel-la-def-image-1C’est vrai qu’on pense volontiers à un Dark City par exemple qui mélangeait habilement science fiction et film noir. Forcément, l’évocation de la femme fatale, me pousse à te demander, qu’y aura-t-il dans le long? Peux-tu nous en dire plus? Y’aura-t-il des plans réels, non tiré de films?

Dark City est une bonne référence. C’est un très grand film ! J’aime en effet le mélange des genres. Outre le fantastique et le Film Noir, j’ai essayé d’inclure dans l’histoire du long-métrage de l’humour, de l’aventure, du suspense, de l’action, de l’émotion, de l’amour… bref tous les ingrédients qu’il faut je pense pour faire un bon film de spectacle ! Allier une part de réflexion au divertissement est aussi quelque chose que j’apprécie beaucoup ! Certains spectateurs, après avoir vu le court-métrage, regardaient leur ombre différemment ou jouaient avec. L’univers du film continuait de les habiter ! J’ai pris cela pour une belle récompense ! Regarder son ombre, c’est se regarder soi-même. Mais du point de vue des ombres ? Qu’en est-il ? J’ai trouvé ce parti-pris intéressant pour parler de nous et de nos revers. Car personne d’autre ne nous connaît mieux qu’elles.
Le long-métrage sera une oeuvre entièrement originale, créée de A à Z dans le respect de l’univers dépeint dans le court-métrage. L’histoire commence quand celle du court-métrage s’arrête. Les ombres artificielles existent dès le début du récit et sont déjà sur le marché pour offrir au grand public la possibilité de changer la leur. Ce court me sert de préquelle au long, mais tout le contenu réapparaîtra dans le film sous forme de flashback. L’ombre naturelle rebelle présentée dans le court est un personnage très important dans l’histoire mais secondaire. Le héros est une ombre artificielle, livrée à elle-même dans notre monde impitoyable !

10817315_986435138039736_1898400922_oAfin de donner vie à l’ombre j’imagine que tu vas devoir passer par des effets spéciaux? Ce qui, ne serait pas la première fois d’ailleurs, tu as déjà réalisé un court métrage appelé Mémoires Vives qui fonctionnait grâce au numérique pour décrire son univers forcément virtuel, utilisera-tu la même technique?

Oui, les 90 % du film Mémoires Vives comportent des effets spéciaux. Soit dix bonnes minutes : tout le voyage du personnage dans l’Au-delà . Nous avons tourné sur fond vert et effectué un gros travail d’incrustation et d’animation. C’est le 2ème court que je réalise comme ça : Dr Kill & Mr Chance avait déjà été créé de cette façon.
Pour Dans l’ombre, tout restera encore à définir précisément avec les départements d’effets spéciaux. Car les possibilités sont multiples et il faudra choisir ensemble la bonne. Cela dépendra également du budget. Enfin, si jamais j’ai besoin d’un T-REX à l’écran, on ne verra que son ombre : cela sera beaucoup moins cher à fabriquer (-:
Mon sentiment est qu’il faudra mélanger les techniques pour mettre en boîte le film, de la plus rudimentaire à la plus sophistiquée.
Il y aura vraisemblablement du tournage en studio, en décor naturel, des maquettes, de la synthèse. Et pour incarner les ombres, filmer les acteurs et les transformer en silhouettes ensuite me paraît être la solution la mieux adaptée. Eux seuls seront les plus à même de traduire corporellement à l’image toutes les intentions de jeu et toutes les émotions.

J’imagine que ça va être un sacré boulot, de mettre en route le long, tu en es où? Comment ça se passe?

Le projet de long avance : le scénario est terminé et a été traduit en anglais. Le court-métrage est là pour en assurer la promotion. Je suis très heureux du succès qu’il remporte. Les réactions sont très bonnes ! Il a eu un beau parcours en festivals et glané quelques prix ! Lui qui n’était au départ qu’une maquette pour appuyer le scénario, je suis content de la tournure des choses l Il a sa propre existence et me permet déjà de raconter et partager une partie de mon histoire. Il m’a apporté des contacts de France et de l’étranger donc tout cela est très positif !
Je suis maintenant à la recherche de producteurs pour mettre en chantier la suite de l’aventure. En parallèle, les recherches et l’artistique progresse par l’élaboration de dessins préparatoires.
Les ombres s’approchent petit à petit de la lumière mais la route est encore longue ! L’édifice se monte progressivement et une pierre vient d’y être ajoutée grâce à cette interview. Donc de la part des silhouettes, un très grand merci !

C’est moi qui te remercie, je pense que faire des films de genre en France ressemble à un parcourt du combattant, et qu’il faut encourager la créativité! Merci pour avoir partagé avec moi et les lecteurs ton expérience et de nous avoir parlé de ton projet, on espère avoir des nouvelles de ce formidable projet!

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