La critique du film Le Locataire de Roman Polanski

film-le-locataire25Polanski distille à merveille l’étrange, le dérangeant, l’inhabituel dans ce film aux portes du fantastique et de la folie. Troisième et dernier volet de la trilogie des appartements maudis débuté avec Répulsion, continué avec Rosemary’s Baby, il semble aller encore plus loin dans la paranoïa, les troubles mentaux et les perturbations. Retrouvant le même début que Rosemary’s Baby, à savoir l’aménagement dans un nouvel immeuble, nouvel appartement, et contenant la même paranoïa vis à vis des autres locataires, en revanche la comparaison s’arrête là. Parce que le Locataire est totalement déviant, qu’il vous retourne la tête avec un pied de biche, et qu’il joue admirablement l’effet pervers désiré.

polanski-roman-locataire-01-gTrelkovsky, incarné par Roman Polanski lui-même, ce qui d’ailleurs créer un effet de mise en abîme, est un jeune homme timide, effacé, poli, et étranger, ce qui a son importance, mais malléable qui après avoir aménagé dans l’appartement d’une suicidé – la demoiselle a survécu mais semble vivre désormais un cauchemar éveillé à l’hôpital où elle git – va rapidement perdre pied face à des voisins un peu trop pointilleux et suspicieux qui vont finir par le rendre fou. Difficile de ne pas spoiler pour parler de ce film qui parle de la folie en utilisant les codes du genre fantastique (distiller l’étrange dans le quotidien).

Résolument dérangeant, ce film parvient par des petites touches : la génialissime idée d’ajouter des éléments égyptiens, qui forcément font penser à de l’occultisme (comme dans Rosemary’s Baby, pas forcément, puisqu’ici on n’en saura pas les détails, c’est un jeu de piste énigmatique), les voisins qui se tiennent immobiles dans les toilettes à la fenêtre en face, de troublants détails sur la manière dont la voisine s’est suicidé et surtout l’enquête que mène le héros sur elle le pousse irrémédiablement vers quelque chose d’obscur et de sombre, la palette de personnages tous plus étranges les uns que les autres (à commencer par l’horrible gardienne de l’immeuble), les différents bruits de l’appartement de l’insupportable boucan de la tuyauterie au tic tac récurant (présent aussi dans Répulsion) du réveil, Polanski signe un film à la fois malsain, perturbant et surtout entouré de mystère. Puisque la fin laisse le spectateur un peu dans une sale position, ne sachant trop où est la vérité.

film-le-locataire3Le début du film provoque rapidement une prise d’empathie pour le héros chez le spectateur qui découvre les névroses, problèmes et en même temps l’incroyable bonté du jeune homme à travers l’enquête qu’il mène pour découvrir ce qui a pu pousser la précédente locataire à se jeter par la fenêtre. Puis, peu à peu, le héros est lui-même plongé dans un abîme de paranoïa des plus aiguë provoqué par ses voisins pas vraiment sympa. C’est d’ailleurs étonnant de voir à quel point les voisins sont diabolisées devenant presque des monstres de conte de fée, jusqu’à ce que Polanski nous dévoile brusquement la réalité, à savoir la chute sans fin du héros dans les méandres de la folie, entre paranoïa, schizophrénie et perte d’identité.

Une véritable petite perle, que j’ai nettement préféré à Répulsion. Le Locataire semble être la prolongation de Répulsion, en plus maîtrisé, plus malsain, et plus dérangeant. Et pour n’importe qui ayant dû aménager dans une ville étrangère, telle que Paris, cosmopolite, où l’on peut croiser de très surprenants personnages, alors ce film va vous parler, car il est aussi assez moderne, l’histoire pourrait très bien se passer aujourd’hui!

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