[VERSUS] Halloween, la version original contre le remake.

57971357HALLOWEEN : LA NUIT DES MASQUES
FILM D’HORREUR DE 1978
Réalisateur: John Carpenter
Interprètes: Jamie Lee Curtis, Donald Pleasence, Brian Andrews

Synopsis: La nuit d’Halloween 1963. Le jeune Michael Myers se précipite dans la chambre de sa soeur aînée et la poignarde sauvagement. Après son geste, Michael se mure dans le silence et est interné dans un asile psychiatrique. Quinze ans plus tard, il s’échappe de l’hôpital et retourne sur les lieux de son crime. Il s’en prend alors aux adolescents de la ville.

Halloween de John Capenter VS Rob Zombie

57971474HALLOWEEN
REMAKE DE LA NUIT DES MASQUES
Réalisateur:
Rob Zombie
Interprètes:  Scout Taylor-Compton, Malcolm McDowell

Synopsis: Troublé par des pulsions morbides, moqué par ses camarades d’école parce que sa mère est strip-teaseuse, harcelé par son beau-père, tourmenté par les premiers émois sexuels de sa soeur aînée, il revêt un masque en latex et, dans un accès de folie, assassine la moitié de sa famille au couteau de cuisine.
A la suite de cette nuit de cauchemar, il est pris en charge par le Docteur Sam Loomis, un brillant pédopsychiatre, mais tue sauvagement une infirmière, précipitant le suicide de sa mère, désespérée.
Un 31 octobre, 17 ans plus tard. Toujours dissimulé derrière un masque et enfermé dans son mutisme, Michael s’échappe de la prison psychiatrique où il a grandi et recommence à semer des cadavres sur sa route.
Convaincu qu’il est une incarnation du mal à l’état pur, le Docteur Loomis part sur sa piste. Celle-ci mène directement à Haddonfield, là où se trouve toujours la petite soeur de Michael, Laurie, seul membre de sa famille encore en vie.

En 1978, John Carpenter, le maître de l’épouvante, signait un slasher appelé Halloween: La nuit des masques. Sous l’image habituelle d’une bande d’adolescents se faisant massacrer, comme à l’ordinaire dans les slasher de cette époque, ce sont les adolescents menant une vie de débauche aux yeux de l’amérique puritaine qui sont massacré sans vergogne. A l’époque ce film marque les esprits, son succès est immédiat dans les salles, mais bien vite on lui reproche de faire l’apologie du sadisme et de la mysoginie puisque ce sont les jeunes filles qui sont les proies favorites du tueur. Malgré tout ce film surprend. Pas de gros plan sur les coups de couteau, pas de scènes gore, John Carpenter insuffle la peur à la fois par l’ambiance, grâce à une excellente musique distillant le suspence mais aussi avec un véritable boogyman – croquemitaine en anglais. Michel Myers est l’assassin par excellence, sans scrupule, sans morale, sans attache, il n’y a absolument rien qui l’arrête même pas les balles. Qualifié par le docteur Loomis comme le mal absolu, on peut en effet s’interroger sur une possible affiliation de Myers avec l’antéchrist. Et cependant au regard de son remake, on peut alors constater que John Carpenter a fait preuve de retenue, préférant nous attacher au regards des enfants, le jeune Tomy qu’on suit en parallèle de Laurie, ainsi bien sûr au regard de ses victimes féminines. Si le tueur peut paraître mysogine, en revanche le film parle avant tout de jeunes filles, d’adolescentes ancrées dans une époque particulière.

Le film suit trois jeunes filles, Laurie Strode, une bonne élève qui semble se réfugier derrière ses livres et ses devoirs pour masquer un manque éviden de confiance en soi face aux garçons et à la sexualité, Annie Brackett, fille du shérif, intelligente, maligne et sacaratisque c’est celle qui n’a peur de rien, et n’hésite jamais à plaisanter de tout et de rien, enfin la dernière du groupe Lynda Van Der Klok, la pom-pom girl extravertie qui repousse sans cesse ses limites surtout avec les garçons. Satire sociale démontrant le manque de moralité de la jeunesse ou simple slasher qui s’avranchit de la moralité pour étudier la société sans le masque du jugement, Halloween parle surtout du jeu entre les apparences et la réalité. Et face à Myers, tueur implacable le masque des apparences tombe. Révélant la finesse des personnages, Lynda se laisse avoir facilement alors que Annie se défend tant bien que mal, mais c’est Laurie qui ayant découvert les corps de ses amis disposés dans une macabre présentation à son effet, en désirant défendre les deux enfants qu’elle a à sa charge qui tuera Michel Myers aidé du doctor Loomis. Malheureusement, rien ne semble arrêter l’incarnation du mal.

29 ans plus tard, Rob Zombie signe le remake de Halloween. La violence est plus éclatante dans ce film qui se veut d’expliquer ou du moins de tenter d’expliquer les actes de Michel Myers. Le nombre des morts s’additionnent au point qu’on cesse de les compter, et la violence est à son apogée dans le remake qui ne s’embarasse plus de laisser la mort au hors champs. Strangulation, égorgement, coup de couteau, évidemment, mais aussi pendaison, Michael Myers est ici décrit comme un tueur psychotique assoiffé de violence, qui n’a aucune conscience de ses actes, et donc du bien et du mal. Là où John Carpenter s’était contenté en sobriété d’une séquence filmé à travers les yeux d’un masque de la mise à mort d’une jeune fille par son petit frère, scène magnifique où les parents rentrant à la maison, enlèvent le masque à leur petit garçon qui tient encore le couteau ensanglanté dans sa main, Rob Zombie choisit de plonger le spectateur dans le quotidien d’une famille pauvre des états-unis laissant la violence éclater dans une séquence de massacre digne des plus grands. Si l’on peut reprocher quelques longueurs au film, et notamment cette volonté d’expliquer la naissance du mal, à Rob Zombie, on ne peut en revanche lui porter de critique sur la mise en scène de la violence car il maîtrise sa caméra et ses personnages pour offrir des scènes magnifiques dans l’horreur.

On retrouve la satyre sociale ici encore, cette fois-ci c’est autour de la mère de Michael que Rob Zombie dresse le portrait de ces femmes qui travaillent à n’importe quel prix pour nourrir leurs enfants, devant parfois supporter un mari violent ou feignant, alcoolique et parfois injurieux à l’égard des enfants. S’il y a une volonté de laisser place aussi aux silences angoissants, aux moments d’attentes, on est parfois déçu, notamment par cette séquence assez longue où l’on suit le docteur Loomis tenter de comprendre Michael et sa mère tombant peu à peu dans la dépression. Les personnages du présent en revanche ont légèrement changé. Laurie n’est plus une jeune fille timide et sage, mais une jeune femme profitant de l’instant présent, sachant s’amuser. Même si elle a toujours des difficultés avec les garçons. Annie est plus virulante que sa prédécesseuse quand à Lynda, elle est plus exhubérente encore. Dans le remake, on passe beaucoup moins de temps auprès de Laurie avant le massacre, et ses relations avec ses amies ou le petit garçon qu’elle garde paraissent presque sabordé au profit d’une très longue séquence où Laurie tente d’échapper à Michael Myers qui hésite entre la tuer ou l’emporter dans son antre. Cela paraît presque décevant comparé à l’original qui laissait presque sous-entendre que Myers était un homme ordinaire simplement habité par la mal, alors qu’ici, ce n’est pas ses blessures qui le ralentissent mais une espèce de moralité ou d’amour fraternel surgissant des méandres de son esprit. Si le remake souffre de quelques longueurs, et prend le risque en tentant d’expliquer les actes de Michael Myers de se prendre une giffle de la part des fans, c’est bien connu, un ennemi qu’on ne connait pas et dont on ne sait rien est bien plus effrayant, il n’en reste pas moins un très bon film d’horreur à l’heure des remake pompeux et sans essence (le dernier Freddy est un bon exemple). Traitant la violence avec un regard froid presque clinique, Rob Zombie s’attache toujours néanmoins aux regards de ses personnages.

Si au début du film, c’est le regard de cet enfant monstrueux qui transperce le spectateur, dans la seconde partie du film, seul les victimes agonisantes partagent ce regard avec Michael Myers dont le spectateur ne pourra plus désormais croiser le regard. Rendant le film d’autant plus fort avec ces échanges de regard et les gros plans sur l’expression des victimes, Rob Zombie nous prouve si besoin en était qu’il marche dans les traces des grands en signant un remake parfois maladroit traduisant honnêtement l’original via le prisme du film d’horreur actuel. Bien sûr il est moindre que l’original, mais pas aussi mauvais qu’on aurait pu le supposer.

Et vous, qu’en pensez-vous?

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