[Critique] I walk with a zombie de Jacques Tourneur, 1943

Vaudou_affiche_4I walk with a zombie est un film de Jacques Tourneur réalisé au sein du studio RKO. Produit juste après La Féline, il surfe bien sûr sur la mode du film fantastique à penchant horrifique. Naturellement, on retrouve des traits caractéristiques du genre de l’époque, une famille plutôt riche, des gens jeunes et beaux, qui ont tout pour eux, sont touchés par un drame qui mêle fantastique, horreur et bien sûr apporte son lot de scènes terrifiantes. Si l’on y regarde bien c’est dans la même veine que Frankenstein. Evidemment, il y a l’effet de mode. A cette époque-là, les studios se livrent une guerre acharnée sur ce thème-là et ça fonctionne à merveille! C’est l’époque des monstres d’Universal, où les gros classiques de la littérature d’épouvante sont repris comme Dracula bien sûr, Le fantôme de l’opéra, même les contes et nouvelles y ont droit. Pour faire face à la concurrence, les studios RKO fondent tous leur espoir sur un petit immigré, à savoir Jacques Tourneur.

Ainsi, l’univers développé est assez proche de celui de la Féline, il y a cette ambiance nocturne ombrageuse, cette lumière très contrastée qui peut sublimer un visage, celui de Jessica par exemple, ou au contraire, la rendre monstrueuse comme lors de sa première apparition où l’on a l’impression qu’il s’agit d’un cadavre décomposé ambulant. Le jeu avec les illusions formées par la lumière et surtout les ombres est tout autant présent que dans la Féline, ainsi l’on perçoit l’ombre du zombie avant de le voir en chair et en os, les ombres des plantes dessinent des raies noires sur le visage de Betsy quand elle affronte les champs de maïs et sa peur du noir afin d’aller au rituel vaudou. Tout le mystère réside encore une fois dans la mise en scène qui joue sur les codes du film noir, mais les détourne à des fins non pas de créer du suspense puisqu’on comprend très vite ce qui se trame dans cette famille très secrète, mais de faire naître la peur, le frisson, de faire croire au spectateur à l’indicible, à l’inquiétante étrangeté.

I WALKED WITH A ZOMBIE

La lumière comme le choix des cadres et la musique, en somme la mise en scène tout à fait exceptionnelle de Tourneur joue un rôle très important dans les scènes de terreur, sans pour autant sacrifier le suspense. C’est là le talent du cinéaste de parvenir à juguler les deux, à les faire s’épouser et s’unir. Qu’est donc la belle Jessica, une malade catatonique ou bien un véritable zombie? Et son époux semblant si inquiet, mais toujours présent aux moments les plus opportuns avec son frère et sa mère plus mystérieuse encore, que cachent-ils tous? Betsy, à l’instar, de l’héroïne de La Féline incarne à la fois l’héroïsme, l’innocence, mais aussi la terreur, c’est à elle qu’on s’identifie et par elle que le frisson nous parvient. Sauf qu’ici, elle ne peut être que la spectatrice. Car le drame a déjà été planifié, et c’est par elle que tout se dénouera.

Dans la conclusion sublime du film, il y a un peu de l’Aurore, le thème de la fuite, de la séduction, du choix à faire est présent, mais il y a surtout beaucoup de Rebecca, le roman chef-d’oeuvre de Daphné du Maurier. Cette fois-ci la femme est présente en chair et en os, mais c’est aussi la figure du fantôme, à la fois inquiétante et pathétique, le mari est quant à lui suspect, et que dire du frère qui est à la fois séducteur mais semble vénérer profondément la belle Jessica, ou encore de la mère qui apparaît toujours à point nommé et semble en savoir beaucoup plus qu’elle ne veut bien le dire? On retrouve cet aspect fantomatique, mais aussi les secrets et la présence d’un fantastique plein d’onirisme et de poésie. Envoûtant, mais aussi exotique, I walk with a zombie est une oeuvre magistrale.

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