Le mort vivant, âme solitaire et damné

L’image du mort vivant véhiculée par le cinéma nous pousse toujours au fond vers le zombi, et le succès des REC, des 28 jours plus tard, la renommé de l’oeuvre de big George, font qu’on pense presque systématiquement aux bandes affamées en pleine décomposition, réclamant parfois de la cervelle, d’autre fois incapable de formuler le moindre mot, parfois lent d’autres fois rapides et violents. Pour autant, les morts se relevant, les zombies ne sont pas toujours en quête de chair fraiche, pas toujours se relevant en armée, parfois ils sont tout seuls et viennent pour des raisons au final très proche de celles des fantômes, d’ailleurs ils en sont tellement proches qu’on pourrait les percevoir comme tels.

Le mort vivant, l’incarnation du revenant.

Aujourd’hui, je vais vous parler du zombi solitaire, du mort vivant, marchant, foulant la terre encore une fois, la dernière cette fois-ci, mais il n’en repartira pas tout seul, parce qu’il vient pour une raison précise et ce n’est pas de dévorer votre cervelle. Être maudit par définition, il ressemble autant à l’image du fantôme, revenant hanter les vivants, qu’au vampire dévorant les vivants la nuit, condamné à errer sans but autre que celui de s’en prendre aux vivants. Image peu reconnue du mort vivant, le cinéma n’a cependant jamais cessé de le représenter, sous des traits différents, avec des genres différents et pour autant il demeure, tel un Caïn renié de dieu, être maudit par définition.

1 – The Walking Dead de Michael curtiz, 1936

6c846a687ae9a30d414164bf43f1d0edL’histoire, sordide, du Mort qui marche, est celle d’un innocent pianiste condamné à tord d’un crime perpétré par la mafia. Un couple de scientifique, témoins évincés du procès, convaincus de l’innocence du pauvre pianiste condamné à mort décident de le ramener à la vie. Ce postulat de départ qui n’est pas sans tiré son inspiration de Frankenstein, est pourtant bel et bien original. Méconnu, le film est pourtant un chef d’oeuvre. Le condamné revenant d’entre les morts marchant avec une démarche de zombi, au regard vide, à la mine triste est magnifiquement incarné par Boris Karloff qui lui insuffle une humanité décharnée, abusée et trompée terrible. Ici le mort marche et parle mais n’a rien d’un vivant, la vie qu’on lui a arraché, il veut qu’on la lui rembourse, et c’est la justice qu’il réclame sans un cri. Apparaissant tel un fantôme, il lui ressemble en tout point. Ses chairs ne pourrissent pas même si son retour n’est que temporaire et sa vengeance doit se faire. A mi chemin entre le zombi et le fantôme, il est sans nul doute l’une des premières incarnations du mort vivant tel que nous le voyons dans cet article.

2 – Le mort vivant de Bob Clark, 1974

Le_mort_vivant_photo_1L’histoire de ce soldat dont on annonce la mort à ses parents qui revient du front, l’air apathique, ne s’alimentant pas, et semant la mort sur son chemin s’apparente pleinement aux morts vivants, pour autant l’image qu’il véhicule si elle parle de la guerre du Vietnam, est celle d’un fantôme, qui ne vient pas se venger, mais semer la mort dont il a été injustement victime. Ici il s’agit là d’un mort qui s’ignore, d’une âme damné et maudite, condamné à errer, à dispenser ce qui l’a transformé en monstre sans que jamais il ne soit dit comment et pourquoi ce jeune soldat est devenu un mort qui marche et qui tue. Terriblement efficace en dépit du vieillissement des effets spéciaux, le mort vivant se décompose au fur et à mesure, passant du visage juvénile presque charmeur devenu impassible au corps en décomposition digne des bandes horrifiques du genre.

3 – Halloween de John Carpenter, 1978

181393La figure du célèbre tueur masqué Michael Myers évoque un croquemitaine tout droit sorti de l’enfer, image épinale du mal absolu, et pourtant à bien y regarder, il est plus un fantôme qu’un homme de cher et de sang, pour autant, il marche et à défaut de parler, tue. Sa démarche est pourtant mécanique, lente, inexorable comme celle d’un zombie, et quand on le frappe, même mortellement, il se relève. Si le doute est permit dans le premier opus, dans toute la saga il s’agit bel et bien d’un mort vivant qui se relève après chaque coup, disparaît et réapparaît plus tard, comme un fantôme. Le fait qu’il soit lié aux lieux du premier crime originel, qu’il cherche à tuer sa soeur, tout cela fait pencher la balance vers l’idée qu’il s’agit là de l’image du revenant revenu d’entre les morts hantés les vivants, répétant le massacre encore et encore, avec les mêmes gestes, le même masque, et le même sens de la théâtralisation. Un mort vivant en somme, voilà ce qu’est Michael Myers, et voilà pourquoi il effraie autant, car il n’a rien d’un homme vivant.

4 – City of the Living Dead et The Beyond de Lucio fulci, 1980 et 1981

frayeursFrayeurs et L’au-delà (pour leur titre français) sont deux films de Lucio Fulci appartenant à une trilogie d’apocalypse zombi. Certes le terme est grandiose et oui à la fin c’est une vrai déferlante de zombie égalant bien celle d’un Romero ou d’une tout autre déclinaison du zombi envahisseur, mais pour autant dans les deux films l’on a, bien avant la déferlante de la fin, l’image d’un mort vivant, dans Frayeurs c’est un prêtre qui revient hanté les vivants, et c’est par lui qu’arrivera l’armée des morts, et dans L’au-delà c’est par le biais d’un peintre sauvagement assassiné, revenu d’entre les morts par la découverte de son cadavre momifié par le temps, qui apportera lui aussi dévastation, mort et enfer sur terre. Mais avant cela, l’un et l’autre se manifesteront à la manière de fantôme, dans l’Au-delà c’est d’autant plus manifeste qu’une scène avec l’aveugle, Emily, démontre qu’il s’agit de morts vivants possédant les mêmes capacités que les fantômes, d’apparaître mais aussi de disparaître. Leur but à eux est de contaminer les vivants, de répandre le mal.

5 – La saga Vendredi 13, 1980 à de nos jours.

vendredi-13-7-02-gAu delà du premier film où finalement le personnage de Jason n’est visible que durant quelques minutes à peine, c’est surtout dans les épisodes suivant où il va prendre une place prépondérante au point qu’on en oublierait presque que dans le premier le tueur était sa mère. Le personnage de Jason s’est progressivement construit au fil des suites, mais globalement ses traits reconnaissables demeurent les mêmes. Il s’agit d’un mort, enfant noyé dans le fameux lac qu’il hante depuis, qui revêt un masque de hockey et munis d’une machette tue tous les monos voulant occuper la colonie installée sur les lieux où il est mort du fait de la négligence de ses moniteurs aux mœurs légères qu’il punie dorénavant d’une mort violente. Techniquement Jason est un mort vivant, si on ne voit pas son visage, et qu’on ne sait guère s’il est décomposé ou non, et qu’il devrait être un enfant plutôt qu’un adulte, il n’en demeure pas moins qu’il oscille entre l’image du revenant venant prendre sa vengeance, et le zombi pur et dur. Lui aussi est maudit, condamné à errer sans fin ce lac où il a connu une mort violente, pire où il a été oublié, tuant ceux qu’il croit sans doute être ses meurtriers. Il incarne au fond cette image gothique à souhait du mort vivant.

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