Deux jours à l’Etrange Festival [edition 2014]

4c2e1f4bf0eb5Le festival de l’étrange, cuvée 2014, avec mon copain on se l’est joué très classique. En effet entre les cartes blanches, les hommages et la sélection spéciale 20ans de cinéma, il y avait pas mal de ressortie pour l’occasion. Et on s’est un peu jeté dessus avec parfois brio d’autre fois moins. Mais c’est aussi tout le jeu quand on va à un festival, on ignore si les films qu’on va voir vont nous plaire!

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Premier film vu, HIC de György Pálfi, un film plutôt barré avec pas un seul dialogue, en tout cas aucun soutitre mais l’idée n’est pas tant qu’on comprenne ce qui se dit, mais plutôt ce qui se fait. Très vite on se retrouve balancé dans une campagne hongroise très arriérées où les gens semblent vivre paisiblement et modestement. La caméra s’attarde sur les détails, beaucoup de détails, joue avec le spectateur et ses attentes, Hic se permet même d’être parfois affreusement lent, et de masquer son propos assez longuement, de jouer sur la patience du spectateur. En fait on a affaire à un film concept où la mise en scène originale et constructive nous fait patienter avant de nous délivrer son message sous la forme d’une comptine. C’est plutôt bien fait, c’est original, assez inclassable il est vrai mais long aussi. Ce genre d’histoire habituellement on la raconte dans un court métrage, là on est un poil trop long, suffisamment pour parvenir à s’ennuyer.

Le Maitre des illusions
Ensuite nous avons été voir Le maître des Illusions de Clive Barker, son troisième et dernier film. En le voyant nous avons compris pourquoi c’était le dernier. Totalement encré dans l’univers fantastique et barré de Clive Barker, le film souffre d’être constellé des mauvaises habitudes du cinéma des années 90, surexposé le film n’offre pas beaucoup de place à l’obscurité. Pire, la mise en scène maladroite du réalisateur est ici clairement visible, l’écriture laisse à désirer, le héros n’est pas assez charismatique ni présent, les séquences s’enchaînent mal, certaines situations sont totalement soumises à de gros clichés, c’est pourtant dommage car il y avait là de quoi faire. Les lieux, le désert avec un petit côté Mad Max dans la désolation qui y règne, le méchant une sorte de démon sorti des enfers, et surtout sa secte, tous plus cinglés les uns que les autres, totalement flippant tout en restant immobile et souriant, le soucis c’est que l’intrigue fonctionne mal. On a du mal à croire à l’ancien disciple en pleine rédemption devenu un soldat de la lumière entre temps, comment a-t-il pu faire parti de cette secte? On n’y croit pas! Quand au héros il a l’air de se balader là dedans, comme une sorte de sous Harry Angel. Tout fait penser à une sorte d’Emprise de seconde main! La lumière est digne d’un téléfilm. C’est vraiment dommage.

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On a finit samedi soir avec New York City Inferno, un porno gay des années 70 qui en dépit du ton sépia qu’à prit la pellicule depuis bénéficie d’une très belle image. Bon quand je dis très belle image, le film a l’apparence d’un excellent documentaire immersif, s’il y a quelque chose d’érotique c’est dans la manière dont les corps se touchent, dont la caméra s’approche et filme la peau, c’est dans le regard plein de tendresse que jette le cadreur sur ces hommes qu’il filme. Il y a une sorte d’impudeur excitante dans leur rencontre, dans la manière dont ils se livrent, s’utilisent, s’attirent, s’accouplent, le tout en toute impunité sous l’oeil habile de la caméra. Pas de grossièreté ni de vulgarité, c’était une autre époque, un autre monde, et l’on sent que tout cela a disparu, a été enterré par le sida, qu’il ne reste plus rien de ces beaux corps, de ces hommes fiévreux animé d’un désir de vivre si fort. Live fast die young, ils incarnent à la perfection cette expression.

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Le lundi, nous avons repris le chemin de l’Etrange Festival. Délaissant les films en compétition, nous sommes allé voir Le Secret de Veronika Voss, en grande partie parce qu’aucun de nous n’avait encore vu de Fassbinder. Dernier film d’un homme ayant brûlé la chandelle par les deux bouts comme on dit, on s’attendait à quelque chose de fou, et en fait non. Ce film noir qui m’a rappelé Element of Crime, il s’inspire de beaucoup des films noirs même si au début, trompeur, nous pensons avoir un Boulevard du Crépuscule, nous nous rendons vite compte que l’ex star de cinéma obnubilée par les lumières et capricieuse au possible est piégée dans la toile d’un réseau de trafique de stupéfiant. Marqué par une tristesse, et un fatalisme, ce dernier film est rempli d’amertume et le constat final est l’impression que ce que nous avons perçu c’est un monde hostile, violent, et méchant. Etrange dernier film.

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Enfin nous avons terminé lundi avec The French Connection, un film noir de William Friedkin. Culte et indémodable, il n’a pas prit une ride. Bien sûr il y a cette course poursuite infernale, et la séquence du métro qui m’a d’ailleurs beaucoup fait penser au Samouraï de  Jean-Pierre Melville, scène culte qui ont aussitôt imprégné ma mémoire, mais il y a aussi une atmosphère, si chère à Friedkin, celle de la ville bruyante, pleine de fumée, d’agitation, il y a aussi la musique, envoûtante, grinçante, et puis ces personnages, tout particulièrement le héros campé par Gene Hackman, un homme rempli de conviction, persuadé d’avoir raison et qui tend à se définir comme seul contre tous, cet être qui on le sait, va finir par s’emballer tant il va loin, a quelque chose d’unique, comme un diamant jamais taillé.

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