[Critique] Under the skin, balade d’un autre genre.

under-the-skin-wallpaperPas vraiment le film que je m’attendais à voir, mais nullement déçue cependant, car Under the skin n’est ni un film expérimental même s’il en prend la forme à ses débuts, ni un film d’horreur même s’il y ressemble drôlement parfois. C’est une œuvre originale qui évolue d’une manière sobre et efficace, tout est bien foutu dedans, maîtrisé, par une mise en scène à la hauteur de la promesse faite au spectateur. C’est un voyage pas comme les autres qu’on nous promet, différent, et en bien des manières.

Under the skin a une touche résolument réaliste malgré le propos du film un brin SF. C’est probablement dû au fait que tirant son inspiration du cinéma de Bresson, le réalisateur a cherché à capter le réel en prenant des non-acteurs, le plus souvent en les filmant sans les prévenir, pour mieux capter la réalité. Ce qui donne ces réactions si réalistes. S’il évoque au début une sorte de Henry portrait d’un tueur au féminin, rapidement l’entité incarnée par Scarlett Johansson, créature désincarnée et inhumaine, faisant soudainement preuve d’une humanité vacillante, quelque chose qui ressemble à de la compassion ou peut-être un doute. Elle se questionne, se cherche, dans le reflet d’un miroir, auprès d’un écossais un peu rustre mais gentil et accueillant, dans une forêt sombre, humide et inquiétante, et ce qu’elle trouve n’a rien de rassurant.

Bouleversant d’une humanité vacillante, inquiétante, folle et dangereuse, Under the skin est un regard nouveau emprunt d’une grande beauté. Un regard parfois dérangeant, comme celui que porterait un extraterrestre sur notre monde, mais celui-ci a l’enveloppe d’une femme belle et sexy, envoûtante, prédatrice idéale et pourtant d’une innocence enfantine, ouvrant sur ce monde de grands yeux pleins d’étonnement, sans crainte parfois, taraudée par la panique à d’autre moment, car la volonté d’être humaine fini par être éliminée, impossible théorie, et alors vient la fuite en avant, la peur, l’envie d’en savoir plus, durant cette fuite elle sera confronté au pire et au meilleur de l’humanité, telle une Prométhée moderne, nous avons l’impression de revisiter le mythe du monstre de Frankenstein à travers elle et sa course en avant, dans les bois humides et inquiétants. Nous courrons avec elle avec une conclusion brutale et poétique, absolument iconique sans le vouloir.

D’une beauté plastique, le film se révèle dans des plans à couper le souffle. Le visage de l’étrangère transparaissant dans les bois, dans les lumières de la ville, son corps se superposant à un élément du paysage qui devient presque une tapisserie, un motif, s’imprimant sur son corps à elle, sur sa peau, vierge, forcément. Il y a là une révélation, dans une tour emprisonnée dans les nuages, dans ces corps nus reflété par une matière noire matricielle, dévorante, inquiétante. Et ce moment, véritablement horrifique, quand on passe en dessous, qu’on découvre ce qu’il s’y passe, cet instant de flottement avant les abîmes de ténèbres et l’inquiétude latente qui vient avec. On retrouve l’inquiétante étrangeté qui s’était déjà manifesté dans Birth second long de Jonathan Glazer, le réalisateur méconnu de ce petit chef d’oeuvre.

BrDrqLKIgAAA3Go.png_largeUndertheskin-6 Scarlett Johansson Under the Skin

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