[Critique] Tourisme, torture et clichés.

0c5bedcdHostel, film de Eli Roth sorti en 2006 ayant propulsé le genre du torture porn en tête affiche des blockbusters américain, a donné naissance à une trilogie de trois film qui en fait a plus l’air d’une saga, et ayant sacralisé par ailleurs le réalisateur tout du moins lui ayant donné les moyens de se payer une belle carrière dans le cinéma de genre. Mais encore? Hostel est un film qui est devenu presque un cliché. Quand on parle de lui tout est déjà dit, et malheur à celui qui ne l’aurait pas vu, car le spoiler est récurent. Difficile de ne pas savoir que ça parle de tourisme sur la torture et que les proies sont de jeunes américains eux même touristes victimes de touristes plus riches et plus exigeant. Pour autant, si parfois il s’enferme facilement dans certains clichés Hostel vaut mieux que ça.

Attention, cette critique contient quelques spoilers.

Premièrement oui, c’est un film d’horreur américain pur jus, il a d’ailleurs l’allure d’un road movie horrifique typique des années 90, évoquant un Jeepers Creepers plus moderne dans son image qui semble de meilleure qualité. Bien écrit, on sent derrière un scénariste de haute volée. Les trois héros certes sont tirés de cliché mais sont plus profonds que cela. Et si l’on peut regretter très fortement une musique bien trop présente, une mise en scène un peu trop classique, il n’en reste pas moins qu’il y a une certaine qualité. De la menace au fond, on en sait assez peu, l’introduction laisse place au son évocateur plus qu’à des images nous épargnant l’éternelle introduction où un personnage qu’on ne connait pas se fait massacrer, juste pour nous montrer ce qui attend les héros du film. On débarque immédiatement à Amsterdam auprès de deux américains qui semblent avoir décidé de faire du tourisme uniquement pour se taper des nanas qu’ils imaginent forcément sexy et chaudasse puisque Européenne, non non il n’y a aucun cliché.

Du coup, forcément, ils entendent parler d’une auberge où y’a des filles ultra chaude en Europe de l’Est et n’ayant visiblement aucune culture sur l’état de certains pays d’Europe de l’Est après certaines guerres ils partent illico là bas. Normal ce sont des héros de film d’horreur. Mais bon, la quantité de cliché présent n’enlève au final pas grand chose puisqu’ils sont attendus. Là dessus ils tombent sur une auberge vachement charmante, vu le coin, et sont accueillis là bas comme des coqs en pâtes, ils profitent et s’amourachent de trois nanas sexy mais pas vraiment jolies, le genre de fille dont on devrait se méfier mais non puisque ce sont des garçons! Bref. Un disparaît, ainsi qu’une japonaise dont on ne sait pas grand chose et dont on se moque un peu du sort. Là dessus, quelques plans, un peu trop rare nous apprennent qu’ils ont subit des trucs pas catholiques du tout. Les deux compères vexé de se voir abandonnés par leur copain décide de partir immédiatement, mais finalement ils vont le chercher, un peu, puis boire pour se consoler. Option pas la plus maligne puisque c’est ainsi que le second compère disparaît.

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Première originalité c’est le personnage gentil qui se fait trucider, avec un certain sadisme, certes déjà vu, mais quand même c’est vachement sympa ce petit dialogue entre le vieux pédés richou et sadique sorte d’ersatz un peu pourris d’un Hannibal Lecter et le naïf américain qui n’aime pas les femmes qui fument parce que c’est pas très féminin quand même. Du coup, son copain, le survivant qui essayait à la base de se taper de la bonasse mais qui s’est retrouvé avec la plus moche, comprend que y’a un truc qui cloche, il finit par capté que ses potos se sont fait enlever et retrouve les nanas dans un bar trop glauque et lui demande de l’emmener voir ses copains, bin oui, il pense vraiment pouvoir les sauver mais ce geste humain on le lui pardonne même si c’était quand même un peu couillon. En bref il finit par se retrouver à son tour prisonnier. Mais comme il en a dans le slip, contrairement à celui qui essaie de le débiter en morceau, il arrive à s’en tirer non sans y perdre quelques doigts et le film se transforme en survival franchement sympathique.

Alors forcément, la fin est jouissive, et on se régale de voir le tortur porn se transformer au fur et à mesure pour muer, et sortir de la trame attendue. Les clichés finissent par disparaître et le propos du film se dévoile. Une élite donc, de super connards qui parce qu’ils sont riches n’ont plus le goût à rien, bouh les malheureux quand même, du coup ils essaient de retrouver le goût de vivre en torturant des gens, normal quoi, ceci dit, humour mis à part, le message reste clair. L’élite toute puissante peut exiger ce qu’elle veut, surtout d’un peuple pauvre abimé par la guerre, prêt à tout pour quelques billets. Et même si la fin se veut jouissive le film laisse une trace en demi teinte, le ton léger du début s’es progressivement effacé, les musiques écrasantes et tonitruantes se sont tues, laissant au spectateur plus aucune protection, plus aucun voile, confronté à une réalité qu’évoquait aussi A Serbian Film.

hostel-2Alors voilà, c’est mon avis personnel hein, mais Hostel est un bon petit film, c’est pas un chef d’oeuvre absolu, mais il n’est pas aussi cliché qu’il en a l’air et il se défend plutôt bien dans la liste des films d’horreurs nouvelle génération. On passe un bon moment, âme sensibles s’abstenir, même si personnelle j’ai regretté que le moment où l’on passe en revue toutes les scènes horrifiques comme des petites fenêtres sur une scène d’horreur qui est supposée être absolue reste assez lointaine à mon sens. Mais bon l’imagination du spectateur faisant le reste on est finalement bien dans l’ambiance. Le ton se veut généreux, il y a suffisamment de scène gore pour choquer les plus sensibles et les héros ont des réactions plutôt normal ce qui est toujours bon à prendre dans un film d’horreur ricain. Tout ça pour dire que je vous le recommande, il n’a pas trop vieilli pour le moment, et il se laisse clairement regarder!

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