Godzilla, le blockbuster intelligent.

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Une relecture adulte et subtile du film de monstre qui joue sur notre frustration mais aussi sur l’intelligence du spectateur, voilà ce qu’est Godzilla version 2014. Oubliez le ride, ce n’est pas un énième Pacific Rim et les amateurs de grosses bestioles se bastonnant seront un peu déçus. Ce n’est pas non plus une lecture du monstrueux lézard via un filtre écologique bien que le film n’oublie jamais les causes et n’essaie pas de camoufler le sous-texte. Parfois il en joue, laissant le spectateur se questionner, pour autant le vrai sens, le message véhiculé n’est pas l’écologie pas plus que le fight de créatures géantes même si on en aura quand même pour notre pognon. Il s’agit avant tout d’une aventure humaine. Certes, on n’est pas dans Monster mais dans un blockbuster américain, et Godzilla en reprend d’ailleurs les codes tirant vers le classicisme tout en amenant aussi des réflexions empruntes de subtilités. Jamais au fond, on ne quitte le point de vue humain, que ce soit un point de vue large vu par un homme éloigné ou de très proche par un des protagoniste vraiment très proche de l’un des monstre, on est toujours à une échelle humaine qui nous ramène non pas aux gigantesques créatures s’affrontant ce qui était le défaut de Pacific Rim, mais nous place dans une humanité effrayée, une humanité choquée, hésitante, incapable de réagir, une humanité dévastée mais aussi parfois héroïque, parfois enfantine dans ses réactions. Et c’est là toute la force du film, d’offrir à ses personnages une intelligence rarement vue dans un blockbuster américain.

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S’encrant dans une certaine réalité, Godzilla au fond ne s’éloigne jamais de son véritable sujet : une menace écologique, même si l’idée n’est pas de faire un film écolo-culpabilisant contre le nucléaire, plusieurs catastrophes liés sont cependant évoquées, ainsi que le tsunami ayant ravagé l’Asie. Ici on n’évoque d’ailleurs les essais nucléaires que comme un échec retentissant de l’homme essayant de détruire Godzilla présenté comme l’équilibre de la nature, on en tirera les conclusions qui s’imposent. Autrement dit, le sous-texte reste malgré tout présent, impossible de l’ignorer. Pour autant, le vrai sujet est Godzilla. L’idée d’un équilibre dans la nature reste sans doute l’un des éléments où la suspension d’incrédulité va jouer, bien que cela rejoigne le sous-texte disant que la nature rééquilibre les forces et peut-être que la présence de ces monstres géants n’est là que pour rappeler à l’homme les risques encourus pour avoir voulu jouer à dieu.

Néanmoins l’un des points forts du film est de rendre Godzilla humain en un bref instant aussi fugace qu’intense où la grosse bête presque vaincue, épuisée, échange un regard avec le héros dans un état assez proche, le désir de vivre, de survivre, peu en importe le prix à payer, voilà ce que signifie cet échange mais il révèle aussi l’humanité contenue dedans. C’est cela qu’on ressent au bout du compte, peut-être que Godzilla est un héros, un sauveur, question laissée en suspends à la fin, pour autant il passe le film à subir bombes nucléaires, tirs et autres attaques des humains tel un certain immense singe en son temps. Force est de constater que l’humain ici n’est pas forcément le vrai héros, même si l’armée ultra présente essaie quand même de manière somme toute intelligente. Le fait est que l’humain est faillible, très faillible, cause de tout ce désastre bien que sa culpabilité ne soit jamais vraiment pointé du doigt, elle reste là, évidente, il suffit d’ouvrir les yeux. Les héros passent leur temps à corriger les erreurs du passé, à traquer au fond, leurs propres démons.

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Enfin, j’évoquerais un spoiler à cet instant, donc la lecture de ce qui suit est réservé à ceux ayant vu le film, mais je souhaitais parler de deux séquences qui à mes yeux sont les plus belles du film. La première est l’instant où les soldats sont envoyés en moment suicide, munis de parachute, ils s’élancent dans une fumée opaque voilant à leur vue les gigantesques monstres mais aussi la ville entière, une fusée rougeoyante accrochée à eux traçant le sillon de leur descente en enfer, cet instant est d’une beauté rare, d’une poésie étonnante à un tel moment, celui de l’arrivée du climax. La musique est belle, l’instant effrayant et solennel, ces hommes là vont sûrement tous mourir, et l’évocation d’Hiroshima peu avant a de quoi rendre l’instant plus dramatique encore. On découvre alors par strates l’ampleur du combat qui se déroule en dessous. C’est surtout aussi le rapport de taille qui est illustré, car quand ils ouvrent les parachutes ils sont au genoux des créatures comme pour évoquer le rapport de taille démesuré dont on prend pleinement conscience à cet instant.

Et puis il y a quelques instants plus tard une autre séquences d’une rare force. Nous sommes devant une porte d’un hôtel kitch de Las Vegas, la porte s’ouvre et nous découvrons un chaos sans nom et de gros oeufs au milieu (j’en profite pour dire que la première séquence de découverte des fossiles gigantesques dans la caverne minière m’a un peu rappelé la séquence d’Alien 2 où les militaires rentrent dans un espace avant de découvrir que c’est le nid de la mère Alien). Les soldats récupèrent alors la bombe, et le héros demeure, inquiet, hésitant, et cette hésitation dure une éternité rendant ce héros un peu moins héroïque, parce qu’il a dans cette hésitation une humanité, on sent sa peur, comme sur le pont, une excellente séquence où il est immobile comme un enfant effrayé retenant son souffle pendant qu’un MUTO passe en dessous, le frôle. Et puis il prend sa décision, seul, sans tenir compte des ordres, et descend ouvrir un réservoir d’essence d’un véhicule tombé là. C’est peut-être le seul instant de véritable héroïsme de la part des humains qui au fond passe infiniment plus de temps à réparer leurs propres erreurs du passé qu’à vraiment faire avancer le problème des monstres géants et cumulent les erreurs, chose qui rend là aussi le film très réaliste. Quand après avoir foutu le feu au nid, la mère hurlante, créature en peine et furieuse tombe sur le héros il y a là aussi un échange de regard très fort et puissant. Fin des spoilers.

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Le message fort du film est laissé au questionnement du spectateur, est-ce une fable écologique? un affrontement de monstre, une leçon donnée à l’humanité et à son incapacité à faire face aux conséquences de ses actes? une morale de conte de fée où les monstres ne sont pas ceux qu’on croit? Qu’importe puisque tout cela est dans le film, et que la conclusion que vous en retirerez n’appartient qu’à vous.

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