Sailor et Lula, road movie romantique.

critique-sailor-lula-lynchGrande fan de David Lynch, ça faisait longtemps que je voulais regarder ce film. Chez un libraire également bar/tabac en Bretagne, je remarquais ces coffrets qui sont vendus au rayon presse — vous voyez de quoi je veux parler, ceux qui sont vendu dans une énorme pochette en plastique en format A3, on se demande d’ailleurs bien pourquoi sachant la taille d’un dvd… enfin bref, c’était un très joli coffret vendu avec un dvd bonus. J’ai eu un coup de coeur comme on dit.

Et pourtant ça n’est que plus tard que j’ai regardé le film (classique me direz-vous). La raison en est fort simple, oui oui je vais vous raconter ma petite vie, c’est que en tant que fan forcément, j’ai vu pratiquement tous ses films, et Sailor et Lula c’était le dernier… du coup je me disais une fois que je l’aurais vu je n’aurais plus d’autres films de lui à voir… j’ai donc retardé le visionnage de ce film, jusqu’au jour où j’ai eu la flemme de chercher un dvd pendant 3h vu que c’est un peu le bordel chez moi, et puis je me suis laissé tenter.

Une balade romantique et rock’n’roll.

Donc Sailor et Lula, pour les cinéphiles un classique, pour les autres c’est une histoire d’amour dans un road movie parlant de la relation passionnelle unissant Sailor, une petite frappe amoureux de la liberté et Lula dont la mère baigne dans le milieu de la mafia et des tueurs à gages. Les deux s’aiment envers et contre tous. Surtout contre la mère de Lula qui n’apprécie vraiment pas que sa fille puisse lui échapper et décide d’envoyer ses amis tueurs à gage aux trousses de Sailor afin qu’on lui ramène Lula. Le couple va donc partir en voiture à travers les Etats-Unis pour fuir cette mère possessive mais aussi pour assouvir leur soif de liberté tout simplement.

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Le film conserve malgré tout une ligne directrice de road movie. On y retrouve pas mal d’éléments rappelant Telma et Louise, la fuite folle en avant, le désir de liberté à travers la route qui s’étend devant la voiture, les grands espaces, et le piège finissant tôt ou tard par se refermer sur eux, mais aussi les éléments classiques d’un polar Hitchcockien. Avec les tourtereaux qui sont poursuivit par la mère possessive et manipulatrice, ne cessant jamais de s’enfuir espérant gagner leur liberté finissent par s’empêtrer dans la toile qui s’étend tout autour d’eux. Le tout avec la patte de David Lynch qui oscille durant tout le film entre la réalité pure et dure, et l’esprit un peu chaotique de Lula qui essaie de reconstituer le puzzle laissé par sa mère à travers des visions limite fantastique. C’est du grand David Lynch et en même temps ça n’en est pas.

Habituée à l’esprit tortueux du réalisateur à travers Mulholland Drive, Lost Highway et Inland Empire, j’ai retrouvé dans ce film des éléments propre au réalisateur à travers les visions de Lula, mais d’un autre côté ces visions ne sont en fait que des morceau de puzzle d’un souvenir traumatique lié à la mort de son père. Lorsqu’on décrypte le tout, il reste seulement quelques éléments difficilement compréhensible dans la logique du puzzle: la sorcière flottant au vent prenant à la fin le visage de la mère possessive lorsqu’on arrive proche de la résolution du puzzle, qui est quand à elle lié à un autre thème du film.

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Lula ne serait-elle pas Dorothy partant à la recherche du Magicien d’Oz afin qu’il l’aide à comprendre ce qui la traumatise tant? Sailor ne serait-il pas quand à lui seul le rassemblement du lion, du robot et de l’épouvantail, guide spirituel bien malgré lui afin que Lula puisse reconstituer le puzzle du souvenir traumatique laissé par sa mère? A sa manière bien à lui, David Lynch ne nous propose pas une simple intrigue constituée d’indice classique tel qu’on pourrait les voir dans un polar même s’il en garde l’idée principale. Lui utilise des images en gros plans qui ne révèle rien mais plonge dans une sorte d’état de transe la pauvre Lula, des anecdotes qui ne semblent n’avoir aucun rapport mais révélant jusqu’où la folie peut vous pousser, et enfin en parallèle l’auto-destruction progressive de la mère tellement rongée par la jalousie et le besoin de contrôler sa fille qu’elle finit par se perdre elle-même. Mais dans l’affiliation du film au magicien d’Oz qui est d’ailleurs clairement cité à un moment donné par le couple maudis, propulse à un moment dans le ridicule avec l’apparition de la bonne fée. Malheureusement, le manque de moyen pour les effets techniques rendre la bonne fée assez ridicule alors que l’instant est plutôt critique dans le film, et ne devrait pas se prêter à la rigolade. On est loin de retrouver l’émotion extatique de l’ange de Twin Peaks.

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Enfin on retrouve une trame proche de Roméo et Juliette mais intégré à la société moderne, à ses vices, à ses névroses, un sujet particulièrement bien traité par David Lynch à travers ses films. Ici c’est la question de ce qu’on est prêt à faire par amour qui pousse les personnages à fuir et à détruire. C’est l’amour bien évidemment, plus fort que tout, qui pousse Sailor et Lula à fuir plutôt qu’à affronter cette mère monstrueuse, c’est l’amour qui pousse la mère de Lula à vouloir détruire par tous les moyens Sailor, quelqu’en soit le prix à payer, c’est encore l’amour qui pousse Johnny à tomber dans les filets de Santos, c’est l’amour encore une fois qui guide ce dernier à détruire son rival pour gagner la belle pour qui il est prêt à tuer, c’est encore l’amour qui pousse l’ex de Sailor, du moins c’est ce que j’en ai déduis en voyant leur interaction, à le trahir par vengeance envers celui qui l’a abandonné pour les bras d’une autre. C’est donc l’amour fou, l’amour passionnel, l’amour qui détruit tout, ronge comme de l’acide les belles apparences dont traite David Lynch avec son habileté habituelle dans un road movie pas comme les autres.

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