Toujours aussi effrayant, le chef d’oeuvre de William Friedkin : L’exorciste.

ImageL’EXORCISTE

CLASSIQUE
Réalisateur: William Friedkin

Interprètes: Ellen Burstyn, Max Von Sydow, Lee J. Cobb
Etats-Unis, 1974
122min.

Synopsis: L’histoire se déroule à Georgetown dans la banlieue de Washington. L’actrice de télévision Chris MacNeil est de plus en plus inquiète pour sa fille Regan en proie à des spasmes violents devenus fréquents. Impuissants, les médecins lui conseillent de faire appel à un prêtre exorciste. Aidé du Père Damien Karras, le Père Merrin va tenter de libérer la jeune fille possédée par le démon Pazuzu.

Vu en salle pour la première fois une nuit électrique d’Halloween, j’étais assez fébrile car c’était la première fois que je voyais ce chef-d’oeuvre, peut-être le fait que nous ayons dû nous battre pour voir le film, étant donné que la salle était déjà remplie, ou parce que l’ambiance dans la salle avant que la lumière ne s’éteigne était assez électrique. J’avais peur que ça joue en défaveur du film, en général on matte un film d’horreur à Halloween pour en rire, se faire peur oui mais dans une ambiance de Driving. Tout était réunit pour que cette séance puisse être gachée par des rires malvenus, pourtant, dès les premières images un frisson glacé fait taire les rires, bloque les sarcasme au fond de la gorge, et plonge aussitôt le public dans une ambiance froide, inquiétante, et diabolique.

Friedkin car le film n’a pas prit une ride, mieux encore, malgré le fait que son succès et sa longévité en ont fait un des films les plus influançant, et que ses scènes chocs ont été galvaudés, parodiées, reprises, devenant pour la plupart de véritable référence, sans parler du fait que ce qui était choquant à l’époque ne l’est plus tellement maintenant, malgré tout cela, force m’est d’avouer qu’il est toujours aussi efficace. Les effets spéciaux ne font pas ship pour un sou, et même s’il est fortement ancré dans l’époque où il a été tourné, il a quelque chose de définitivement universel et hors du temps. Je pense que s’il fonctionne aussi bien, et qu’il y a eut si peu de rire dans la salle alors que quand même entendre une gamine dire « ta mère suce des bites en enfer » est drôle en soi à notre époque, c’est surtout grâce à une mise en scène particulièrement intelligente et insidieuse, qui ne laisse jamais place au rire, dès que l’intrigue débute, Friedkin s’assure de nous coller au fond de notre siège, nottamment en usant de sons judicieusement placé exactement au bon moment.

Il faudrait que je le revois pour expliquer en détail le génie de la mise en scène. Je dirais en globalité que le film réussit à vous maintenir toujours dans un certain malaise et ce depuis le début. Certains éléments échappent à la réalité, sans pour autant venir vous bloquer, comme par exemple le médaillon qui apparaît au début, et sans aucune raison revient dans les mains du prêtre pour réapparaître à la fin, il n’y a aucune cohérence à la chose, et pourtant l’explication spirituelle est tellement évidente qu’on en a pas besoin. C’est tout un tas de petits éléments comme celui-ci qui provoque une certaine gêne qui par la suite s’explique. Le choix de la lumière, froide, glaçante, presque clinique, qui progressivement annihile les couleurs du quoditien qui au début était rayonnant et devient au fil du film triste, morne et froid. Il y a une contamination du mal, grand thème du réalisateur, sorte de fil rouge qu’on peut retrouver dans ses oeuvres, de Crusing à Killer Joe. Ainsi cette lutte du bien contre le mal passe essentiellement à travers les personnages même si l’on peut retrouver l’effet contamination dans la mise en scène, et le choix par exemple de rester pratiquement tout le temps à l’intérieur de la maison.

La logique du film est de nous faire ressentir une angoisse latente, comme si continuellement quelqu’un faisait courir des ongles sur un tableau noir. On est mal à l’aise du début à la fin, sans qu’on ai aucun moment de répits. Friedkin prend un malin plaisir à balancer des scène touchante forte d’humanités, autour de la mère, mais aussi du prêtre, provoquant un attachement indéniable, et de jouer avec ces émotions. Son art consiste avant tout en des scènes chocs, puissantes, et dévastatrices. Le moment où la gamine possédée pisse sur le tapis, a quelque chose de profondément dérangeant. Toute la mise en scène cherche à provoquer un trouble chez le spectateur, à l’instar du mal insidieux qui cherche à déstabilisé le prêtre malgré sa foi puissante qui a résisté à la maladie rongeant sa mère. Allant plus loin encore, Friedkin insinue que le mal ne peut être vaincu, mais qu’il passe d’un être à un autre, pensée hautement terrifiante qu’il illustre à merveille provoquant une ultime gêne, un dernier frisson glacé qui vous pénètre jusqu’à l’os.

Pas étonnant que ce film est considéré encore aujourd’hui comme classique dans le genre, un genre qu’il a lui-même engendré. A sa suite, de nombreuses histoires réelles ou inspirées de faits réels vont suivre ainsi des affaires d’exorcisme, comme celui d’Emily Rose par exemple. Encore aujourd’hui, n’importe quelle scène d’exorcisme fera référence à ce chef d’œuvre inoubliable qui a marqué définitivement une génération entière de cinéaste.

Publicités