Pourquoi True Detective fascine autant ?

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True Detective sur HBO

La nouvelle série d’HBO cartonne aussi bien en France qu’aux Etats-Unis et rend tout le monde fébrile, des Inrocks au Monde, tous en parle. Pour autant, la série n’est pas aussi excitante que Game of Thrones, elle ne fonctionne pas sur le suspense bien qu’il fasse parti intégrante de l’univers, mais plutôt sur une ambiance lourde, poisseuse, en véritable polar.

C’est en mattant True Detective que j’ai réalisé que les polars avaient disparus depuis belle lurette, Georges Simenon, et le film noir sont désormais bien lointain, et si quelques irréductibles persistent en littérature américaine, ils sont rares, très rare. Ce sont les experts qui dominent désormais, et le suspense a prit le pas sur l’ambiance, désormais on a le droit à des feux d’artifices, à des histoires tordues à peine crédible, le tout balancé en 45min. De la soupe ni plus ni moins qu’on mixe à toutes les sauces.

True Detective revient aux bonnes vieilles valeurs. Le titre est explicite sur le sujet. De véritables détectives qui en chient pour trouver des pistes, qui se galèrent bien comme il faut dans un sud profond où les gens n’ont pas spécialement envie de se confier à des flics et pour cause, ¾ sont des ivrognes assez cons dans le genre. Il y a cette misère omniprésente, cette atmosphère délétère, comme si quelque chose était en train de pourrir dans le coin. On navigue entre les prostituées, drogués, paysans bourrus, et des pasteurs prêchant sous des tentes, le tout avec en toile de fond un complot qui n’est pas sans rappeler les romans de Dennis Lehanne et ce sentiment d’injustice grandissant.

Un polar oui, mais à la sauce HBO. La chaîne qui avait produit les Soprano et Six Feet Under n’en est pas à son premier coup d’essai en matière de série qui prend son temps et tire vers l’hyper réalisme. Chaque personnage est complexe et possède une profondeur rarement atteinte pour une série, chaque mouvement des enquêteurs semble long, ardu. Ca vagabonde, ça prend son temps, ça déblatère, parfois ça se perd entre les cuisses d’une femme, où dans de longs discours philosophique. True Detective prend même le temps de vous balancer du Nietzsche durant un interminable et succulent moment en bagnole où la vision des deux détective se confronte.

La grande réussite est aussi dans le choix des deux héros. Si Rust (campé par Matthew McConaughey) est un nihiliste affirmé, personnage au passé tortueux, qui semble condamné à errer éternellement sans trouver le repos, une sorte de Sherlock d’aujourd’hui, qui a une vision si différente des autres personnages qu’on a l’impression qu’il vient d’une autre planète, personnage hautement fascinant qui apporte une vision plus large. Par son caractère d’une grande valeur, attaché à une image du bien, il incarne au fond le véritable héros, celui qui subit les affres, et combat le dragon, perdant bras, oeil au passage. Cette âme égaré se confronte à Marty (Woody Harrelson) qui est le personnage humain par excellence. Il veut être un héros, il veut faire le bien, mais il se plante, il s’égare, maladroitement il tente quand même. N’importe qui peut se retrouver en Marty et en sa touchante maladresse, en ses efforts désespérés pour retrouver son héroïsme biaisé, disparu, et son honneur envolé.

Les démons et les fantômes, voilà ce qu’ils vont devoir affronter au cours d’une enquête qui s’avère longue, peut-être ne sera-t-elle jamais élucidée, le genre d’affaire qui vous hante toute une vie, et l’on sait, comme les deux enquêteurs en ont eux même conscience qu’on ne reviendra pas indemne de là, mais c’est justement tout l’intérêt de l’affaire. L’hyper réalisme revient, plus fort que jamais, avec des personnages qui sans être des anti-héros sont simplement humains, se veulent héroïques mais sont épuisés, parfois maladroit, et confronté à un mal grandissant, inquiétant, caché dans l’ombre du bayou doivent parfois aussi affronter ce qui se cache au fond d’eux même.

Une série maîtrisée, ambitieuse et originale, voilà de quoi en faire saliver plus d’un. D’autant que fonctionnant comme American Horror Story, True Detective proposent un système pour le moment assez inédit d’anthologie fonctionnant par saison. Le système de 8 épisodes propose ainsi une histoire bouclée qui permet d’offrir une conclusion comme il se doit à l’histoire, et sans vous spoiler, la fin de la première saison est édifiante, parfaite et à la hauteur de l’ambition de départ. On s’interroge naturellement sur ce nouveau fonctionnement, l’aspect frustrant qu’il donne, mais aussi la justesse d’un tel récit où l’on peut se permettre d’être feuilletonnant sans pour autant distiller un peu trop, traîner en longueur juste parce qu’on a pas su gérer le temps. Le timing est parfait pour True Detective et on attend avec une certaine impatience la saison 2 qui selon la rumeur sera totalement différente de la première.

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