L’étrange couleur des larmes de ton corps ou le voyage douloureux des sens.

 

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L’ETRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS
EXPERIMENATION TRANSALPINE
Réalisateurs : Hélène Cattet et Bruno Forzani
Interprêtes : Klaus Tange, Jean-Michel Vovk, Sylvia Camarda.
France, sortie prochainement.
Couleur – 16mm – 1,85.

Etrangeté filmique, le dernier né d’Hélène Cattet et Bruno Forzani, les géniteurs du sublime Amer, est un espèce de vilain petit canard. A l’instar de leur précédent travail, on sent le film sans concession qui ne laissera pas son spectateur indemne d’une manière ou d’une autre, le plaisir passera par la souffrance, l’interrogation, le doute, et sans nul doute l’émerveillement aussi. Oscillant entre expérimental complètement barré et l’hommage passionné à un cinéma de genre disparu, espèce hybride est mi chemin entre le travail de Gaspard Noé et celui d’un David Lynch plus porté sur les fantasmes que les rêves, le tout revu à la française avec un budget serré parfois visible. [ on remarque le manque de moyen cruel dans la lumière, les cadres qu’on aurait souhaité plus soigné, donc avec plus de temps, plus de matériel ] Le tout restant dans cette atmosphère complètement Argentesque en forme de lettre d’amour dédié au cinéma transalpin, sauf qu’à l’inverse de Amer qui avait une douceur nostalgique, celui a du piquant, et un côté complètement maso assumé jusqu’au bout des talons aiguilles.

L’étrange couleur des larmes de ton corps est directement hérité de Suspiria. Presque trop. Le film ne pouvant que souffrir de la comparaison. C’est le choix des lieux, le choix d’une dédicace à l’art nouveau qui se transforme progressivement en hommage émouvant. Et bien qu’on quitte ces hommages on finit par les retrouver. La lumière, l’enfoncement du héros au sein des entrailles de la maison étrange, et des habitants de derrière les murs, d’au-dessus des plafond, impossible de ne pas pensé à son aîné, impossible ne pas y voir un hommage béat qui par naïveté s’est trop encré dans une lettre d’amour et pas assez dans une oeuvre à part entière. Ainsi on tend à retrouver les mêmes défauts que dans Amer, un manque d’équilibre, un manque de prise d’indépendance par rapport au genre et aux aînés à qui ils rendent hommage. Cette remarque s’ajoute à d’autres maladresses.
Il y a un côté un peu « bâtard » du début à la fin, des prises de vues souvent inégales, parfois frôlant le sublime, parfois frôlant le désastre. On se cherche, on tâtonne, presque à tout les niveaux. Même dans l’écriture, il y a du farouche là dedans, comme si le film ne voulait pas se laisser comprendre, se laisser amadouer, il se refuse au spectateur, le boude puis lui laisse entrevoir un bout, un tout petit morceau, comme une femme fatale qui séduit avant de s’enfuir dans une nuit mystérieuse et fiévreuse. Il y a du désir omniprésent, ça transpire partout, des fantasmes, de l’étrangeté, et de nombreuses irrégularités qui rendent le tout difficile à visualiser dans son ensemble. Ca a un côté étouffe chrétien, comme si à vouloir trop bien faire, on s’était perdu au milieu de la course. Mais peut-être que c’était le but?
Cependant, la balade n’est pas uniquement visuelle. Le son a une importance rarement atteinte au cinéma. Sensoriel jusqu’au bout des ongles, les deux auteurs s’attachent presque plus à la bande sonore qu’à l’image. Rien ne vous sera épargner, car L’étrange couleur des larmes de ton corps vient frotter du verre pillé contre nos oreilles, ça saigne, ça fait mal, s’en est sublime. Abyssale, jusqu’au boutiste, effleurant souvent le chef d’oeuvre pour soudainement brusquement s’en éloigner, on sent une oeuvre qui se cherche, des auteurs loin de se contenter de faire ce qu’ils sont capables de faire poussent leur art dans son retranchement, quitte à s’en tirer avec quelques bosses par ci par là. Il y a de l’audace, il y a de l’arrogance, et sans nul doute de l’insolence. Mais s’en est beau. Et cela finit par nous emporter dans ce monde étrange, plein de couleur, de cris et de chuchotements.

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